Le nº II est l’ħ dur, prononcé d’une manière forte: les voyageurs

européens l’expriment souvent par deux _hh_; mais comme ils ajoutent

aussi un _h_ à plusieurs consonnes telles que đ, _ch_, etc., il en

résulte une répétition d’_h_ dans un même mot, qui en détruit la

simplicité. La figure que nous adoptons évite ce défaut; elle est

facile à peindre, et facile à distinguer du petit _h_ par son ligament

supérieur, qui dans l’écriture devra toujours être bouclé ainsi ħ,

tandis que l’_h_ mineur sera toujours un trait sec.

L’ħ dur est une des lettres arabes les plus difficiles à prononcer,

surtout lorsqu’il est dans l’état de consonne fermée.

EXEMPLE.

dɑħrɑđj, _degré_; aħmɑr, _rouge_.

mɑħkɑm_àt_, _tribunal_.

Quelquefois il n’a pas même de voyelle devant lui, comme dans mɑlħ,

sel.

Alors il faut supposer qu’il y a un è, et prononcer brièvement

mɑl_è_ħ.

Mais un maître seulement peut bien diriger ces prononciations.

Le reste des consonnes a moins de difficultés; il n’en existe point

sur _m_, ni sur _b_. Les Arabes n’ont pas le _p_, qui est la troisième

labiale, ils le trouvent trop dur et le remplacent par _b_; mais les

Turks et les Persans l’ont et le peignent par پ.

Les Arabes manquent aussi du _vé_, quoique la plupart des drogmans

européens veuillent prononcer ainsi le ω; mais c’est une prononciation

vicieuse qu’ils imitent des Turks dont ils sont les élèves.

Le _fé_, qui est la consonne majeure de _vé_, est chez les Arabes le

même que chez nous.

Il en est ainsi de toutes les lettres suivantes, lorsqu’elles n’ont pas

de forme ou de signe particulier; il nous suffira d’expliquer celles

qui ont de nouveaux signes.

Le nº V exprime le đ dur: nous l’avons distingué du _d_ doux, en lui

attachant au sommet de la tige un ligament qui tient de l’_o_; ce

qui convient d’autant mieux, que ce đ, dans sa prononciation, semble

imprimer le son d’_o_ à toutes les voyelles qui l’approchent.

La même observation a lieu pour les trois autres consonnes ȶ dur, nº

VII; ʓ dur, nº XI; ʆ dur, nº XIII; aussi leur attachons-nous le même

signe, et dans leur dénomination les distinguons-nous par la voyelle

_o_ qui les suit et qui retrace leur caractère[121].

[121] La planche gravée indique la manière de tracer ces signes

distinctifs, d’une manière courante dans l’écriture. (_Voyez_

pl. Ire.)

+-------------------------------------------------------------+

| Note de transcription. |

| |

| Cette planche ne se trouve pas dans le livre. |

+-------------------------------------------------------------+

Le nº VIII représente le _ȥɑl_. Les Égyptiens et les Syriens lui

substituent tantôt _d_, tantôt _z_, comme nous l’avons dit: il suffira

de savoir que partout il sera peint par notre ȥ barré, comme l’on voit

dans le tableau, sauf à le prononcer selon l’usage des lieux.

Le nº IX est le θêta grec que nous adoptons sans altération comme une

lettre simple et commode, sauf encore à la prononcer _t_ ou _s_, à la

manière des Syriens et des Égyptiens; car ils prononcent _etnân_ pour

_eθnân_, deux.

Le nº XII est notre _s_, qui jamais ne doit prendre dans l’arabe le son

de _z_ que nous lui donnons dans _rose_, _close_.

Le nº XIV, ɗj, a l’inconvénient de porter deux lettres à-la-fois, mais

les Arabes les font sentir très-distinctement; et l’on ne peut employer

ici le _g_ italien, parce que devant a, o, ω, il faudrait ajouter un

_i_; que si l’on prononçait _ga_, _go_, à la manière des Égyptiens, il

faudrait ajouter _u_ devant _é_ et _i_, pour faire _gué_, _gui_, ce qui

romprait la simplicité que l’on doit se proposer. Nous avons remédié à

cet inconvénient par la forme liée de la lettre đj qu’il faut prononcer

_dgé_.

Le nº XV est une lettre nouvelle pour peindre notre consonne _ch_. Chez

tous les peuples d’Europe cette consonne a le double défaut d’être

peinte par des lettres multiples et diverses. Les Anglais la peignent

par _sh_; les Allemands par _sch_; les Polonais par _sz_; les Italiens

par _sci_; nous par _ch_; et cela par la raison que les Grecs et les

Romains n’ayant point cette consonne, les Barbares du Nord qui leur ont

succédé n’ont pas eu l’art d’ajouter une lettre à leur alfabet. Il eût

été à désirer que l’on pût adopter le ش arabe, mais dans notre écriture

à la main il se confondrait avec l’_m_. Nous avons donc préféré

d’imaginer un signe nouveau, et celui que nous adoptons a le double

mérite de conserver des rapports avec la lettre arabe, et même avec le

ja qui est sa consonne mineure, puisque le ῳ est composé du jambage

j dans son milieu, avec seulement deux ailes latérales: pour le bien

former dans l’écriture, voyez la planche nº Ier.

Nous n’avons pas la même peine pour l’_r_ grasséyé, nº XXI, parce que

le γ des Grecs l’exprime exactement; car les Grecs ne prononcent pas

_gamma_, mais _ramma_, en grasséyant l’_r_.

Pour le nº XX, nous adoptons le χ grec qui ne doit pas se prononcer

_iks_; mais comme le _jota_ espagnol et le _ch_ allemand: lorsque la

prononciation _ks_ se trouvera en arabe, nous la peindrons par _ks_,

qui est un signe composé et divisible comme elle.

EXEMPLE.

Mɑksωr _brisé_, venant de kɑsɑr _briser_, où l’on voit k, s, divisés.

Nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit sur _q_, sinon qu’il ne

prendra jamais d’_u_ à sa suite, et qu’il s’écrira _qa_, _qé_, _qi_,

etc.

Nous n’avons rien à ajouter non plus à ce que nous avons dit de _k_.

Tel est notre système d’écriture dont l’usage démontrera une foule

d’avantages précieux de facilité et de simplicité; il a entre autres le

mérite de rendre nuls cinq signes usités dans l’arabe, dont les règles

sont on ne peut plus embarrassantes. Le premier est le đjam ْ ou signe

du _repos_ d’une consonne, c’est-à-dire qui désigne qu’elle est fermée

ou sans voyelle après elle.

EXEMPLE.

ضَربْ đɑrb, _un coup_; et non pas ضَرَب đɑrɑb, _il a frappé_.

Ce signe devient nul par la nature même de notre écriture européenne.

Le second est le tɑῳdîd ّ qui désigne que la lettre est redoublée.

EXEMPLE.

đɑrrɑb, _il a fait frapper_, ضَرَّب;

kɑttɑb, _il a fait écrire_, کَتَّب.

Ce signe devient également nul, puisque toute lettre prononcée est

écrite.

Le troisième est le hamza ٔ qui avertit qu’il y a un _a_ absent, ou

changé en une autre lettre.

EXEMPLE.

سؤ sωٔ _pour_ sωa _mal_.

مأ mâٔ _pour_ maa _l’eau_.

شَٸ ῳaiٔ _pour_ ῳɑïa _chose_.

إن en, _si_.

أن an, _que_.

Ce signe est encore nul, soit parce que nous écrivons les lettres

absentes, soit parce que nous appliquerons à sa place une virgule qui

indiquera une élision.

Le quatrième est le madda ٓ ou extenseur de l’_alef_ final, qui se

place devant le hamza, et ce signe est entièrement inutile.

Enfin le cinquième est le ωesla ٱ , aussi exclusivement attaché à

l’_alef_ initial, pour indiquer qu’il disparaît par la lettre qui

termine le mot antécédent.

EXEMPLE.

ٱلسَّمأَ‎ ‏عُمْقُ‎, ỏmqͦ al sɑmâⁱ;

prononcez: ỏmq os’ sɑma-i, _la profondeur du ciel_.

Nous remarquerons plusieurs règles dans cette phrase; 1º l’effet du

ωesla qui indique de prononcer _o’l_ au lieu de _al_; 2º l’effet du

hamza sur sɑmâ; 3º l’effet du taῳdid qui indique de redoubler l’_s_

et de dire ossama, au lieu de ol sama; mais toutes ces règles si

embarrassantes dans l’arabe, disparaissent dans notre méthode. Nous

laisserons donc à part tous ces signes minutieux et embarrassans; et

supprimant ainsi, à l’avantage des novices, plus d’un quart de la

grammaire d’Erpenius, nous allons produire la langue arabe dans toute

sa simplicité et sa pureté.

CHAPITRE II.

§ Ier.

_Du Nom._

En arabe comme en français, le discours est composé de trois parties

principales, 1º le _nom_ (de l’agent), 2º celui de l’action ou

le _verbe_, et 3º les _particules_ qui lient l’agent à l’action,

c’est-à-dire le nom au verbe.

Dans le nom, l’on distingue, 1º l’article; 2º le cas; 3º le genre; 4º

le nombre.

Rien n’est plus simple que la déclinaison du nom dans l’arabe vulgaire;

il est le même à tous les cas qui ne se distinguent que par les

particules, ou par le sens de la phrase.

EXEMPLE.

Nom. al sɑmɑk _le poisson_.

Gén. al sɑmɑk _du poisson_.

Dat. l’al sɑmɑk _au poisson_.

Acc. al sɑmɑk _le poisson_.

Voc. ïâ sɑmɑk _ô poisson_.

Abl. men al sɑmɑk, _du_ ou _par le poisson_.

On voit par cet exemple, 1º que l’article _al_ est indéclinable, et

qu’il répond à tous nos articles _le_, _la_, _de_, _du_, même aux

pluriels _les_, _des_, tant au féminin qu’au masculin.

2º Que le nom ne change pas de forme, et qu’il reste le même dans tous

les cas; il en résulte l’inconvénient de ne pas distinguer facilement

le génitif du nominatif ou de l’accusatif: mais il est convenu en arabe

que quand deux noms se suivent et que le premier manque de l’article

_al_, il gouverne le second au génitif.

EXEMPLE.

râs al sɑmɑk, _la tête du poisson_.

sari al mɑrkɑb, _le mât du vaisseau_.

Lorsque c’est un nom propre, l’article _al_ est lui-même supprimé.

b_ɑi_t z_ɑi_d, _la maison de Zaid_.

mɑndîl fâtmɑt, _ou_ fâtmé, _le mouchoir de Fâtmé_.

Voilà pour l’arabe vulgaire, à quoi il faut ajouter que par corruption

l’on prononce _el_ au lieu d’_al_ dans l’Égypte et dans la Syrie, où le

changement d’_â_ en _é_ a lieu dans une infinité de cas.

Remarquons de plus que l’_l_ dans _al_ se perd devant treize consonnes

de l’alfabet, appelées solaires, qui sont[122]:

d, đ, t, ȶ, θ, z, ȥ, ʓ, s, ʆ, ῳ, r, n, et qu’à sa place on double

ces lettres pour l’agrément de la prononciation; ainsi l’on prononce

_es’sɑmɑk_, et non _el sɑmɑk_; _en’nɑbi_, le prophète, et non _el

nɑbi_; eʓʓolm, _la tyrannie_, et non _el ʓolm_: mais c’est à l’usage

d’enseigner cela, et non à l’écriture de le tracer, et les signes

imaginés par les grammairiens pour diriger cette manière d’écrire, sont

aussi ridicules que si chez nous l’on écrivait ces mots, _ils ont écrit

à Rome_, de cette manière: _il zon t’écri t’à Rome_.

[122] Appelez-les selon le canon alfabétique, da, đo, ta, ȶo,

θêta, ȥal, etc.

Quant à l’arabe littéral, connu sous le nom de naħωi, l’équivoque des

cas n’y a pas lieu, parce qu’ils y sont distingués par des finales

ajoutées au corps du mot, comme en grec _os_, _ωn_, et en latin _us_,

_a_, _um_.

EXEMPLE.

Nom. al nɑhr-o _le ruisseau_.

Gén. al nɑhr-i _du ruisseau_.

Dat. l’al nɑhr-i _au ruisseau_.

Acc. al nɑhr-ɑ _le ruisseau_.

Voc. ïa nɑhr-ɑ _ô ruisseau_.

Abl. men al nɑhr-i _du_ ou _par le ruisseau_.

L’on voit par cet exemple que l’_o_ appartient au nominatif; l’_i_ aux

génitif, datif, ablatif; et l’_a_ aux accusatif et vocatif; et cela

tant au singulier qu’au pluriel, et tant au féminin qu’au masculin.

Si le nom est un nom propre, ou qu’il soit privé de l’article _al_, il

ne prend plus pour finales _o_, _i_, _a_, mais les nasales _on_, _en_,

_an_, le vocatif seul excepté.

EXEMPLE.

Nom. Moħɑmmɑd-on _Mahomet_.

Gén. Moħɑmmɑd-en _de Mahomet_.

Dat. l’Moħɑmmɑd-en _à Mahomet_.

Acc. Moħɑmmɑd-an _Mahomet_.

Voc. ïa Moħɑmmɑd-o[123] _ô Mahomet_.

Abl. men Moħɑmmɑd-en _par Mahomet_.

Nom. nɑhâr-on _jour_.

Gén. nɑhâr-en _de jour_.

Dat. l’nɑhâr-en _à jour_.

Acc. nɑhâr-en _jour_.

Voc. ïâ nɑhâr-a _ô jour_.

Abl. men nɑhâr-en _par jour_.

[123] Dans les noms propres, le vocatif prend _o_, comme le

nominatif des substantifs.

Si le nom propre se terminait par lui-même en _an_, il ne faudrait plus

lui appliquer les nasales, mais bien les lettres _o_, _i_, _a_.

EXEMPLE.

Nom. ỏθmân-o _Otman_.

Gén. ỏθmân-i _d’Otman_.

Dat. l’ỏθmân-i _à Otman_.

Acc. ỏθmân-a _Otman_.

Voc. ïa ỏθmân-o _ô Otman_.

Abl. men ỏθmân-i _par Otman_.

On voit par les exemples ci-dessus que l’_on_ appartient au nominatif;

_en_ aux génitif, datif, ablatif, et _an_ à l’accusatif, tant au

singulier qu’au pluriel, et au féminin comme au masculin.

§ II.

_Du Genre._

En arabe comme en français, il n’y a que deux genres, le masculin et le

féminin; il n’y a pas de neutre.

La terminaison _a_ et _àt_ prononcée en arabe vulgaire _é_ et _ét_, est

le signe constant du féminin singulier, tant substantif qu’adjectif: au

pluriel cet _a_ bref devient _ât_ long.

EXEMPLE.

_tin_ât, _des figues_.

Il faut en excepter les deux mots _χɑlifàt_, un kalife; _ảlɑmàt_, un

savant, qui sont masculins, malgré leur finale féminine.

D’autre part, les terminaisons ωn, în, ân, sont les signes des pluriels

masculins; mais elles se bornent presque exclusivement aux participes

actifs et passifs, et suivent, quant aux cas, la règle d’_on_, _en_,

_an_.

EXEMPLE.

Nom. sing. al ʓâlem _l’opprimant_.

Nom. plur. al ʓâlem-ωn _les opprimans_.

Gén. al ʓâlem-în _des opprimans_.

Dat. l’al ʓâlem-în _aux opprimans_.

Acc. al ʓâlem-ân _les opprimans_.

Voc. ïa ʓâlem-an _ô opprimans_.

Abl. men al ʓâlem-în _des opprimans_.

PASSIF SINGULIER.

al _ou_ el mɑʓlωm _l’opprimé_.

PLURIEL.

Nom. el mɑʓlωm-ωn _les opprimés_.

Gén. el mɑʓlωm-în _des opprimés_.

Dat. l’el mɑʓlωm-în _aux opprimés_.

Acc. el mɑʓlωm-ân _les opprimés_.

Voc. ïa mɑʓlωm-an _ô opprimés_.

Abl. men el mɑʓlωm-în _des_ ou _par les oppr._

Avec les finales _àt_ et _ât_ on fera

SINGULIER FÉMININ.

Nom. el ʓâlem-àtͦ _l’opprimante_.

Gén. el ʓâlem-àtͥ _de l’opprimante_.

Acc. el ʓâlem-àtͣ _l’opprimante, etc_.

PLURIEL.

Nom. el ʓâlem-âtͦ _les opprimantes_.

Gén. el ʓâlem-âtͥ _des opprimantes_.

Acc. el ʓâlem-âtͣ _les opprimantes_, etc.

PASSIF SINGULIER.

Nom. el mɑʓlωm-_àtͦ_ _l’opprimée_.

Gén. el mɑʓlωm-_àtͥ_ _de l’opprimée_.

Acc. el mɑʓlωm-_àtͣ_ _l’opprimée_, etc.

PLURIEL.

Nom. el mɑʓlωm-ât _les opprimées_.

Gén. el mɑʓlωm-ât _des opprimées_.

Acc. el mɑʓlωm-ât _les opprimées_, etc.

Voilà les seuls signes auxquels on reconnaisse les masculins et les

féminins; mais il s’en faut beaucoup que ces signes soient généraux:

au contraire, la presque totalité des noms substantifs en est privée,

et l’on n’en peut distinguer le genre par la forme qui, comme en

français, est indistinctement commune aux uns et aux autres: l’usage

seul peut les faire connaître, et c’est là une des difficultés de la

langue arabe; difficulté d’autant plus grande, que le substantif étant

équivoque, l’adjectif qu’il gouverne ne peut l’être, et doit se montrer

masculin ou féminin.

En général, les noms de femmes, de pays, de villes, d’élémens sont

féminins.

EXEMPLE.

mariam _Marie_. meʆr _l’Égypte_.

el ârđ _la terre_. ῳâm _la Syrie_.

el sɑmâ _le ciel_. qobros _Cypre_.

el mâ’ _l’eau_. ħɑlɑb _Alep_, ville.

el nâr _le feu_. boγdâd _Bagdad_.

el hɑωâ _l’air_. bɑʆrâ _Basra_.

el rîħ _le vent_. ʆωr _Tyr_.

el ῳɑms _le soleil_. tedmωr _Palmyre_.

el qɑmɑr[124] _la lune_. etc.

[124] Plus souvent masculin que féminin.

Sont aussi féminins les membres pairs:

el ïɑd _la main_.

el ảïn _l’œil_.

el aȥn _l’oreille_, etc.

Et quelques mots en ä; tels que ȥekrä, _souvenir_; oωlä, _première_;

ȶωlä, _plus longue_;

Et d’autres en â; kobriâ, _l’orgueil_; maῳiωχâ, _sénat_; ħɑmrâ

(chose), _rouge_.

Souvent il est permis de rendre féminin un nom masculin, surtout quand

il est susceptible d’être de l’un ou de l’autre sexe.

EXEMPLE.

đjɑdd aïeul, đjɑdd-_à_t _aïeule_.

ảmm oncle, ảmm-_à_t _tante_.

Cela se pratique généralement pour les adjectifs.

EXEMPLE.

kɑbîr _grand_, kɑbîr-_à_t _grande_.

ʆɑγîr _petit_, ʆaγîr-_à_t _petite_.

nɑđîf _net_, nɑđîf-_à_t _nette_.

ảȥîm _très-grand_, ảʓîm-_à_t _très-grande_, etc.

Si l’on prononce comme le vulgaire, kɑbîr-é, ʆɑγîr-é, nɑđif-é, on voit

que cette forme ressemble à celle du français, où l’_e_ final rend

féminins les adjectifs masculins, _grand-e_, _fort-e_, _petit-e_, etc.

Que si les adjectifs commencent par un _a_, cet _a_ passe à la fin du

mot pour le genre féminin.

EXEMPLE.

aʆfɑr _jaune_, masc. ʆɑfrâ, _fém_.

ahdɑb à longs cils, hɑdɑbâ.

aħmɑr rouge, ħɑmrâ.

abiɑđ blanc, b_ɑi_đâ.

Cette règle a spécialement lieu pour les comparatifs qui tous se

forment par l’_a_ initial, avec la seule différence que l’ä porte deux

points.

EXEMPLE.

aȶωɑl _plus long_, ȶωlä _plus longue_.

akbɑr _plus grand_, kobrâ _plus grande_.

Quelquefois la terminaison _at_ s’ajoute à un nom masculin, et alors il

exprime spécialement l’unité.

EXEMPLE.

tebn, _de la paille_, tebnɑt, _une seule paille_.

ȥɑhɑb, _de l’or_, ȥɑhɑb-ɑt, _un peu d’or_.

đɑrb, _coup_, đɑrb-ɑt, _une tape_, etc.

Une bizarrerie de la langue est que quelquefois un nom singulier en

_at_ prend au pluriel une terminaison en apparence masculine, sans

cesser d’être féminin.

EXEMPLE.

mɑdin_à_t, _une ville_; modon, _des villes_; amr_àt_, _une femme_;

nesωân, _des femmes_, etc.

Enfin une dernière bizarrerie est que quoique en général l’adjectif

suive le genre du substantif, cependant la plupart des objets inanimés,

ou même non raisonnables, gouvernent également dans le pluriel les

adjectifs au féminin singulier.

EXEMPLE.

el ảʆâfîr el ȶâïér_à_t, (mot à mot) _les oiseaux la volante_,

(pour) _les oiseaux volans_;

el ħɑđjar el ʆɑlîđ_à_t, _les pierres la dure_, (pour) _les pierres

dures_.

Sur quoi nous remarquerons en passant, que l’article _el_ se répète

toujours devant l’adjectif, sans quoi il emporterait l’équivoque de

gouverner le génitif.

§ III.

_Du Nombre._

Les Arabes distinguent comme les Grecs trois espèces de nombres, le

singulier, le pluriel et le duel, ou nombre deux.

Le duel n’est point usité dans l’arabe vulgaire; il a seulement lieu

dans l’arabe savant ou littéral, où il est employé tant dans les noms

que dans les verbes.

Sa forme dans les noms est simple; elle consiste à ajouter au nom

singulier la finale _ân_ pour le nominatif, et _ain_ pour les _génitif_

et _accusatif_, tant au masculin qu’au féminin.

EXEMPLE.

rɑđjol, _un homme_, rɑđjol-an, _deux hommes_.

Gén., acc., dat. rɑđjol-ain, _de deux hommes_.

mɑdinɑt, _une ville_, mɑdinɑt-an, _deux villes_.

Gén, acc., dat. mɑdinɑt-ain, _de deux villes_.

A l’égard des singulier et pluriel, masculin et féminin, nous avons

vu dans le paragraphe des genres comment ils se composent pour les

participes et les adjectifs; et comment les finales ωn, _în_, _ân_,

_ɑt_, a_t_ forment les pluriels masculins et les féminins singuliers et

pluriels. Ce sont-là en quelque sorte les seuls noms qui conservent de

la régularité: quant aux noms substantifs, la presque totalité, tant

masculins que féminins, ne suit aucune règle constante ni uniforme

pour passer du singulier au pluriel; au contraire ils se replient de

manières si diverses et si singulières, que c’est-là une des plus

grandes difficultés pour les novices dans la langue.

Les grammairiens ont pris la peine d’en former vingt-deux classes;

mais cette multiplicité, loin d’éclaircir le sujet, ne fait que

l’embrouiller, et il vaut mieux s’en tenir à la pratique, et apprendre

à mesure du besoin le pluriel de chaque mot.

Nous allons cependant donner quelques exemples qui serviront à prouver

cette vérité, et à donner une idée de cette difficulté.

EXEMPLE.

SINGULIER PLURIEL.

iɑħi_à_t _la barbe_, ioħiân.

kobrâ _plus petite_, kobar.

ảmωd _une colonne_, ỏmωd _et_ ảωâmid.

qɑđib _un bâton_, qođob.

aħmɑr _rouge_, ħomr.

qerb_à_t _une outre_, qerâb.

romɑħ _une lance_, remâħ.

rɑđjol _un homme_, ređjâl, _et_ arđjâl.

kảb _talon_, kảâb.

đjɑbɑl _montagne_, đjebâl.

rɑqɑb_à_t _le cou_, reqâb.

đers _grosse dent_, đorωs.

ῳâhed _témoin_, ῳohωd.

kâmel _parfait_, kɑmɑlɑt.

γâȥen _attaquant_, γoȥâ_à_t.

dobb _un ours_, debâb _et_ debâb_à_t.

zῶđj _mari_, zeωađj_à_t.

âχ _frère_, eχω_à_t.

ωɑđjh _face_, aωđjoh.

ïɑd _main_, aïden.

mɑȶɑr _pluie_, amȶâr.

rɑγîf _pain_, arγef_à_t _et_ roγfân.

ῳɑmâl _nord_, ῳamâïel.

âđjωz _vieille_, ađjâïez.

tâđj _couronne_, tiđjân.

sɑqf _voûte_, soqfân.

ῳɑrif _noble_, ῳorɑfâ.

bɑχil _avare_, boχɑlâ.

ħɑbib _aimé_, aħebbâ.

γɑni _riche_, aγniâ.

đjɑriħ _blessé_, đjɑrħa.

qɑȶîl _tué_, qɑȶla.

ʆɑħrâ _désert_, ʆɑħara.

ảȥrâ _la vierge_, ảȥâra.

nɑfs _l’ame_, nofos _et_ anfωs.

bɑħr _la mer_, bohor, ebħâr, abħor.

akbɑr _plus grand_, akâber.

mâ _l’eau_, miâh, amωâ.

fomm _la bouche_, afωâ_àt_.

emr_à_t _femme_ nesâ, nesωân, nesωat.

ensan _homme_, anâs, _et_ enes.

C’en est assez pour faire sentir que l’usage seul peut apprendre la

variété de ces formes; et cependant il arrive que quand on a saisi le

génie de la langue on devine souvent par analogie quel pluriel doit

résulter d’un singulier donné.

§ IV.

_Du Comparatif et du Superlatif._

Le comparatif se forme tout simplement, en appliquant _a_ devant

l’adjectif.

EXEMPLE.

ħɑsɑn _bon_, aħsɑn _meilleur_.

ʆɑγir _petit_, aʆγɑr _plus petit_.

ħɑbib _cher_, aħɑbb _plus cher_.

Et le _que_ qui suit s’exprime par _men_.

EXEMPLE.

_Plus généreux que_,

akrâm men.

_Plus grand que le sultan_,

aảʓɑm men el solȶan.

CHAPITRE III.

_Des Pronoms personnels et possessifs, des

Conjonctions et des Particules._

Les pronoms personnels, quand ils régissent et gouvernent la phrase,

s’expriment comme il suit:

Genre.

_Je_ ou _moi_ anâ commun.

_tu_ ou _toi_ { ent masculin.

{ ent_i_ féminin.

_Il_ ou _lui_ hω masc.

_Elle_ hi fém.

_Nous_ naħn comm.

_Vous_ { entom masc.

{ entonn fém.

_Eux_ hom masc.

_Elles_ honn fém.

Dans l’arabe littéral on dit: antɑ, ant_i_, hωɑ, hi, naɦn_o_,

antom, antonnɑ, hom, honnɑ.

On se sert aussi du duel dans l’arabe littéral pour les deux termes

suivans:

Vous deux, _commun_; antomâ.

Eux deux, _commun_; homâ.

Mais ils sont peu usités dans le vulgaire.

Que s’ils sont gouvernés et régis par un verbe, ils s’accolent à la fin

du verbe régissant dans la forme ci-après.

EXEMPLE.

nɑʆɑr-ni _il a aidé moi_.

nɑʆɑr-ak _il a aidé_ { _toi_ masc.

ek ---- { _toi_ fém.

nɑʆɑr-ho _il a aidé_ { _lui_

ha ---- { _elle_

nɑʆɑr-na { _nous_ comm.

nɑʆɑr-kom { _vous_ masc.

konn _il a aidé_ { _vous_ fém.

nɑʆɑr-hom { _eux_ masc.

honn { _elles_ fém.

AUTRE EXEMPLE.

rïɑmä-k _il a jeté toi_ masc.

ïɑrmi-k _il te jette_ masc.

ïɑrmi-ki fém.

γɑȥâ-k _il a attaqué toi_ masc.

γɑȥâ-ki _toi_ fém.

ïɑγȥω-k _il attaque toi_ masc.

ïɑγȥω-ki _toi_ fém.

Par où l’on voit que le _k_ désigne proprement le _tu_ et le _toi_, et

qu’il reçoit l’influence de la voyelle qui le précède.

Dans le littéral on ajoute sans cesse _ɑ_ final à nɑʆɑr, et à

quelques-uns de ces pronoms: l’on dit, nɑʆarɑ-kɑ, nɑʆarɑ-ki,

nɑʆarɑ-konnɑ, nɑʆɑrɑ-honna.

Dans plusieurs cas l’on sépare le pronom du verbe; mais alors on

interpose la particule eïâ.

EXEMPLE.

đɑrɑb-eïâ-ï _il a frappé_ { _moi_

đɑrɑb{eïâ-k ---- { _toi_ masc.

{eïâ-ki ---- { _toi_ fém.

{eïâ-ho, etc. ---- { _lui_

Les mots confirmatifs, _même_, _moi-même_, _toi-même_, etc.,

s’expriment par _mon ame_, _ton ame_, etc.

Je m’aime moi-même, aħebb nɑfs-i.

_j’aime mon ame_.

Vous vous aimez vous-mêmes; taħebbω anfos-kom.

_vous aimez vos ames_.

Aimez votre prochain comme vous-mêmes;

ħebbω qɑrib-kom, kɑ-anfos-kom.

_comme vos ames_.

Les pronoms possessifs _mon_, _mien_, _mes_, _ton_, _tien_, tant

masculin que féminin, et tant singulier que pluriel, s’expriment comme

il suit:

{ ï { _mien_

{ ɑk { _tien_ masc.

{ ek { _tien_ fém.

{ ho { _son_ masc.

ketâb { hɑ livre { _son_ fém.

{ na { _notre_ comm.

{ kom { _votre_ masc.

{ konn { _votre_ fém.

{ hom { _leur_ masc.

{ honn { _leur_ fém.

AU FÉMININ.

{ i _mon aïeule_

đjɑdd_àt_ { ak _ton aïeule_ masc.

{ ek ---- fém.

{ ho, etc. _son aïeule_

Dans l’arabe littéral on dit toujours _ka_, _ki_, _kom_, _konna_,

_hom_, _honna_, avec les finales grammaticales du mot qui précède.

ketâbͦ--kɑ.

Gén. ketâbͥ--kɑ.

Acc. ketâbͣ--kɑ.

Pour le duel dans le littéral on suit la même marche, et l’on accole

également le pronom à la suite du nom.

EXEMPLE.

{ ï { _mien_

{ kɑ { _tien_ masc.

{ ki { _tien_ fém.

ketâbâ { ho _deux livres_ { _sien_ masc.

{ hɑ { _sien_ fém.

{ na { _notre_

{ komâ { _votre_ commun.

{ homâ { _leur_ commun.

_Des Pronoms démonstratifs._

_Celui-ci_, ȥâ _ou_ hɑȥa; _au Kaire_, dé.

_Celle-ci_ { ȥeh, ȥi, ȥehi;

{ _ou_ tâ, teh, ti, tehi, _et_ hɑȥéhé.

_Ceux-ci_ }

_et Celles-ci_ } oωlâ, _et_ hɑωlâ.

Pour exprimer l’éloigné on ajoute à la fin de ces mêmes mots la seule

lettre _k_, et l’on dit:

_Celui-là_, ȥâk, hɑȥâk, _et_ ȥɑlek,

_Celle-là_, tàk, _et_ telk.

_Ceux-là_ }

_Celles-là_ } oωlâk, oωlaïek, oωlâlek, etc.

En littéral ces deux-ci:

ȥâni _et_ ȥɑini _masc._ ou hɑȥâni.

tâni _et_ tɑini _fém._ hɑtâni _et_ hɑtɑini.

En littéral ces deux-là { ȥâneka, ȥɑineka. _masc_.

{ tâneka, tɑineka. _fém_.

_Des Pronoms relatifs._

Qui, que, lequel, laquelle.

Ces pronoms s’expriment par les mots,

ellɑzi _ou_ ellɑdi, pour le masculin singulier

ellɑzin _ou_ ellɑdin, pour le masculin pluriel,

et par { ellɑti, au féminin singulier,

{ ellâti, au féminin pluriel,

avec cette singularité, que lorsqu’il faut leur joindre des particules

telles que, _avec_, _par_, _en_, _dans_, _pour_, etc., on prend cette

tournure, _qui_, ou _lequel avec lui_, au lieu de dire _avec qui_; de

manière que le pronom reste indéclinable.

SINGULIER.

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII · 第 14 / 28 段