Les inventeurs ne se sont pas bornés à qualifier ainsi les noms et les

adjectifs: ils ont appliqué aux _verbes_ ces mêmes petites voyelles

finales: là elles prennent également un emploi caractéristique des

personnes, des genres, des temps; elles y sont affectées l’une au

temps passé, l’autre au temps présent, et leur apparition sert à

éviter des équivoques qui autrement existeraient; cette méthode

est plus scientifique que celle de l’arabe vulgaire, ainsi que de

l’hébreu et du syriaque. Laquelle faut-il croire la plus ancienne,

la primitive et originelle? Si cette méthode du _naɦou_ est la plus

ancienne, l’hébreu est un dialecte populaire dégénéré; si elle est de

seconde main et d’invention scientifique, l’hébreu est donc resté dans

son état sauvage originel. Mais revenons à notre sujet, à l’examen

du mot _Radical_, composé de trois syllabes dans l’arabe naɦou

(DɑBɑRɑ, FɑQɑDɑ), et de deux seulement dans l’hébreu et le

syrien, DɑBɑR, FɑQɑD, encore que les grammairiens y déclarent

trois lettres[189]. Quand ces trois lettres sont des consonnes ou

aspirations, il n’y a pas de difficulté à les construire en _ɑ_, mais,

si elles se trouvent être des voyelles alfabétiques telles que A, i, ω,

et ăïn, il y survient nécessairement de l’embarras: or, voilà le cas du

mot FăL pris pour modèle des conjugaisons; je répète qu’en ce choix, il

y a eu maladresse, malhabileté des grammairiens.

[189] N’est-il pas singulier que cette seconde syllabe QɑD

et BɑR, au lieu d’être ouverte, de se terminer en voyelle,

comme il semblerait naturel, soit au contraire fermée par une

consonne qui ne sert qu’à étouffer le son, et cela, non pas

dans quelques exemples rares, mais dans la grande majorité des

verbes hébreux? Un tel mécanisme a-t-il pu être le primitif

et originel dont se soient avisés les inventeurs? Cela est

d’autant plus difficile à croire, qu’aujourd’hui, par la

connaissance acquise d’un très-grand nombre de langues, il

paraît que le monosyllabisme a été le plus ancien système;

qu’il doit être considéré comme le plus naturel, et comme celui

sur lequel se seraient entés les systèmes polysyllabiques

par des opérations graduelles provenues du mélange de divers

peuples et de leurs langues. Il résulterait de cette idée

que tout le système arabico-phénicien serait de formation

secondaire, et supposerait une souche de langue et de nation

antérieure.

En effet, lorsqu’à ces trois lettres radicales il faut ajouter les

petites voyelles, il en résulte cet hiatus choquant, FɑăɑL: les

rabbins disent que, pour l’éviter, ils ont une règle qui à l’ăïn

incorpore le petit _ɑ_ et le fait être FɑăL; mais d’abord, voilà une

règle inutile, puisque, sans cet _ɑ_ (fɑtɦɑ), ăïn seul serait ă.

Ensuite cet expédient ne purge pas un autre embarras, qui renaît quand

le mot passe du prétérit au futur, car alors FɑQɑD, replié sur

lui-même, devient ïɑFQ_o_D (il visitera); c’est-à-dire que, plaçant

devant lui la lettre ï, l’on attache à cet ï le _ɑ_ de la première

consonne F, qui devient muette, et le Q prend un _o_ à la place de

_ɑ_[190]: or comment construire sur ce modèle le mot ïɑFă_o_L?

Ici les rabbins disent encore qu’ils ont une règle par laquelle ăïn,

affecté de _o_, devient une voyelle unique prononcée _eù_ guttural, que

je peins ŏ (ïɑFŏL); mais c’est une nouvelle complication qui ne sert

qu’à masquer la règle générale, et qui laisse le grand inconvénient

d’attribuer le rôle de consonne à une voyelle; il est donc constant que

ce vieux type du verbe hébreu et arabe est vicieux, et l’on doit savoir

gré à ceux de nos modernes qui l’ont écarté et lui ont substitué des

types réguliers, tels que FɑQɑD, dont je vais aussi me servir.

[190] Le Nahou dit iɑFQᴏDᴏ ou iɑFQŭDŭ.

_Note pour les Infinitifs latins._

Quelques grammairiens, en décomposant les infinitifs latins,

ont prouvé qu’ils n’étaient pas des mots aussi simples qu’on

le croit, mais qu’au contraire ils étaient très-généralement

un composé de deux expressions réunies, fondues l’une dans

l’autre. Prenant pour exemple les infinitifs, _amare_,

_dormire_, _transire_, _perire_, _ridere_, _agere_, etc., ils

ont trouvé que la finale _re_, armée d’une voyelle antérieure

qui varie en _a_, _i_, _e_, était primitivement le verbe

_ire_, exprimant l’action d’_aller_ et de _marcher_, de manière

que cette syllabe étant liée à un _radical_ tel que _am_,

_dorm_, _trans_, _per_, _rid_, _ag_, il en résultait le sens de

_aller_ ou _être aimant_, _aller_ ou _être riant_, _aller_ ou

_être passant_, etc.

Dans cet état, il se trouve que le mot de chaque _action_ est

un monosyllabe, et qu’il ne devient dissyllabe que par son

union à l’instrument commun _ire_.

Le monosyllabe _am_ offre ici une remarque singulière: comment

_am_ signifie-t-il _aimer_? d’où cette action, cette idée

abstraite a-t-elle pu tirer son nom, quand il est de fait

que toute idée a pour origine un objet physique qui a reçu

son nom, la plupart du temps, par _onomatopée_? Voici ma

conjecture.--Dans tous les idiomes arabiques, le mot écrit

_am_, quoique prononcé _om_, signifie _une mère_; cette

syllabe est généralement celle qu’énonce l’enfant tendant les

bras vers sa mère qu’_il désire_; _cette mère_ étant devenue

l’objet physique désigné par _am_, ses actions, ses sentimens

sont devenus aussi ceux du personnage _am_; or, comme le plus

saillant de ces sentimens est l’_affection_ et la _tendresse_,

il s’ensuit que l’ensemble des actes qui en sont l’effet a dû

prendre le nom de _agir_ en _mère_, _avoir les sentimens d’une

mère_: _am-ire_ ou _amare_.

Dans le mot _rid-ere_, _rid_ est le radical, et à certains

égards on peut le considérer comme le bruit imitant l’acte de

rire.

_Per-ire_ est une idée plus abstraite; _aller par_, ou _aller

dans_, pris dans le sens de notre mot _périr_, ne laisse pas

d’être vague; ici les idiomes arabiques m’offrent un moyen de

solution très-spécieux.

Dans ces idiomes, le verbe ABɑD signifie spécialement, il a

_disparu_ comme une _fumée dans l’air_, et il s’est _anéanti

dans le vague_; il _est allé_ dans le _néant_: n’est-ce

pas là précisément le mot latin _ire per vacuum_? _ire

per_ (_inane_), en inversion, _per-ire_, _il a péri_, _il a

disparu_. L’hébreu dit ABɑDω BɑIT_i_M; on l’a mal traduit en

disant, _les maisons ont été détruites_. Le terme _destruere_,

_déconstruire_, ne signifie que _démolir_; l’autre signifie

_rasées sans traces_. Le mot _evanuit_, il s’est _évanoui_,

trouve ici sa solution, car il n’est que le composé _in vanum

ivit_, _il est allé dans le vide_, dans le _vague_ (les palais

ont péri, les grandeurs se sont évanouies): _van-um_, jadis

_uan-um_, est ici un radical qui exprime un souffle de la

bouche, un vent sans corps, sans réalité; il trouve un analogue

remarquable dans le mot arabe FɑN_i_, qui a exactement le même

sens. (EL DuNia FaN_i_), _le monde est une vanité_, _une chose

passagère_ comme le souffle, le vent.

(Dans le radical latin -DRm-_ire_-, les trois consonnes se

trouvent les mêmes que dans le radical hébreu -RDm, _sommeil_,

_dormition_; cette confusion de _rodm_ avec _dorm_ a d’autres

exemples. _Aller_ est l’acte physique et palpable, le plus

propre à être pris pour le type de toute _action_ en général:

c’est le _mouvement_ personnifié; et le mouvement est la base,

l’essence de toute _action_.)

CHAPITRE VII.

_Conjugaisons des Verbes._

Les grammairiens s’accordent à compter au verbe hébreu quatre

conjugaisons régulières, au mode actif; trois desquelles ont un mode

passif: au total, sept formes régulières[191].

[191] Le savant Albert Schultens en a voulu trouver presque

autant que dans l’arabe (qui en a treize); mais ce sont là des

subtilités.

Pour première conjugaison, l’on a établi celle où le mot radical se

compose de la manière la plus simple et la plus régulière; les anciens

prenaient pour type le mot FăL (il a fait); nous prenons FɑQɑD (il

a visité):

Le tableau ci-joint offre sous un coup-d’œil facile tout le jeu de

cette conjugaison, qui est aussi la première en arabe et en syriaque.

PREMIÈRE CONJUGAISON ACTIVE.

(Première aussi en arabe.)

TEMPS PRÉTÉRIT.

Répétez FɑQɑD à chaque ligne.

FɑQɑD { il a }

id. {-ɑh. elle a }

id. {-tɑ. tu as, toi, _masc._ }

id. {-t_e_. tu as, toi, _fém._ }

id. {-ti. j’ai (de commun genre) } visité.

id. {-ω. ils ou elles ont }

id. {-t_e_m. vous avez, _masc._ }

id. {-t’_e_n. vous avez, _fém._ }

id. {-nω. nous avons (de com. genre) }

TEMPS FUTUR.

iɑ- Fqod } il visitera.

T_e_- ---- } elle id.

T_e_- ---- } toi, _masc._ visiteras.

T_e_- ---- }-i. toi, _fém._ id.

A- ---- } je (de commun genre) visiterai.

i_e_- ---- }-ω. ils visiteront.

T_e_- ---- }-Neh. elles id.

T_e_- ---- }-ω. vous, _masc._ visiterez.

T_e_- ---- }-Neh. vous, _fém._ visiterez.

N_e_- ---- } nous (de commun genre) visiterons.

IMPÉRATIF.

F_i_q_o_d toi, _masc._ visite.

F_i_q_i_d-i toi, _fém._ id.

F_i_q_i_d-ω vous, _masc._ visitez.

F_i_q_o_d-N_e_h vous, _fém._ id.

INFINITIF.

F_i_q_o_d visiter.

ou ou

F_o_qωd visitement.

PARTICIPE.

F_o_q_i_d _masc._ visitant.

F_o_q_i_d-ɑh }

ou } _fém._ visitante.

F_o_q’d-ɑt }

F_o_q_id_-im _masc._ visitans.

F_o_q_id_-ωt _fém._ visitantes.

Le lecteur voit, 1º que l’hébreu commence par la troisième personne

singulière masculine du passé et non par la première du présent comme

nous faisons;

2º Que c’est sur cette troisième personne que se construisent les

autres;

3º Que leur radical -FɑQɑD- reste le même pour tout, mais que

chacune ensuite se caractérise par des lettres ou syllabes, j’ose dire

_postiches_, ajoutées à la fin de FɑQɑD. Ce mécanisme est d’une

grande simplicité.

Il a plu aux rabbins d’ajouter à la deuxième personne singulière un

_ɑ_ et un _e_ final pour en caractériser le genre ou sexe: FɑQɑDTɑ

(toi homme), FɑQ_e_DT_e_ (toi femme) as visité: c’est une de leurs

imitations de l’arabe nahou; mais, comme l’arabe usuel ignore ou

néglige cette perfection, nous pouvons compter que l’hébreu n’a pas été

plus recherché.

Pour former le futur, le radical se replie sur lui-même d’une manière

particulière; mais, une fois établi, il ne change pas plus qu’au

prétérit; il y a entre eux cette différence, qu’au prétérit les lettres

qui caractérisent les personnes sont à la fin du mot, tandis qu’au

futur elles sont au commencement.

Nous venons de voir qu’au prétérit le radical se construit ou se

prononce généralement en _ɑ_; néanmoins, il y a, comme en toutes

choses, des cas d’exception où la seconde voyelle se trouve être un

_e_: par exemple, Hɑf_e_s, il a voulu, il a désiré; i_akol_, il

a pu; i_agor_, il a craint: c’est au dictionnaire à faire connaître

ces exceptions, qui d’ailleurs jettent un verbe dans la classe des

irréguliers.

Les lettres ou syllabes mobiles qui roulent autour du mot, demeuré

fixe, sont appelées lettres _serviles_ ou plutôt _serviables_, parce

qu’elles rendent le service d’exprimer les modifications de l’action,

et de désigner le genre, le sexe, le nombre, la qualité de l’_agent_.

Ces lettres serviles sont au nombre de onze, savoir: _mšh ω KLB

ɑïTn_. Leur réunion en ces quatre mots a le mérite de les rendre

plus faciles à retenir, à raison du sens qui en résulte: ce sens est

_moušah_ (Moyse), _et kaleb_ (le) _vaillant_.

Il importe de les noter en sa mémoire, afin que l’on puisse, quand les

mots se montrent surchargés de lettres, s’assurer de celles qui ne

sont point serviles, et qui dès-lors deviennent un moyen de découvrir

les _radicales_: cette opération est une des véritables difficultés

de ce langage; mais l’habitude en donne le tact; par exemple, dans

le mot ωhšTҤωh (_et il s’est prosterné_) Ҥ seul n’est _pas servile_,

et il n’est pas d’abord facile de démêler le radical šҤh šɑɦɑh,

_incliner_, _courber_ une chose.

L’hébreu n’a pas d’autres _temps_ que ce prétérit et ce futur: ainsi,

lorsque, dans les traductions quelconques, l’on nous donne des

imparfaits, des conditionnels, des présens, ce sont des déviations, des

altérations réelles du texte.

Les interprètes disent que c’est pour mieux nous le faire entendre;

qu’autrement le style roide et rompu de l’original choquerait nos

oreilles et nos habitudes: ces excuses ne sont pas recevables; du

moment qu’il a plu d’attacher la plus haute importance possible au sens

des _écritures_, l’on n’a pas le droit de modifier le littéral pour nos

convenances; on nous ôte le moyen d’apprécier l’intelligence de ces

hommes du temps passé, et d’en mesurer la finesse ou la grossièreté,

par l’instrument le plus fidèle qu’ils nous en aient laissé.

Dans le futur, il y a équivoque entre les deux termes, _toi_, homme,

_visiteras_, et _elle_, femme, _visitera_, exprimés par le même mot

T_e_FQ_o_D: c’est un défaut de la langue;--le vieil arabe la corrige

par ses finales;--il dit:

T_e_fq_o_d-ŭ _toi_, homme, _visiteras_.

T_e_fq_o_d-i, _elle_, femme, _visitera_.

Après le prétérit et le futur, vient le mode _impératif_ qui, à vrai

dire, n’est pas un temps. Le lecteur doit remarquer que ses trois

radicales F, Q, D, sont précisément les mêmes que dans l’_infinitif_:

leurs petites voyelles, même rabbiniques, ne diffèrent point

essentiellement; d’ailleurs l’authenticité de ces voyelles rabbiniques

est plus que douteuse, surtout pour la première: jamais, dans l’arabe,

la consonne première de l’impératif n’en reçoit, elle est muette; et,

pour la prononcer, on place devant elle une voyelle: on dit EFQ_o_D

(visite), ou plutôt OFQ_o_D; car par euphonie, le _o_ de Q_o_D

convertit en _o_ l’E ou A_lef_ qui est devant F[192].

[192] Dans le syriaque, cette première radicale est muette:

on dit FQ_o_D comme d’une syllabe; mais parce que le système

rabbinique n’admet point de consonne muette, il attribue ici à

l’F un _e_ brévissime, qui n’est que l’équivalent du djɑzm

arabe, ou privation de voyelle, FQ_o_D.

Ne peut-on pas considérer le mot de l’impératif comme un vrai

substantif, dont l’énoncé provoque l’acte que l’on demande ou commande?

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’ici, comme dans l’arabe, l’infinitif

(selon notre style) n’est qu’une vraie forme de substantif, qui se

caractérise plus spécialement dans le second terme F_o_QωD; il ne reste

que le participe, qui est toujours déclinable, et qui, pour l’hébreu

comme pour le syrien, est le seul moyen d’exprimer nettement le _temps

présent_.

Les rabbins écrivent le pluriel de _visitant_ _FoQiDiIM_; mais en

D_i_IM, le petit _i_ est superflu; il suffit de prolonger le grand

i pour caractériser l’état. Voyons le passif de cette première

conjugaison.

PASSIF DE LA PREMIÈRE CONJUGAISON

ACTIVE.

(Répondant à la septième arabe.)

TEMPS PRÉTÉRIT.

N_i_-FQ_e_d { il a été visité.

N_i_- ---- { hɑ elle a été visitée.

N_i_- ---- { Tɑ tu as été, _masc._ visité.

N_i_- ---- { T_e_ tu as été, _fém._ visitée.

N_i_- ---- { T_i_ j’ai été visité.

N_i_- ---- { ω ils ou elles ont été visités ou visitées.

N_i_- ---- { tem vous avez été, _m._ visités.

N_i_- ---- { t_e_n id. _f._ visitées.

N_i_- ---- { nω nous avons été visités ou visitées.

TEMPS FUTUR.

_i_ -FFɑQed { il sera visité.

T_i_- ---- { elle sera visitée.

T_i_- ---- { tu seras, _masc._ visité.

T_i_- ---- { i tu seras, _fém._ visitée.

a- } {

ou } ---- { je serai visité.

ɐ- } {

i- ---- { ω ils seront visités.

T_i_- ---- { nɑh elles seront visitées.

T_i_- ---- { ω vous serez, _m._ visités.

T- ---- { nɑh vous serez, _f._ visitées.

N_i_- ---- { nous serons visités.

IMPÉRATIF.

h_e_-FFɑq_e_d { sois, _masc._ visité.

h_e_- ---- { i id., _f._ visitée.

h_e_- ---- { ω soyez, _m._ visités.

h_e_- ---- { nɑh id., _f._ visitées.

INFINITIF.

{ l’être visité

h_e_-FFɑq_e_d { ou

{ visitation reçue.

PARTICIPE.

N_i_-F’qɑd _masc._ visité.

{ ɑh

N_i_- ---- { ou _fém._ visitée.

{ ɑt

N_i_- ---- im _m._ visités.

N_i_- ---- ωt _f._ visitées.

(Ou bien),

F_o_qωd étant visité.

---- eh id. visitée.

---- im id. visités.

---- ωt id. visitées.

La première conjugaison active a un passif qui répond à la septième

conjugaison arabe: ce passif se forme très-simplement, en mettant la

lettre N ou syllabe N_i_ devant les trois radicales que les rabbins

veulent écrire F_e_QɑD; mais, parce que le petit _e_ se trouve

brévissime, l’on doit regarder le F comme muet, et dire N_i_FQɑD:

ainsi établi, ce mot reste le même à toutes les personnes du prétérit,

qui ne se caractérise qu’en y ajoutant les lettres finales que l’on

voit posées dans la colonne qui le suit: N_i_FQɑD-_ɑh_, elle a été

visitée.

N_i_FQɑD-Tɑ, _masc._ tu as été visité; N_i_FQɑD-T_e_, _fém._ tu

as été visitée, etc., etc.

Je répète ici mon observation que ces deux finales _ɑ_, _e_ sont de

l’invention des rabbins, imitées de l’arabe; je n’en ferai plus mention.

Pour le futur, l’on nous donne le mot IFFɑQ_e_D ou IɑFFɑQ_e_D; il

y a ici une irrégularité digne de remarque: la lettre N étant le signe

propre du passif, son prétérit N_i_FQɑD devrait faire Tɑn-FɑQ_e_D

au futur; pourquoi l’N est-il supprimé et l’F redoublé? dira-t-on

que c’est par une règle semblable à celle du latin dans les mots

_irruere_, _irrumpere_, _irradiare_, _irrigare_, qui sont réellement

in-ruere, in-rumpere, in-radiare, in-rigare? mais si, dans l’hébreu, le

redoublement des lettres F, F, n’a d’autre autorité que le bon plaisir

des rabbins, et le petit point furtivement et tardivement inséré dans

la lettre; si le doublement de lettres n’a point eu lieu dans l’idiome

syriaque plus ancien et plus répandu, si enfin, dans plusieurs cas,

l’hébreu ne craint pas d’écrire double une même lettre, comme on le

voit dans sɑBɑB, GɑLɑL, etc., l’on a droit de croire que c’est

encore ici une règle factice et posthume imitée des Arabes ou autres

étrangers.

Quoi qu’il en soit, iɑFFɑQ_e_D nous étant donné pour troisième

personne, les autres se caractérisent toutes par les lettres

antécédentes que l’on voit dans la colonne première, et quelques-unes

par des lettres finales placées dans la troisième.

L’impératif et le participe n’offrent rien de particulier digne de

remarque.

DEUXIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(Répondant à la deuxième arabe, signifiant _je ferai faire_.)

TEMPS PASSÉ.

F_i_qq_e_d il a }

---- ɑh elle a }

---- tɑ tu as, _masc._ }

---- t_e_ tu as, _fém._ }

---- ti j’ai } visité fréquemm.

---- ω ils ou elles ont }

---- t_e_m vous avez, _masc._ }

---- t_e_n vous avez, _fém._ }

---- nω nous avons }

FUTUR.

i_e_-Fɑqq_e_d il visitera fréquemm.

t_e_- ---- elle id. id.

t_e_- ---- tu, _masc._ visiteras fréq.

t_e_- ---- -i tu, _fém._ id. id.

a- ---- je visiterai fréq.

i_e_- ---- -ω ils visiteront id.

t_e_- ---- -nɑh elles id. id.

t_e_- ---- -ω vous, _masc._ visiterez fréq.

t_e_- ---- -nɑh vous, _fém._ id. id.

n_e_- ---- nous visiterons fréq.

IMPÉRATIF.

Fɑqq_e_d _masc._ visite fréquemm.

---- -i _fém._ id. id.

---- -ω _masc._ visitez fréq.

---- -nah _fém._ id. id.

INFINITIF.

{ le visiter fréq.

Fɑqqed { ou

{ le visitement.

PARTICIPE.

m_e_-Fɑqqed _masc._ le visiteur.

{ɑh

m_e_- ---- {ou _fém._ la visiteuse.

{ɑt

m_e_- ---- -im _masc._ les visiteurs.

m_e_- ---- -ωt _fém._ les visiteuses.

TEMPS PRÉTÉRIT.

Nos trois radicales prennent ici la forme de F_iqqe_D, en redoublant

la lettre du milieu par une règle dont je viens de contester

l’authenticité: il appartient aux savans professeurs allemands de

prononcer sur cette question, sur laquelle j’appelle leur impartialité;

provisoirement je laisse subsister la forme usitée.

On voit ici le temps prétérit caractérisé dans ses diverses personnes

par les lettres finales qui lui sont ajoutées.

Le futur donne IFFɑQQ_e_D ou ïɑFɑQQ_e_D qui, pour caractériser

ses diverses personnes, place pour chacune, une lettre ou syllabe avant

le mot, et qui pour quelques-unes ajoute encore une syllabe après le

mot.

L’impératif, le participe et l’infinitif n’ont rien de particulier:

mais il est utile de remarquer qu’à dater de cette seconde conjugaison

inclusivement, toutes les autre actives et passives placent une M

devant le participe, ou, si l’on veut, caractérisent le participe par

un _m_ qui le précède.

PASSIF DE LA DEUXIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(En arabe, elle répond à la forme passive de Fɑqɑd, F_o_qɑd

_il a été visité_.)

TEMPS PASSÉ.

Foqqɑd- il a été revisité.

Foqq_e_d-ɑh elle a été revisitée.

---- -tɑ tu as été, _m._ revisité.

---- -t_e_ tu as été, _f._ revisitée.

---- -ti j’ai été revisité ou ée.

{ revisités.

Foqq_e_d-ω ils ou elles ont été { ou

{ revisitées.

---- -t_e_m nous avons été, _m._ revisités.

---- -t_e_n vous avez été, _f._ revisitées.

Foqq_e_d-nω nous avons été revisités ou ées.

FUTUR.

i_e_-F_o_qqɑd il sera revisité.

T_e_- ---- elle sera revisitée.

T_e_- ---- tu seras, _m._ revisité.

T_e_- ---- -i tu seras, _f._ revisitée.

A- ---- je serai revisité ou ée.

i_e_- ---- ils seront revisités.

T_e_- ---- -nɑh elles seront revisitées.

T_e_- ---- -ω vous serez, _m._ revisités.

T_e_- ---- -nɑh vous serez, _f._ revisitées.

N_e_- ---- nous serons revisités ou ées.

IMPÉRATIF.

(N’existe pas.)

INFINITIF.

{ l’être revisité

F_o_qq_o_d { ou

{ revisitation.

PARTICIPE.

m_e_- F_o_qq_o_d _masc._ le revisité.

m_e_- ---- -ɑh _fém._ la revisitée.

m_e_- ---- -im _masc._ les revisités.

m_e_- ---- -ωt _fém._ les revisitées.

TEMPS PRÉTÉRIT.

Ici notre radical prend la forme de F_o_qqɑd; les rabbins veulent

qu’au féminin de la troisième personne il devienne F_o_qq_e_d: cela

est sans utilité comme sans autorité: le lecteur qui s’habitue à cette

marche du verbe, n’a pas besoin de nouvelles explications pour ce

tableau; les conjugaisons III et IV qui suivent ne demandent également

que d’être étudiées chacune sur son tableau; la quatrième n’a point de

passif.

Sur la troisième il est nécessaire de remarquer une irrégularité

capable d’embarrasser tout novice: on voit que cette conjugaison se

caractérise par le h ou par le hi attaché devant le radical (h_i_

FQID). Le participe devrait être M’h_i_FQ_i_D, et cela n’est pas. Le h

s’est éclipsé sous l’M, pour éviter le hiatus, et l’on dit M_e_FQiD;

voilà pour ce qui concerne les verbes réguliers: avec des formes

simples dans leurs bases, il y a néanmoins un art d’invention ingénieux

dans les combinaisons; maintenant le lecteur dont la mémoire souple a

pu retenir les mots radicaux des sept formes de verbes que je viens

d’exposer, entendra facilement la méthode usuelle de les désigner, en

disant la conjugaison-FɑQɑD, au lieu de première active et son

passif N_i_FQɑD; la conjugaison F_i_qq_e_D, au lieu de la deuxième

active et son passif F_o_qqɑD, etc. Ces mots lui rappelleront comment

les trois lettres radicales se combinent avec les petites voyelles et

deviennent ainsi les modèles de tout autre verbe qui leur ressemble;

alors seulement il comprendra ce qu’a voulu dire la formule ordinaire

de FɑăL, Fiel, H_i_F_i_L, HiFɑeL, etc., en même temps qu’il

apercevra combien elle est vicieuse, puisqu’elle masque entièrement le

rôle que joue ou doit jouer la seconde radicale aïn que l’on n’aperçoit

plus nulle part. On dirait que les adeptes de cette science ont pris

à tâche de la rendre obscure et d’en faire une branche de la science

cabalistique.

TROISIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(En arabe afqɑd, _il a fait désirer_.)

TEMPS PASSÉ.

h_i_- FQ_î_D -ɑh il a }

h_i_- id. -tɑ elle a }

h_i_- FQɑD -t_e_ tu as, _m._ }

h_i_- FQɑD tu as, _f._ }

h_i_- id. j’ai } fait visiter.

h_i_- id. -ω ils ou elles ont }

h_i_- FQ_î_D -t_e_m vous avez, _m._ }

h_i_- FQɑD -t_e_n vous avez, _f._ }

h_i_- id. -nω nous avons }

FUTUR.

iɑ- FQ_î_D il fera }

tɑ- ---- elle id. }

tɑ- ---- -i tu, _m._ feras }

tɑ- ---- tu, _f._ feras }

a- ---- je ferai } visiter.

ïɑ- ---- -nɑh ils feront }

tɑ- FQ_e_D -ω elles id. }

tɑ- ---- -nɑh vous, _m._ ferez }

tɑ- FQ_e_D vous, _f._ id. }

nɑ- ---- nous ferons }

IMPÉRATIF.

hɑ- FQ_e_D _masc._ fais visiter.

hɑ- FQ_î_D -i _fém._ id.

hɑ- FQ_î_D -ω _masc._ faites visiter.

hɑ- FQ_e_D -nɑh _fém._ id.

hɑ- FQ_î_D le faire visiter.

PARTICIPE.

ma- FQ_î_D _masc._ faisant visiter

{ F_î_QD { -ɑh }

mɑ-{ ou { ou } _fém._ id.

{ FQ_e_D { -ɑt }

mɑ- ---- -im _m._ les faisant visiter.

mɑ- ---- _f._ id.

PASSIF DE LA TROISIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

TEMPS PASSÉ.

h_o_- FQɑD il a été }

h_o_- FQ_e_D -ɑh elle a été }

h_o_- ---- -tɑ tu as été, _m._ }

h_o_- ---- -t_e_ tu as été, _f._ }

h_o_- ---- -ti j’ai été } fait visiter.

h_o_- ---- -ω ils ou elles ont été }

h_o_- ---- -t_e_m vous avez été, _m._ }

h_o_- ---- -t_e_n vous avez été, _f._ }

h_o_- ---- -nω nous avons été }

FUTUR.

i_o_- FQɑD il sera }

t_o_- ---- elle sera }

t_o_- ---- tu seras, _m._ }

t_o_- FQ_e_D -i tu seras, _f._ }

a_o_- ---- je serai } fait visiter.

i_o_- ---- -ω ils seront }

t_o_- ---- -nɑh elles seront }

t_o_- FQ_e_D -ω vous serez, _m._ }

t_o_- ---- -nɑh vous serez, _f._ }

n_o_- ---- nous serons }

IMPÉRATIF.

(N’existe pas.)

INFINITIF.

h_o_- FQ_e_D être fait visiter.

PARTICIPE.

m_o_- FQɑD _masc._ étant fait visiter.

m_o_- ---- -ɑh _fém._ id.

m_o_- ---- -im _masc._ { les étant-fait

{ ou

m_o_- ---- -ωt _fém._ { les fait-visiter.

QUATRIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(Équivalant au passif _j’ai été visité_, analogue à l’arabe

_to_F_aqqad_.)

TEMPS PASSÉ.

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII · 第 23 / 28 段