Ainsi firent les anciens Hébreux, du propre aveu des docteurs juifs

les plus savans. Il est constant que Moïse écrivit la loi non-seulement

sans points-voyelles, mais sans points ni virgules, sans distinction

de chapitres ni de versets: il l’écrivit en ces lettres _phéniciennes_

que l’on nomme aujourd’hui _samaritaines_. Ce fut là le caractère

alfabétique national, seul connu, seul usité jusqu’à la captivité de

Babylone: l’on est d’accord que jamais il n’a eu de points-voyelles

accolés. La déportation presque totale des Juifs au pays de Babylone

fut l’époque de deux changemens remarquables.

1º La langue s’altéra par le mélange des étrangers au peuple. 2º

Toute la classe lettrée, toute la jeunesse des familles riches et

sacerdotales ayant été, par ordre spécial du conquérant, élevée dans

les sciences chaldéennes, cette classe, cette génération contractèrent

l’habitude de l’alfabet _chaldaïque_ qui est notre _hébreu_ actuel.

Cette habitude fit perdre de vue, en peu de temps, l’alfabet national

antérieur, ce _Phénicien_ ou _Samaritain_ ci-dessus indiqué. Le prêtre

Ezdras parut vers l’an 457 ou 458 avant notre ère, sous le règne

d’Artaxercès-Longue-main, roi de Perse; 130 ans s’étaient écoulés

depuis la déportation à Babylone; plus de 80 après l’édit de Kyrus,

qui renvoya les Juifs chez eux; 63 ou 64 depuis celui de Darius, qui

leur permit de rebâtir un temple nouveau; et 2 ou 3 seulement depuis

l’apparition et le séjour d’Hérodote en Égypte. Ezdras ayant vu que la

portion lettrée de la nation avait délaissé le caractère phénicien,

et que les livres de Moïse, et autres, allaient tomber dans l’oubli,

ce lévite, _savant dans la loi_, entreprit une double opération à la

fois importante, laborieuse et dispendieuse: il résolut d’en faire la

collection, la compilation, et de plus la _transcription_ en caractères

_chaldéens_, ce qui fut une innovation grave; il exécuta ce projet dans

un laps de temps qui a exigé plusieurs années; ce n’est pas trop de

dire _dix ans_: or, parce que ce prêtre paraît avoir vécu bien au-delà,

il a pu avoir connaissance de l’ouvrage d’Hérodote rendu public vers

444 ou 446 aux jeux olympiques.

Il n’est pas de mon sujet d’examiner jusqu’à quel point Ezdras a pu

modifier les livres quelconques qu’il a transcrits, ni quels sont ceux

dont on doit le regarder comme auteur réel à titre de compilateur ou

rédacteur. Ce sont là des questions de fond; je ne m’occupe ici que

de la forme. Sous ce point de vue, l’on doit regarder et l’on regarde

son manuscrit comme la base et le modèle de tout ce que nous avons en

main, sauf le texte dit _Samaritain_; mais que devinrent les manuscrits

originaux sur lesquels Ezdras fit son travail? de deux choses l’une;

ou il les détruisit, ou bien ils restèrent dans la possession du

grand-prêtre et des docteurs, dépositaires naturels des archives où ils

ont pu être encore consultés.

L’on est d’accord que ce fut le manuscrit d’Ezdras qui, environ 175

ans plus tard, servit à établir la traduction grecque dont Ptolémée

Philadelphe, roi d’Égypte, fit la demande au grand-prêtre d’alors[164],

laquelle est connue sous le nom de version des _septante_; d’anciens

théologiens, appelés _pères de l’Église_, ont pour la plupart adopté

la fable qu’un Juif, déguisé sous le nom d’_Aristéas_, a composée sur

cette anecdote: mais plusieurs modernes non moins pieux que savans en

ont démontré l’invraisemblance et la fausseté[165]. Les probabilités

sont que le grand-prêtre transmit la demande au conseil ou _sanhédrin_

des _soixante-dix_ docteurs de la loi, en pied à cette époque; que

ce conseil, dont tous les membres ne purent ni ne durent savoir le

grec, fit choix de personnes instruites en cette langue, lesquelles

durent se distribuer le travail, qui, ensuite accepté et sanctionné

par les _soixante-dix_, fut transmis au roi d’Égypte, revêtu de

leur autorisation, et, à ce titre, considéré comme leur ouvrage:

naturellement ce manuscrit authentique a dû être la base de tous

les manuscrits grecs publiés depuis lors: et cependant il n’est pas

probable que les minutes restées à Jérusalem aux mains des auteurs,

aient été détruites, puisqu’elles avaient, pour ces auteurs mêmes,

une grande valeur pécuniaire et un grand mérite pour tous les Juifs

hellénistes qui de jour en jour devinrent plus nombreux. Ces incidens

peuvent servir à expliquer beaucoup de questions survenues tant sur la

diversité du style de divers livres, que sur les variantes de divers

passages et même sur les erreurs des traducteurs grecs, et relativement

à la valeur de plusieurs mots hébreux.

[164] Flav. Joseph., Antiquit. Judaïq., lib. 12.

[165] Voyez _Bernard de Montfaucon_, dans son livre sur les

_hexaples d’Origènes_, in-fol.

Ce qui nous importe le plus ici est de savoir que le manuscrit d’Ezdras

fut écrit sans _points-voyelles_; que les copies qui purent en être

faites par les amateurs n’en eurent pas davantage; que dans ces copies,

il survint, comme il arrive toujours, quelques fautes, quelques

omissions: que les Juifs troublés par les persécutions des rois grecs

de Syrie, par les révoltes qui en furent la suite, puis par l’invasion

des Romains, et par le régime tyrannique de ces conquérans, qui

finalement les détruisirent; que les Juifs, dis-je, dispersés, mêlés

aux autres peuples, après avoir perdu d’assez bonne heure la pratique

de leur ancienne langue, perdirent aussi la vraie lecture des livres

où elle demeura reléguée[166]. Il n’y eut plus que des particuliers

studieux qui se livrèrent à ce travail scientifique, difficile pour

eux comme l’est pour nous le grec et le latin; or, comme il fallut

être riche pour avoir le loisir du temps, et la possession des livres,

tous _manuscrits_ dispendieux, le nombre des savans diminua de plus

en plus: faute de concurrence, il y eut moins d’émulation; faute

d’appréciateurs, il y eut moins de vraie science et plus d’admiration.

Quelques _rabbins_[167] ou docteurs, disséminés en quelques grandes

villes isolées par les guerres habituelles et par les distances,

devinrent chefs d’opinions diverses sur certains mots et certains

passages susceptibles de divers sens. Possesseurs du très-petit nombre

de manuscrits existans, ils se permirent d’y faire des notes marginales

qui devinrent des autorités. Leurs écoles situées à _Jérusalem_, à

_Alexandrie_, à _Tibériade_, à _Neharda_ (en Babylonie) ayant eu des

communications tardives, l’on s’aperçut qu’il s’était introduit des

dissentimens et du désordre: l’on s’occupa des moyens d’y remédier: une

sorte de concile s’établit à Tibériade: il est plus que douteux que ces

travaux aient commencé avant les années 400 ou 420 de notre ère; il

paraît qu’ils étaient finis avant l’an 510[168]. Vingt ans assidus ont

pu y suffire: mais quand on analyse ces travaux, on sent qu’ils ont dû

se prolonger pendant un laps de temps bien plus considérable.

[166] Quand Ezdras, 450 ans avant notre ère, fit une lecture

solennelle de la loi, il est spécifié que les lévites

_expliquaient_, _faisaient comprendre_: le savant rabbin

Maimonide atteste que, dès-lors et depuis lors, il y eut

toujours un _interprète d’office_ (il écrivait vers 1180). Peu

avant notre ère, le rabbin Onkelo, et 200 ans plus tard le

rabbin Jonathan, ont écrit des _interprétations_ (targumin) qui

prouvent qu’ils n’entendaient plus la langue.

[167] Le mot _rabb_ signifie _maître_, _seigneur_. Au pluriel

_rabbim_.

[168] Dans l’_Alfabet européen_, page 117, ligne 19, on lit 520

par erreur typographique; corrigez 510.

Pour en apprécier l’étendue, il faut se rappeler que, jusqu’au temps

d’Ezdras, tout livre hébreu fut écrit sans _division_ de chapitres, ni

versets, sans distinction des phrases par points et virgules, enfin

sans les voyelles brèves et cachées dont j’ai parlé.

En transcrivant le vieil hébreu phénicien ou samaritain en lettres

chaldaïques, Ezdras semble avoir établi la division en chapitres,

seulement. L’excédant resta à faire; les rabbins qui, depuis Alexandre,

vécurent avec les Grecs et les Romains, forcés d’apprendre l’une

ou l’autre langue, ne purent manquer d’en connaître les principes

alfabétiques et grammaticaux. Ces principes, différens des leurs,

durent leur donner beaucoup à penser; ils voyaient les mots écrits

avec une plénitude de voyelles qui ne laissait aucun équivoque; les

phrases, coupées par des repos et demi-repos de points et de virgules,

leur présentaient la plus grande clarté: ils entreprirent d’appliquer

à leur système oriental ces précieux avantages du système occidental:

ce fut une idée heureuse et réellement forte, vu la difficulté de

son exécution; introduire au corps des mots hébreux toute voyelle

prononcée était une innovation contraire aux antiques usages et même

aux idées religieuses, qui ne permettaient pas d’altérer ce qu’on

appelait la parole de Dieu; néanmoins, on convint d’un double expédient

conciliateur qui ne dut être adopté qu’après bien des débats: cet

expédient fut 1º d’imaginer et de fixer des signes représentatifs des

voyelles; 2º de placer ces signes hors du corps des lignes et des mots,

de manière à n’en point troubler l’ordre antique[169]; or, comme ces

signes sont en général formés de _points_ diversement combinés, leur

système est ce que l’on a appelé _points-voyelles_.

[169] Quand les mêmes procédés, les mêmes résultats, se

trouvent aux septième et huitième siècle de notre ère chez les

Arabes musulmans, cette imitation n’est-elle pas une preuve des

mêmes raisonnemens? Voyez l’_Alfabet européen_, pag. 110, 111

et suiv.

Pour en faire l’application, il fallut procéder à l’examen, à la

discussion de 815,280 lettres[170] dont se composent les livres juifs;

ce n’est pas tout: en fixant la prononciation de chaque lettre, les

docteurs voulurent fixer aussi et peindre les accidens les plus

minutieux de la lecture: il y eut des signes pour toutes les inflexions

de voix, pour l’élévation ou l’abaissement du ton, pour les soupirs et

demi-soupirs, pour l’accent musical, etc. Si l’on considère que chacune

des 815,280 lettres ci-dessus dut être un objet spécial de délibération

pour chacune de ces combinaisons, et que tout cet ensemble de doctrine

n’est qu’une partie de ce que l’on appelle la _masore_ (prononcez

_maçore_), c’est-à-dire la _tradition_, l’on ne sera plus étonné

de la célébrité qu’ont acquise dans le monde érudit les docteurs

_masorètes_, ou _traditionnaires_.

[170] _Prolégomènes_ de Walton, pag. 46.--_Voyez_ l’extrait[F4]

à la fin de ce volume.

De tout ceci résulte-t-il que les Juifs soient parvenus à représenter

l’ancienne et vraie prononciation, je ne dis pas du temps de Moïse ou

de David, mais seulement du temps d’Ezdras? non assurément. Il est

prouvé au contraire qu’à l’ouverture de notre ère, leur langage était

un jargon syriaque mêlé de mots grecs, arabes, et même persans[171];

que, dès le temps d’Ezdras, le dialecte babylonien plus cultivé,

plus élégant, avait remplacé l’hébreu montagnard et grossier, laissé

au bas peuple; que depuis la dispersion des Juifs sous Titus, toute

la tradition de la prononciation fut rompue; que le système arrêté

à Tibériade fut, comme il arrive en toute assemblée délibérante,

une capitulation d’opinions et d’amours-propres; que parmi les mots

cités par les premiers écrivains ecclésiastiques, il en est plusieurs

qu’aujourd’hui les Juifs lisent différemment; que, même dans la

ponctuation des manuscrits, il a existé, il existe encore, de l’aveu de

tous les érudits, un nombre considérable de variantes; qu’au milieu du

seizième siècle (1530 à 1550), lorsque ce genre d’étude s’introduisit

parmi nous, il fut avéré que les anciens manuscrits portaient des

points de diverses nuances d’écriture attestant diverses mains et

diverses dates[172]; qu’alors, comme aujourd’hui, les synagogues

allemandes, portugaises, espagnoles, françaises, asiatiques, etc.,

n’ont prononcé ni les points ni les lettres de la même manière; que,

dans toutes ces synagogues, le _manuscrit canonique_ imitant celui

d’Ezdras est toujours écrit _sans points-voyelles_ d’aucune espèce;

enfin qu’à la Chine même, où l’on a trouvé des Juifs, _égarés_ de

très-ancienne date, ces mêmes faits se sont retrouvés[F5]. Mais c’en

est trop sur l’histoire des _points-voyelles_; il est temps de nous

occuper de leur figure et de leur valeur.

[171] _Voyez_ la savante dissertation du professeur _Paulus_,

dans le compte qu’en a rendu M. S. de Sacy; Magasin

encyclopédique, année 1805, tom. I.

[172] Il est également avéré que les Buxtorf, sous prétexte

de _régulariser_, ont _falsifié_ les points de plusieurs

manuscrits. Voyez Michaëlis, grammaire chaldaïque. Notez bien

encore que les deux plus anciens manuscrits connus, celui de

_Hillel_ et celui de _Ben-ascher_, n’ont pas été écrits plus

haut que vers l’an 1000 et 1034 de notre ère.

§ VI.

_Suite des Points-Voyelles, leur Figure et leur Valeur._

Nos modernes grammaires hébraïques ne comptent plus comme

points-voyelles que les quatorze ou seize figures dont je vais bientôt

donner le tableau. En cela elles ont raison; mais les précédentes, et

celles des Juifs actuels embrassent sous ce nom deux autres classes

de signes, qui portent le nom de _points grammatiques_ et _points

rhétoriques_, destinés les uns et les autres à des fonctions nombreuses

et diverses.

Les points _grammatiques_ sont divisés en deux sections, et qualifiés

les uns de _rois_, les autres de _vizirs_. Les points _rois_ sont au

nombre de dix-neuf; les points _vizirs_ sont au nombre de onze; les

points _rhétoriques_ sont au nombre de quatre: total, trente-quatre

variétés; plus les seize que j’ai d’abord indiqués: total, cinquante

signes divers[173].

[173] On peut en voir les détails dans le livre intitulé:

_Rudimenta linguæ hebraicæ, autore Antonio Rodolpho

Cevallerio_, 1567. _Parisiis apud Henricum Stephanum._ Mais

parce que les livres de ce genre ne sont pas sous la main

de tout lecteur, j’ai placé ce fragment dans mes notes

justificatives[F6] à la fin du présent volume.

Parmi les points ou accens grammatiques, les uns sont équivalens

à nos virgules, à nos points et virgules, points doubles, points

d’interrogation, d’admiration, etc. Les autres que l’on peut appeler

_musicaux_, marquent tous les tons et inflexions que doit prendre la

voix dans la lecture. Leur nomenclature seule forme une science barbare

en hébreu, et assez ridicule en français. Tous ces signes sont de

petites barres, de petits points diversement combinés, qui se placent

tantôt droits, tantôt transverses, ou dessus, ou dessous les lettres

alfabétiques. Si l’on remarque que chaque mot des livres hébreux est

susceptible de recevoir plusieurs de ces signes, on concevra quelles

innombrables difficultés en résultent pour ce qu’on appelle

une exacte lecture.

Dans mon système de lettres européennes, tout cet imbroglio devient

inutile: d’abord, au moyen de notre ponctuation usuelle, nous n’avons

pas besoin de savoir les noms bizarres que les rabbins donnent au

point, à la virgule et à leurs composés: il nous est également inutile

de savoir si, sur une telle lettre ou telle syllabe, nous devons

pousser un soupir aigu ou profond, du nez ou de la gorge, comme

il se pratique dans les synagogues: non que je prétende nier que

les Hébreux aient pu lire avec des intonations étranges pour nous,

puisqu’aujourd’hui nous en retrouvons de semblables chez les Arabes

dans la récitation du Qôran; je dis seulement que la prosodie actuelle

des Juifs est d’invention moderne, imitée de celle-là, et que tout cet

appareil ne sert en rien à connaître le vrai sens des mots, seul but

de nos recherches. Je me range donc à l’avis de nos grammairiens; et,

comme eux, je laisse à part toute cette fausse science pour concentrer

notre examen sur les vrais _points-voyelles_, c’est-à-dire sur ceux qui

figurent des voyelles. Je présente ci à côté leur tableau, coté nº III,

en priant le lecteur d’y donner une attention particulière.

TABLEAU DES POINTS VOYELLES JUIFS.

+------------------------------+----------------------------------------+

| SIGNIFICATION DE CES NOMS | ORTHOGRAPHE | ORTHOGRAPHE |

| ------------------------- | LITTÉRALE. | VULGAIRE. |

| EN FRANÇAIS. | EN LATIN. | | |

+--------------+---------------+---------------+------------------------+

| rassemblement| oris collectio| Q_o_m_e_s | Kamets בָ B _a_ } |

| des lèvres | (ut pugilli) | (gɑdωl) grand | } |

| | | | } |

| bruit d’un | cardinis | sri. | tseré בֵ B _e_ } |

| gond | stridor | | } |

| | | | } l |

| éclat de voix| frendor magnus| Ҥîr_e_q | Chirik בִי B _î_ } o |

| | | (gɑdωl) grand.| } n |

| | | | } g |

| perfection | perfectio | Ҥωl_e_m | Kholem ךֹ B _ô_ } s |

| (ôméga) | | | } |

| | | | } |

| sifflement | sibilum | šωr_e_q | Schourek בךּ B _où_ } |

| | | | |

| ouverture | apertura | fɑtɑɦ | phatach בַ B _à_ } |

| | | | } |

| le collier | monile | s_e_gωl | Segol בֶ B _é_ } |

| | (à figurâ) | | } b |

| | | | } r |

| petit éclat | frendor parvus| Ҥîr_e_q | chirik בִ B _i_ } e |

| | | | } f |

| | | Ҥɑtf Qɑm_es_ | Kamets-Kateph } s |

| | | | בָ B _ò_ } |

| | | | } |

| rassemblement| collectio | Q_o_bu_s_ | Kibbuts בֻ B _ù_ } |

| | | | |

| le serviteur | 1º servus, | 1º š_e_ba, | Schéva בְ B _e_ } b |

| ou | captivus; | ou 2º šωa | muet } r |

| le niveleur | 2º æquator | | } é |

| | | | } v |

| ouverture | rapta apertio | Ҥɑtf fɑtɑɦ | Kateph-phatach } i |

| rapide | | | בֲ B _à_ } s |

| | | | } s |

| le collier | raptum monile | Ҥɑtf s_e_gωl | Kateph-Segol } i |

| rapide | | | בֱ B _e_ } m |

| | | | } e |

| l’ouverture | rapta | Ҥɑtf Q_o_mes | Kateph-Kamets } s |

| rapide | collectio | | בָ B _ò_ } |

| | | | |

|appesantisse- | aggravatio | Dɑgueš | Daghes בּ B |

|ment ou plutôt| (litteræ) | | |

|redoublement | | | |

| | | | |

| | | mafiq | mappik הּ B |

+--------------+---------------+---------------+------------------------+

Nº III. Pour faire face à la page 375.

La colonne nº 1 présente, 1º les figures des divers points appliqués à

une même lettre (B) laquelle sert de modèle pour toutes les autres.--2º

La valeur de chaque point en lettres européennes, selon mon tableau de

l’_Alfabet européen_, pag. 28.--3º Les noms juifs de ces points selon

l’orthographe vulgaire, qui semble être une orthographe allemande venue

des Buxtorf.

La colonne nº 2 présente ces noms avec une orthographe conforme à

l’écriture hébraïque, c’est-à-dire que nos vingt-deux lettres capitales

peignent les vingt-deux lettres de l’alfabet hébreu; tandis que le

texte romain figure les _points-voyelles_ selon la valeur que je leur

assigne.

La troisième colonne porte la signification de ces noms juifs en

latin et en français: elle a le mérite de nous montrer quelles idées

les grammairiens juifs se sont faites de ces voyelles de nature

brève. Plusieurs de leurs définitions prouvent, par leur bizarrerie,

l’embarras des inventeurs; car dire que _e_ et _i_ sont le _bruit_

d’un _gond_; que _a_ est un état de la bouche semblable au poing

(de la main) qui rassemble les doigts, cela est à la fois vague et

inexact: ajoutez l’équivoque de _a_ avec _o_, à raison du même signe

(kamets-kateph pour les deux)[174], tout indique des hommes qui

tâtonnent en une chose neuve. Mais venons au fond.

[174] Cette analogie de _a_ avec _o_ est remarquable en ce

qu’elle existe dans l’anglais, comme je l’ai noté pag. 31 et

32 de l’_Alfabet européen:_ elle tend à expliquer pourquoi

l’_alef_ des Chaldéens est devenu _olaf_ chez les Syriens, et

par inverse l’_o_ de l’ancien russe, souvent un _a_ dans le

moderne.

Nous avons ici seize signes ou figures de points, dont quatorze

seulement sont _voyelles_: deux ne le sont pas, savoir, _daghès_ et

_mappik_.

_Daghès_ signifie _appuyer_ sur une lettre, comme il arrive quand on la

redouble. Par exemple, dans nos mots fraPPé, baTTu: c’est ce que les

Arabes nomment TAšDÎD ou _fortifiement_ de la lettre. Par exemple, dans

leurs mots _radd_ (il a rendu), _madd_ (il a étendu). Ce signe convient

a l’écriture orientale, qui n’admet pas le redoublement d’une même

lettre; il tombe inutile dans la nôtre qui le permet.

_Mappik_ indique qu’il faut faire sentir l’_h_ et non le laisser

_mort_; comme cela ne fait rien au sens, c’est un signe nul à

supprimer[175].

[175] Remarquez que _mappik_ est une orthographe barbare, le P

n’existant ni en hébreu, ni en arabe. On doit écrire _mafiq_,

composé d’_afaq_, _affermir_: _daghès_, ou plutôt _dagas_ est

un mot syriaque qui signifie _appesantissement_.

Il ne nous reste donc que quatorze vrais _points_, signes de

_voyelles_, mais le plus léger coup-d’œil va faire sentir que ce ne

sont point quatorze individus différens, ce sont seulement cinq mêmes

voyelles répétées sous trois mesures de temps; l’une _longue_, l’autre

_brève_, et la troisième _brévissime_: au total, nous n’avons ici

réellement que les cinq voyelles latines et grecques _a_, _e_, _i_,

_o_, _u_, et cela dans l’ordre même ou les grammairiens de ces peuples

nous les montrent rangées de tout temps. Certainement ceci est une

imitation de la part des rabbins; et cette imitation n’a pu avoir lieu

que depuis leur contact intime avec les Grecs, d’abord dans la ville

d’Alexandrie, puis au temps du Bas-Empire dans toute la Syrie: ceci

nous ramène toujours à notre hypothèse sur la formation de ce système

d’orthographe dans le cinquième siècle de N. E.

Ici se place une observation relative à l’alfabet syrien; lui aussi a

un système de _points-voyelles_ fondé sur les mêmes principes: est-il

plus ou moins ancien? cela ne m’est pas clair: dans le syriaque,

quelques points-voyelles sont réellement des _points_ comme dans

l’hébreu; mais il en est d’autres qui ont la figure de quatre voyelles

grecques réduites à l’état de _miniature_, précisément comme les Arabes

ont réduit leurs trois voyelles A, I, ω en _fatha_, _kesré_, _domma_

(_Voyez_ le tableau nº IV). Je suis porté à croire que les Syriens ont

imité les Juifs pour les points, et qu’ils n’ont inventé leurs signes

grecs que plus tard.

Quoi qu’il en soit de ce côté, les Juifs me semblent décidément avoir

le mérite de la priorité sur les Arabes, puisque ceux-ci n’ont commencé

de s’occuper de ces matières qu’à la fin du septième siècle; et que

leur système plus simple et plus parfait devient une preuve de plus à

mon opinion; revenons à notre sujet.

Les quatorze signes des Juifs, je le répète, ne peignent réellement que

les cinq voyelles _a_, _e_, _i_, _o_, _u_; j’ajoute qu’ils les peignent

dans le double état de _brèves_ et de _longues_ dont j’ai parlé:

j’en vois une preuve dans les procédés des Arabes, qui, à la date du

septième et du huitième siècle, n’ont dû être à certains égards que

les imitateurs des Juifs. Nous savons que les grammairiens musulmans,

ayant reconnu aux trois grandes voyelles une manière d’être prononcées

_brèves_, ils imaginèrent de peindre cet état par trois signes qui

furent la miniature de ces grandes voyelles. L’un de ces signes fut la

petite barre appelée _Fatha_ pour Alef; le second dit _Kesré_ pour Iod:

le troisième dit _Domma_ pour ωau.

Or les analogues de ceci se retrouvent dans les points-voyelles juifs;

car _phatach_ (9e de la série) valant _a_, n’est réellement que _Fatha_

de nom et de chose: il se répète dans _Kateph patach_ (_fatha bref_):

encore dans _Kamets_ qui n’est que _a_: les deux _chirik_ ou _kirek_

sont le _kesré_ valant _i_: _schourek_ et _kibbus_ sont le _domma_

valant _ou_ bref.

D’autre part, les Arabes s’étant aperçus que dans certains cas Alef se

prononçait O comme dans _omam_, (les nations), et que cet o long avait

sa brève dans _kotob_ (les livres), ils établirent aussi des signes

pour figurer ces deux états; or, la même chose se présente en _kholem_,

en _kamets-katef_ et _katef-kamets_.

Enfin, en d’autres cas, ayant remarqué une voyelle singulière qui est

_e_, les Juifs, mieux que les Arabes, convinrent de la désigner par

_tséré_, _segol_ et même _scheva_.

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII · 第 20 / 28 段