h_i_t- ---- -ɑh elle s’est }
h_i_t- ---- -tɑ tu t’es, _m._ }
h_i_t- FɑQQɑD -t_e_ tu t’es, _f._ }
h_i_t- ---- -t_i_ je me suis } visité (soi-même).
h_i_t- ---- -ω ils ou elles se sont }
h_i_t- ---- -t_e_m vous vous êtes, _m._ }
h_i_t- ---- -t_e_n vous vous êtes, _f._ }
h_i_t- ---- -nω nous nous somm. }
FUTUR.
it- FAQQ_e_D il se visitera.
T_i_t- ---- elle se id.
T_i_t- ---- tu te, _m._ visiteras.
T_i_t- ---- -i tu te, _f._ id.
at- ---- je me visiterai.
it- ---- -ω ils se visiteront.
T_i_- ---- -nɑh elles se id.
T_i_t- ---- -ω vous vous, _m._ visiterez.
T_i_t- ---- -nɑh vous vous, _f._ id.
N_i_t- ---- nous nous visiterons.
IMPÉRATIF.
h_i_t- FɑQQ_e_D _masc._ visite-toi.
h_i_t- ---- -i _fém._ id.
h_i_t- ---- -ω _masc._ visitez-vous.
h_i_t- ---- -n_e_h _fém._ id.
INFINITIF.
{ se visiter
{ ou
h_i_t- FɑQQ_e_D { le visitement
{ de soi-même.
PARTICIPE ADJECTIVÉ.
m_i_t ou m_e_t- FɑQQ_e_D _masc._ se visitant.
m_i_t ou m_e_t- ---- -ɑh _fém._ id.
m_i_t ou m_e_t- ---- -im _masc._ les se visitant.
m_i_t ou m_e_t- ---- -ωt _fém._ id.
§ VII.
_Observations et remarques générales._
Les grammairiens ajoutent à ces conjugaisons plusieurs remarques dont
quelques-unes sont nécessaires, d’autres tout-à-fait inutiles.
J’appelle inutiles la plupart de celles qui donnent des règles pour les
changemens des petites voyelles ou points-voyelles; par exemple, ils
ordonnent dans le cours d’une phrase de prononcer T_i_GN_e_Bω (vous
déroberez); mais à la fin du verset et devant toute pause, ils veulent
que l’on dise T_i_GN_o_Bω.
Si la langue était parlée, il y aurait à cela utilité et autorité; mais
comme elle est morte, qu’ils ne savent rien du fait et que le sens
reste le même, cette règle et ses semblables doivent tomber nulles.
Ajoutez que, pour la clarté du précepte, ils vous disent de substituer
Kibuts devant athNak.
En hébreu, comme en arabe et syriaque, on ajoute quelquefois par
emphase une N à la fin du verbe, terminé en ω; par exemple, au lieu
de ï_e_dăω (ils ont connu), on dit ï_e_dăωn; au lieu de TɑKr_o_tω
(vous couperez), on dit Tɑkr_o_tωn: le sens est le même avec plus
d’affirmation.
Il arrive aussi que l’on ajoute un H final, par exemple, au lieu de
BɑgɑDt, on dit Bɑgadtah, tu as prévariqué; au lieu de Ašm_e_r, on
dit Ašm_e_rɑh, j’observerai.
L’emploi de ce _h_ final ne me semble pas le même dans ce qui suit:
par ex., au lieu de L’M_o_Š_e_H, valant en français _pour oindre_ (en
latin _ad unguendum_), on dit L’M_o_Š_e_Hɑh; mais ici le h final
n’est-il pas le signe d’un féminin substantif, et ne signifie-t-il pas
proprement _pour onction?_
Dans la première conjugaison, lorsque la troisième radicale du verbe
est un T comme KɑRɑT (il a coupé), la première et la deuxième
personne exigent l’addition d’un autre T qui les caractérise: on doit
dire KɑRɑTTi, j’ai coupé; KɑRɑtt, tu as coupé; KɑRɑTT_o_m,
vous avez coupé: l’Hébreu n’écrit pas cette lettre double, mais les
rabbins l’indiquent en posant dans le T l’insensible point qui est le
signe du redoublement; nous, qui pouvons redoubler les lettres, nous
n’en avons pas besoin.
Si le verbe finit par une N, comme Nɑtɑn (il a donné), l’on devrait
dire NɑTɑNT-T_o_m, vous avez donné; mais l’Hébreu écrit et dit
par élision et euphonie NɑTɑTTi, NɑTɑT-T_o_m, ce qui devient
d’autant plus obscur, qu’outre l’N supprimée, le redoublement du T
n’est marqué que par un petit point.
Sur la troisième conjugaison ᴏFQɑD, si la première radicale est ăïn,
cette voyelle ne subit pas de changement au participe, et l’on dit
M_o_ăMɑd, établi: voilà encore une exception; dans la conjugaison
quatrième (H_i_TFɑqqɑD), si la première lettre du radical est une
des consonnes N, D, T, Ԏ, il y a élision d’abord du T dans H_i_T et
même d’un second T qui serait caractéristique; par ex., au lieu de
H_i_T-TNɑBB_e_TI, j’ai prophétisé, on dit HiNNɑb_e_TI; au lieu de
M_i_TDɑBB_e_R, conservant, on dit middɑber.
Si cette première radicale est une des quatre consonnes sifflantes
z, s, š, ṣ, le T de H_i_T passe après elle; par ex., sɑBɑL, il a
chargé, on devrait dire HiTSɑBB_e_L, et l’on dit H_i_STɑBB_e_L, il
s’est chargé: šɑBɑҤ, il a loué; on devrait dire H_i_T-šɑBBɑҤ,
et l’on dit H_i_ŠTɑBBɑɦ.
Si la première lettre est un z ou un ṣɑd, ces deux lettres,
outre qu’elles se déplacent, s’altèrent encore; savoir: Z en D, et
ṣɑd en ԏêta. Par exemple: ṣɑDɑQ, il a été juste, au lieu de
H_i_TṢɑDD_e_Q, fait--H_i_ṣTɑDD_e_Q, il s’est justifié; zɑm_e_r,
il a préparé,--au lieu de H_i_TZɑMM_e_R, fait H_i_ZDɑMM_e_R, il
s’est préparé.
Ces règles d’exceptions ne laissent pas que de compliquer le système
et rendre la langue plus difficile: seulement elles ont le mérite,
dans le cas présent, de nous indiquer la prononciation des diverses
lettres que je viens de citer, et cela au moyen de l’analogie que
suppose leur permutation réciproque: les grammairiens citent encore
nombre d’autres règles relatives aux permutations des petites voyelles
ou points-voyelles; mais les unes n’ont aucune utilité, et les autres
appartiennent aux règles des verbes irréguliers dont je vais traiter.
CHAPITRE VIII.
_Des Verbes Irréguliers._
Tout verbe qui s’écarte des formes que nous venons de voir, est un
verbe _irrégulier_, et l’on peut juger qu’il y en a beaucoup, si
l’on considère combien il y a de manières de s’en écarter; par ex.,
lorsqu’une seule ou plusieurs des trois radicales sont _voyelles_, au
lieu d’être _consonnes_, ce premier cas fournit plusieurs combinaisons;
car ce peut être la première lettre ou la deuxième ou la troisième,
ou bien encore les lettres une et deux, les lettres une et trois, les
lettres trois et deux: aussi est-ce là que sont les difficultés de la
langue.
On peut leur assigner deux causes principales:
1º La disposition obligée des deux petites voyelles du radical qui
au prétérit veulent être _ɑ ɑ_ (FɑQɑD); qui au futur se changent en
_ɑ o_ (iɑFQ_o_D): or, si l’une des radicales est elle-même une voyelle,
soit Alef, soit ioD, ω, ăïn, comment les moulera-t-on sur le modèle
obligé?
Une autre cause d’irrégularité, est l’antipathie de certaines lettres
à se trouver ensemble, à se suivre, et la nécessité d’élider les
unes, de doubler les autres, ce qui rend les mots méconnaissables en
plusieurs cas. Les rabbins nous disent qu’il ont pourvu à tout par des
règles; mais leurs règles sont apocryphes, posthumes à l’usage et à la
connaissance de la langue; les manuscrits de Moïse et d’Ezdras n’en
ont pas fourni la moindre indication; nous allons voir qu’il y en a
beaucoup qui n’ont pas de fondement.
Les verbes irréguliers se divisent en deux classes, savoir: les
_Défectifs_ et les _Quiescents_.
Ils sont _défectifs_, si, en se conjuguant, une de leurs consonnes
radicales disparaît.
Ils sont _quiescents_, s’ils ont pour radicales une des quatre lettres
a, H, ï, ω, attendu que ces lettres disparaissent aussi dans la
conjugaison.
Ce mot _quiescent_, c’est-à-dire _en état de repos_, me paraît
impropre; ne vaudrait-il pas mieux dire que les verbes sont
irréguliers, les uns par la disparition ou _éclipse_ de quelques
voyelles, les autres par la disparition ou _éclipse_ de quelques
consonnes? ces lettres qui disparaissent, seraient très-bien nommées
_éclipsantes_ ou _éclipsées_, car c’est le fait.
L’irrégularité peut avoir lieu tantôt dans la première, tantôt dans
la seconde, tantôt dans la troisième radicale: tout lecteur entend ce
langage; on dirait que nos docteurs ont pris à tâche d’être obscurs:
ils rendent cette même idée en disant que le verbe est _défectif_ ou
_quiescent_ en F, ou en ăïn, ou en LɑM_e_D:
Quand une lettre s’éclipse, elle est quelquefois compensée par le
redoublement de la suivante.
Ce cas arrive toujours si la première radicale est ou N ou i, car l’une
et l’autre doivent disparaître selon les temps ou les personnes.
Par exemple, NɑBɑL (il est tombé) devrait au futur faire IɑNBωL,
et il fait IɑBBωL (il tombera); IɑṢɑB (il a établi) devrait faire
au passif N_i_ṢɑB (il a été établi), et il fait NɑṢṢB; prononcé
N_i_ṢṢɑB par _i_ bref au lieu du grand i radical.
La seconde classe des défectifs est celle dont la deuxième radicale
disparaît; tels sont les verbes qui ont une même lettre pour deuxième
et troisième radicales. Par exemple, SɑBɑB (il a environné);
ŠɑNɑN (il a aiguisé); GɑLɑL (il a roulé).
On donne trois règles à cette classe: par la première on retranche la
lettre double de milieu, et l’on dit Sɑ-B et Gɑ-L.
Par la deuxième, si le mot est suivi de quelques lettres serviles, on
lui rend sa radicale supprimée: par exemple, on dit SɑBBɑH (elle a
environné), GɑLLɑH (elle a roulé).
Par la troisième, si, au temps prétérit, le mot est suivi des lettres
qui caractérisent les personnes, l’on introduit un ω et l’on dit
SɑBBωT (il a environné), SɑBBωT_i_ (j’ai environné), SɑBBωNω
(nous avons environné).
La dernière classe des défectifs par consonnes, est celle dont
s’éclipse la troisième radicale; par ex., le verbe NɑTɑN (il a
donné) devrait faire NɑTɑNT (tu as donné); NɑTɑNT_i_ (j’ai
donné): au lieu de cela, on supprime l’N et l’on écrit NɑTɑTT.
Sur ceci je remarque que, dans le principe, on a dû écrire pleinement
NɑTɑNT, et que ce n’est que par le laps de temps et la trituration
du langage qu’il fut trouvé plus commode de prononcer NɑTɑTT et
de l’écrire ainsi; cela prouverait que cette écriture n’est pas de la
haute antiquité, mais d’époques postérieures.
Maintenant pour les _quiescents_ ou _irréguliers par éclipse_ des
voyelles a, H, ω, I, la chose se passe de trois manières:
1º Quand la première radicale est a ou bien i;
2º Quand la deuxième est soit ω, soit i;
3º Quand la troisième est a ou H;
Dans le premier cas, supposons amɑr (il a dit) ayant pour type FɑQɑD,
{FɑQɑD} {IɑFQ_o_D}
{ }: le futur devrait faire IɑM_o_R (il dira), comme { },
{amɑR } {IɑaM_o_R}
qui est son type; les rabbins veulent que l’on dise I_o_MeR: j’accorde
_mer_ au lieu de _mor_: plusieurs verbes l’appuient; mais je nie le
changement de a en o: il a contre lui son modèle iɑF, qui ordonne de
dire ia; ensuite les manuscrits de Moïse et d’Ezdras, en écrivant
-iaMR-, n’ont indiqué aucun signe de changer l’a: la tradition des
prononciations a été trop brisée pendant quatre ou cinq cents ans
pour s’y confier, et les rabbins ont certainement imité ici l’idiome
syriaque, devenu dominant, et qui prononce o pour a.
Si au lieu de a, la première radicale est i, voici ce qui arrive: par
exemple: IɑŠɑB (il s’est assis) devrait faire au futur iiŠ_e_B
(il s’assiéra): l’ont veut qu’il fasse i_e_Š_e_B; mais alors, comment
distinguer ce futur de son passé, _quand il n’a existé que les grandes
lettres_: il en résulte que l’on peut à volonté y voir un passé ou un
futur, c’est-à-dire un narratif ou un prophétique, ce qui est un peu
différent, et cependant les écrivains poétiques, dits _prophètes et
psalmistes_, sont pleins de ces cas dont les interprètes ont fait tout
ce qu’il leur a plu.
Au passif, ce verbe iŠɑB devrait faire NIŠɑB (il a été assis _de
force_): on veut qu’il fasse NωŠɑB; à la bonne heure: cela est écrit
en toutes lettres.
La seconde classe des _quiescents_ est celle dont la deuxième radicale
est ω, ou bien i; par exemple: les verbes Qωm (s’élever), Mωt (mourir),
BiN (comprendre.)
C’est ce verbe que les Arabes appellent verbe creux, parce que la
voyelle qui occupe le milieu venant à disparaître, il y a comme un vide
entre les deux consonnes; mais ce vide n’existe point dans ma méthode,
puisque toujours une petite voyelle prend la place de la grande.
On devrait dire régulièrement QɑωM (verbe creux) (il s’est levé), et on
l’écrit QɑM ou QɑM; BiN devrait faire BɑIɑN, et on l’écrit BɑN: à la
bonne heure, on conçoit ces irrégularités.
La troisième classe des _quiescents_ est celle dont la troisième
radicale est A ou Ҥ; par exemple: MɑSA (il a trouvé). Dans le fait,
cet A n’ayant chez les rabbins d’autre changement qu’un point-voyelle
qui ne le dénature pas, l’on peut dire que le précepte est nul.
Si la finale, au lieu d’A, est Ҥ, cette lettre se prête à diverses
altérations; par exemple: GɑLɑH (révéler) perd son H avant ω et
avant I: on dit GɑLω, au lieu de GɑLHω, etc.
Il y a encore des irréguliers quiescents à deux voyelles, comme BωA
(venir): au temps passé il se dit BA (il est venu): rigoureusement
parlant, ce dernier mot est le vrai radical, et prouverait qu’il y a eu
des verbes de deux lettres seulement ou d’une syllabe. Le mot BωA nous
est donné comme un infinitif ou plutôt comme un substantif (l’action de
venir.)--Le ω se trouve supprimé dans une partie de la conjugaison qui,
du reste, se comporte assez régulièrement pour les lettres serviles.
Si mon travail avait pour but d’enseigner la langue hébraïque dans
ses moindres détails, je devrais dresser ici le tableau complet de
tous ses verbes irréguliers; mais, outre que la cumulation de ces
difficultés dans une grammaire ne fait que charger la mémoire des
commençans, et qu’il est bien plus commode de ne les connaître qu’à
mesure du besoin, lorsqu’on les rencontre dans le cours des phrases
qui les fixent dans l’esprit, je regarde comme plus convenable de les
renvoyer à un dictionnaire qui serait composé selon mes principes[193].
Il suffira à mes lecteurs d’avoir pris une connaissance sommaire de
l’édifice grammatical; il ne me reste plus qu’à exposer la manière
dont les Hébreux lient ensemble dans un ordre successif les mots et
les idées que renferme le cadre d’une phrase: c’est là ce que l’on
nomme _syntaxe_, et là surtout est la pierre de touche du degré
d’intelligence que possède une nation.
[193] Notre judicieux et savant grammairien l’abbé Ladvocat en
a composé de bons tableaux, que les amateurs trouveront aux
pages 130 et suivantes de sa Grammaire.
DE LA SYNTAXE.
En comparant diverses langues, les grammairiens se sont aperçus qu’il
existait deux manières de construire la phrase, tout-à-fait différentes
l’une de l’autre: ils ont appelé l’une construction _directe_ ou
_naturelle_, et l’autre construction par _inversion_.
Il n’est pas besoin de dire que par _naturelle_ et directe on entend la
_nôtre_; car la manie humaine est que chacun tienne son habitude pour
nature: à qui persuaderez-vous que nos antipodes soient aussi droits
que nous!
Cette construction directe a lieu dans les langues française,
espagnole, italienne, portugaise, un peu même en anglais et dans toute
la branche des langues _sémitiques_ dont l’hébreu fait partie.
La construction par _inversion_ a lieu au contraire dans tout le
système _sanskritique_ et ses dérivés, moins pourtant dans le grec
que dans le latin; beaucoup dans l’allemand, surtout l’ancien, et
dans toute la branche tartare dont le turk est un des principaux
représentans.
Entre ces systèmes le contraste est tel que l’on en peut déduire deux
souches primitives de nations et de langues absolument différentes.
Quelques exemples vont rendre ceci clair:
Nous regardons comme très-naturel d’écrire les adresses de nos lettres
et paquets comme il suit:
«A monsieur Dupré, cultivateur au village du Buisson, arrondissement de
Château-Neuf, département de Maine-et-Loire».
En construction inverse, par ex. en chancellerie turke, on dirait:
«Département de Maine-et-Loire, arrondissement de Château-Neuf, village
du Buisson, monsieur Dupré, cultivateur».
Quel est ici l’ordre des idées et des mots le plus raisonnable?
Le courrier de la poste aux lettres va nous le dire: je
tiens mon paquet.--_Où vais-je_, me dit-il, _en France_ ou à
_l’étranger?_--En France.--_Quel département?_--Maine-et-Loire.--_Quel
arrondissement?_--Château-Neuf.--_Quel lieu?_--Un village dit _le
Buisson_.
Tout procède ici du connu à l’inconnu: cela est si vrai que dans
l’excellente police du bureau général des postes, il est défendu aux
répartiteurs des lettres de regarder autre chose que le département qui
est au bas de l’adresse et qui devrait être au haut.
Supposons cet autre dialogue: Courrier, voilà une lettre pour
M. Dupré.--Quel Dupré? il y en a beaucoup.--Un cultivateur au
village du Buisson.--Il y a beaucoup de tels villages;... en quel
pays?--Arrondissement de Château-Neuf.--Il y a cinq Château-Neuf
en France.--Celui de Maine-et-Loire.--Ah! j’entends; je vais en
Maine-et-Loire, à Château-Neuf; je trouverai le reste.
Un autre exemple:
«J’ai vu ce matin le gouverneur d’Alep, sortant de la ville avec ses
grands lévriers, pour aller chasser les gazelles dans la plaine à l’est
de la rivière Koïak.»
Voilà une phrase construite selon nos langues et même selon l’hébreu
et l’arabe. La voici en style turk, chaque mot étant placé juste dans
l’ordre où les place cette langue[194]. Pour être parfaitement exact,
je demande la permission d’introduire deux mots de forme latine.
[194] On peut compter sur l’exactitude de cette traduction,
puisqu’elle m’est fournie par M. _Amédée Jaubert_, ancien
conseiller d’état, qui, pour réussir dans ses missions
diplomatiques à Constantinople et chez les Kirguiz, a su parler
un autre turk que celui de l’école de Paris.
«Aujourd’hui matin-temps-dans, de Koïak rivière (_Koiak-flumin-is_)
orient-son-dans; se trouvant plaine-dans, gazelles (_gazell-as_)
chassant-pour, étant propres grands lévriers avec, de ville sortie-sa
il faisait-comme, Alep gouverneur-son j’ai vu».
Au premier aspect nous n’y entendons rien; mais puisque les habitués y
entendent, et puisque le latin est presque ainsi bâti, il faut bien que
cela ne soit pas si extravagant. Examinons en détail.
_Aujourd’hui temps-matin;_ voilà le temps désigné.--_Koïak rivière son
orient; dans la plaine;_ voilà le lieu de la scène.--_Les gazelles
chassées, les lévriers après sortant de la ville d’Alep, son gouverneur
j’ai vu._
Quand on se rend compte de l’ordre de ces divers tableaux, l’on voit
d’abord le temps désigné; puis la scène où se passe l’action, puis les
agens ou instrumens de la scène: on se demande ce qu’elle signifie; le
sens est expliqué par _j’ai vu_. Il faut noter que l’obscurité, pour
nous, vient beaucoup de ce que les prépositions en turk sont attachées
à la fin des mots.
Il y a beaucoup d’intéressantes réflexions à faire sur cette matière;
neuve sans doute pour bien des lecteurs.
Rentrant dans mon sujet, je me borne à répéter que le style de l’hébreu
n’est pas totalement _inverse_, mais que néanmoins il a beaucoup
d’_entrelacemens_ qui nuisent à sa clarté: que surtout il est rompu,
maigre, et ne peint, pour ainsi dire, que le squelette de la pensée,
faute de ces ligamens qui chez nous lui donnent de la grace: on dirait
des apprentis dessinateurs qui n’ont su qu’esquisser les gros traits,
d’où a résulté la roideur et quelquefois l’équivoque des formes, tandis
que chez nous une foule de traits accessoires leur donnent de la
précision, de la vie: je ne crois pas que dans tous les livres juifs on
puisse citer une phrase à périodes ni un raisonnement composé de trois
parties: tout y est purement narratif avec la perpétuelle répétition
de la particule _et_ (ωɑ), même au commencement des phrases.
En résultat, c’est un vrai style de basse classe et de peuple paysan.
Le lecteur en va voir quelques échantillons.
L’hébreu n’a point notre verbe _avoir_, je dirai même qu’il n’a point
notre verbe _être_, car le mot HiH (il a été) signifie proprement _il
a vécu_, _il a eu existence_: aussi n’est-il jamais employé à lier
l’adjectif au substantif: on n’y dit point _Abner est fort_, mais
_Abner fort_, ni _Judith est belle_, mais _Judith belle_, etc. Il est
remplacé par le pronom Hω signifiant _lui_, ou HIA signifiant _elle_:
il est remarquable que, dans l’idiome syrien plus ancien que l’hébreu,
ce pronom Hω fait également l’office du verbe être, et il semblerait
que l’existence de cette tierce personne _lui_ a été le type physique
originel de tout être qui n’est pas l’une des personnes appelées vous
ou moi.
Nos formes de comparatif et de superlatif n’ont point existé chez les
Hébreux. Pour exprimer le comparatif, ils emploient les deux particules
M_e_ et M_e_N qui, au fait, n’en sont qu’une, équivalant à notre mot
_hors de_: ils disent TωBɑH Ҥ_e_KMɑH M_e_F_e_N_i_M_i_M, mot à mot,
_bonne_ (est) _sagesse hors des perles_: le latin rend mieux en
disant _ab_ ou _ex margaritis_. TωBiM H_e_ Š_e_NiM M_e_N H’AҤɑD,
c’est-à-dire bons (sont) deux plus que un:--L_e_BN M’ҤɑLɑB--_blanc
plus que lait_: ici l’M perd son _e_ à cause de l’aspiration; avec des
conventions cela s’entend comme autre chose.
Le superlatif a six manières de s’exprimer, disent les grammairiens;
l’on va voir qu’à peine une seule est vraie et précise.
1º Par le mot MAD, qui signifie _beaucoup_, _étendu_.--Exemple: TωB MAD
_bon_: avec _quantité étendue_.
2º Par la préposition -B_e_-, qui signifie _dans_, _parmi_, par
exemple: Q_o_TωN B_e_-GωiM, _petits parmi les nations_ ou _dans les
nations_--BωGDIM B’ADɑM, perfides entre les hommes.
3º En prenant le nom de Dieu pour terme de comparaison. Par
exemple: aṣiï_e_HωH, _les arbres de Dieu_, c’est-à-dire les hauts
comme lui. TɑRDɑMɑT i_e_HωH, sommeil de Dieu, c’est-à-dire
profond.--H_i_TɑT AL_e_HiM (ou ELɑHiM), _une terreur_ des _Dieux_,
pour dire extrême. Ils disent des _luttes_ des _Dieux_, pour dire
très-grandes.--ARZi AL, _cèdres_ de _Dieu_, pour dire très-élevés.
4º Ils disent: ăBD ăBDIM, _esclave_ des _esclaves_, pour dire _le plus
bas_.--N_e_ŠiA N_e_ŠiAi H_e_ Lωi, _le prince des princes de Lévi_,
c’est-à-dire le chef suprême des Lévites.--ELɑHI H’ELɑHiM, _le Dieu
des Dieux_.
Toutes leurs répétitions de substantifs, _vanité des vanités_, _flamme
des flammes_, _pleurs des pleurs_... signifient excès de la chose.
Certains esprits, parmi nous, trouvent cela très-beau; pour moi, je
n’y vois que des formes enfantines populaires, plus sensibles dans les
exemples suivans:
5º H’AD_o_M H’AD_o_M, _roux, roux_, pour dire _très-roux_,--Ră, Ră,
_mauvais, mauvais_, pour dire très-mauvais.--QᴏDωŠ, QᴏDωŠ QᴏDωŠ, pour
dire _très-saint_. N’est-ce pas là un vrai jargon d’enfant?
6º Enfin on prend pour superlatif la forme suivante: ANi ŠɑLωM, _moi_
(je suis la) _paix_, pour dire je suis très-pacifique.--KI ҤɑMDωT
ATɑH, _car les désirs tu_ (es), pour dire _très-désirable_.
Quelques-unes de ces formes-ci ne nous sont pas étrangères; mais aucune
ne porte le vrai caractère superlatif de notre expression _le plus de
tous_. En général, comme plusieurs tournures hébraïques n’existent
point dans nos langues d’Europe, et qu’un grand nombre des nôtres
n’existe point non plus dans la leur, les interprètes ont mal-à-propos
pris pour équivalens et pour phrases analogues, des mots et des phrases
qui n’ont point d’exacte ressemblance, et il valait mieux très-souvent
s’en tenir au littéral.
Assez régulièrement l’adjectif se met, comme en français, après le
substantif; par exemple: B_e_N HɑKɑM iɑŠṢɑҤ AB: _enfant sage,
réjouira père_.
Et cependant il n’est pas rare de voir l’adjectif précéder le
substantif; on en a vu plusieurs exemples dans ce qui précède.
On veut regarder comme élégantes certaines locutions; par exemple:
lorsque Isaïe dit, _toutes les bêtes dans la forêt_, au lieu de dire,
toutes les bêtes sauvages, ou littéralement forestières (sylvestres);
il n’y a là qu’une disette de ces formes adjectives qui font la
richesse de nos langues.
On regarde encore comme une élégance de mettre le verbe avant
le substantif qui le régit: DIXIT DOMINUS domino meo[195]; mais
sommes-nous bons juges des élégances hébraïques? d’ailleurs en nombre
d’occasions le verbe marche après son substantif: _in principio Deus
creavit cœlum_.
[195] Dans ce psaume, la version latine est remplie de fautes,
à son ordinaire: j’espère en convaincre le lecteur à la fin de
ce chapitre.
Certains noms collectifs, au singulier, tels que _peuple_ et _ville_,
gouvernent souvent le pluriel; ceci a lieu en anglais, difficilement
chez nous. Par inverse, quelques noms de Dieu, construits au pluriel,
régissent un verbe au singulier; par exemple: ELɑHiM, BăLIM, AD_o_NIM.
L’hébreu n’a point d’adjectif distributif; il dit: _nation nation_,
_tribu tribu_, pour dire chaque nation, chaque tribu.