Nom. _qui_, _lequel_, ellɑȥi.

Gén. _de qui_, _duquel_, _dont_, ellɑȥi men-ho.

Dat. _à qui_, _auquel_, ellɑȥi l’ho (_lequel à lui_).

Acc _que_, _lequel_, ellɑȥi.

Ab. _duquel_, _de qui_, ellɑȥi men-ho (_lequel de lui_).

_dans qui_, ellɑȥi fi-h.

PLURIEL.

_Lesquels_, _qui_, ellɑȥin.

_Auxquels_, _pour qui_, ellɑȥin l’hom (_lesquels à eux_).

_Avec lesquels_, ellɑȥin mả hom.

_Dans lesquels_, ellɑȥin fi hom.

SINGULIER FÉMININ.

Nom. _laquelle_, ellɑti.

Dat. _à qui_, _pour laquelle_, ellɑti l’hɑ.

Abl. _de laquelle_, ellɑti men hɑ.

PLURIEL.

_Lesquelles_, ellâti.

_Auxquelles_, ellâti, l’ha (_lesquelles à elles_).

_Dans lesquelles_, ellâti, fi ha.

Que si ces pronoms relatifs se rapportent à d’autres personnes qu’à la

troisième, citée en exemple, on répète le pronom de cette personne.

EXEMPLE.

_Vous que j’ai vu_, ent ellɑȥi rɑit-ɑk

_Nous en qui votre confiance_, nɑħn ellɑȥin amân-kom b’-nɑ.

Ainsi des autres personnes.

Quand ces pronoms _qui_ et _lequel_ sont interrogatifs, on les exprime

par aï au masculin, tant singulier que pluriel, et par aïɑt au

féminin singulier, et aïât au pluriel.

EXEMPLE.

_De quel droit_, b’aï ħɑqq?

_Par quels sentiers marches-tu_? b’aï_à_t dorωb ent sâlek?

_Que_ et _qui_ pris au sens neutre s’expriment par ma.

_Ce que j’ai dit_, ma qolt.

Et l’on ajoute élégamment le pronom ho à la fin: mâ qolt-ho.

_Ce qui arrive par fois_, mâ ïoʆđɑf.

S’ils sont interrogatifs, on se sert de la phrase _quelle chose_,

au lieu de _que_; et l’on dit: _ɑi_ῳ par abréviation de aï-ῳ_ɑi_;

qu’est-il arrivé? _ɑi_ῳ ʆɑđɑf?

En arabe savant l’on dit plus élégamment: a? ma ʆɑđaf?

_Des Particules conjonctives._

Les particules conjonctives, c’est-à-dire qui servent à lier le

sens des mots dans la phrase, sont de deux sortes; les unes sont

essentiellement attachées au mot; les autres peuvent s’en séparer. Nous

allons d’abord traiter des premières; elles consistent dans les huit

lettres suivantes:

A, b, t, s, f, k, l, ω: dont chacune a un sens complet.

A est le signe de l’interrogation; il ouvre la phrase comme pour

avertir de la question:

â sɑfɑr zɑid? _Zaid est-il parti?_

â ent? _est-ce toi?_ â fi-h? _est-ce dedans?_

_B_. _b_ qui se prononce _bé_, a plusieurs sens: 1º il signifie _dans_;

b’el bɑit, _dans la maison_, où l’on voit l’élision de son _e_ devant

une voyelle: nous n’écrirons jamais cet _e_, même devant les consonnes,

et il sera toujours remplacé par une virgule: b’nɑfs-i, _dans mon

ame_; b’-nâ, _en nous_.

2º Il signifie _par_ et _avec_: _par Dieu_, b’ellah. _Par le tombeau de

mon père_, b’torbet âb’i. _Ils sont venus avec l’enfant_, âtω _ou_ đjâω

b’el fɑtä (au lieu de dire _ils l’ont amené_.) _J’ai écrit par_ ou

_avec la plume_, kɑtabt b’el qɑlɑm.

Il prend aussi le sens de _pour_ et de _à cause_; b’doχωl-ɑk, _pour

ton entrée_.

3º Par une tournure singulière d’affirmation et presque de serment

on dit: _moi fidèle croyant_, ana b’mωmen. _Dieu puissant_, allah

b’qɑđir.

4º Enfin _b’_ prend le sens de _sur_ et de _outre_; mɑrr b’i, _il m’a

passé_, _il a passé sur moi_, _outre moi_.

_T_. _t_ prononcé _té_, est un jurement qui n’a lieu que dans la forme

suivante:

allah, b’ellah, t’illah, _par Dieu_; comme si l’on voulait décliner

tout l’alfabet en attestant le nom de Dieu.

s, prononcé _sa_, est le signe spécial du futur: il s’ajoute en

première lettre aux personnes du verbe; _il attaquera_, s’ïoγȥω; _je

partirai_, s’asâfer; _tu m’aideras_, sɑtɑnʆ_o_r-ni.

f, prononcé _fa_, signifie _or_, et commence ou soutient

très-élégamment une phrase ou une période; _or il mourut_, fɑ-mât;

_ils mangèrent tout_, fɑ akɑlω el koll.

k, prononcé _ka_, signifie _de même_, _ainsi que_, _comme_; _comme un

torrent_, kɑ sîl; _ainsi que la foudre_, kɑ _el_ ʆaảq_à_t.

l, prononcé _lé_, a plusieurs sens; 1º il signifie le datif _à_,

_pour_, _à cause_; _dis au juge_, qoll l’el qâđi; _je l’ai châtié pour_

ou _à cause de son mensonge_, addɑbt-ho l’keȥb-ho.

Avec les pronoms _tu_, _toi_, _vous_, etc., on le prononce en vulgaire

comme il suit:

_A toi_, masc. l’ɑk; _à vous_, l’kom.

_A toi_, fém. l’ek; ---- l’konn.

_A moi_, l’ï; _à nous_, l’na.

_A lui_, l’ho; _à eux_, l’hom.

_A elle_, l’ha; ---- l’honn.

En arabe littéral on dit l’kɑ, l’ki, l’kom, l’konnɑ, l’hom, l’honna.

2º Il est formule de serment; l’ellah, _par Dieu_, ou _pour Dieu_.

3º Il sert à appeler: ïâ l’moʆtɑfa, _ô Mustapha!_

4º Il assure fortement une chose; enn allah l’qɑđir, _Dieu est

puissant_; enn el ensân l’meskin ωa rɑȥîl, _l’homme est faible et

misérable_.

5º Enfin, joint au prétérit il le change en optatif; _pour qu’il

vienne!_ l’đjà (_qu’il fût venu_).

ω, prononcé ωɑ, prend une foule d’acceptions dans le discours arabe,

quoiqu’il ne signifie littéralement que _et_; on l’emploie signifiant

_par_, dans le serment suivant que les Arabes ont sans cesse à la

bouche: ωallah, _par Dieu_.

_Des Particules disjonctives._

Nous renfermons sous ce titre les adverbes, les prépositions, les

conjonctions, les interjections, toutes particules formées de mots

invariables.

_Adverbes de lieu._

_Où_, _en quel lieu_, par interrogation, ain? _et_ fi ain?--Dans le

cours de la phrase ħɑiθ, _et_ fi, avec le pronom convenable à l’objet;

_le puits où il tomba_, el bir ħɑiθ ωɑqả, (_où_) ellaȥi ωɑqả fi-h:

_d’où_, men ħɑiθ, men ain.

_Vers où_, _jusqu’où_, elä ain, elä ħɑiθ.

_Où que ce soit_, ħɑiθmâ, ain mâ, aïï.

_Ici_, honâ, héné, hâhonâ.

_D’ici_, men honâ, _ou_ men héné.

_Là_, honâk, honâlek; _de là_, men honâk.

_Vers ici_, _vers là_, elä h_o_nà, elä honâk.

_Adverbes de temps._

_Quand_, _lorsque_: mɑtâ, lɑmma.

_Déjà_, avec un sens affirmatif: qɑd: _il est déjà venu_: qɑd đja.

_Jamais_, qɑȶ, fɑqɑȶ, fɑqɑd, l’qɑd.

_Ensuite_, _pour lors_, θomm, et θomm_ɑt_.

_Alors_, ħîn, ïῶm, ħin_ɑi_ȥen, ïῶmiȥen.

_Puisque_, _sitôt que_, _dès que_, eȥ, eȥâ, eȥma, aïan.

_Après que_, bảd-en, bảd-men, bảd-ma, lɑmma.

_Après_, bảd, sωf, sω, sɑi, sɑf, men bảd.

_Après cela_, bảd hɑȥa.

_Avant_, qɑbl; _avant que_, qɑbl ma, qɑbl-en, men qɑbl; _avant

cela_, qɑbl hɑȥa.

_Jusqu’à ce que_, elä en, ħɑttä en, ħɑttä eȥa;

_Les adverbes pour appeler, sont:_

â _et_ aïâ, pour un objet voisin.

hɑïa, pour un objet éloigné.

ïa, _et_ aïoha, pour un objet masculin.

ïa aï_à_t-ha, pour un objet féminin.

_Voici_ (pour le masculin), eȥ, eȥa, ha, hωȥa, hɑhωȥa, hɑnɑza.

_Voici_ (pour le féminin), hɑnɑȥeh.

_Quoi_, _Eh?_ interrogant, â, hɑl.

_N’est-ce pas?_ a’ma, a-la, a’fɑ-la, a’lɑm, afɑlɑm, aω lɑm,

aω-la.

_Oui_, _certes_, nảm, en, bɑlä ađjɑl, đjîr, amîn.

_Non_, _la_, kolla (_tout non_), lɑm, ma, _et_ lɑis.

Mais _lɑis_ se conjugue en verbe; lɑis, _il n’est pas_, lɑist, _tu

n’es pas_, lɑistom, _vous n’êtes pas_.

_Nullement_, lɑn, lɑn-ma.

_Comment_, kɑif, anni; kɑif ma, _comment que_, _de quelque façon

que_.

_Pourquoi_, l’ma, l’ɑiῳ, l’ɑi-ῳɑi; _pour quelle chose seulement_,

l’ɑiῳɑi fɑqɑȶ.

_Absolument tout-à-fait_, b’el koll, kollian.

_Plût à Dieu_, _puissé-je!_ lɑit, ïa lɑit!

_Peut être_, lảl, robb, robb-ma.

_De même que_, _et comme si_, k’ann, kɑ-ma.

_Toutes fois que_, _tant que_, koll ma.

_Allons donc_, _or donc_, eȥɑn, fa eȥɑn.

Beaucoup d’adverbes se forment de l’adjectif, en lui ajoutant la finale

an.

_Bon_, ħɑsɑn; _bien_, ħɑsɑn-an.

_Mauvais_, ῳɑrr; _mal_, ῳɑrran.

_Avec_, mả, _ensemble_, mảan.

_Éloigné_, bĕïđ; _de loin_ bĕïđân.

_Premier_, aωɑl; _premièrement_, aωɑlan.

_Maintenant_, elan; _jusqu’à présent_, elä elan.

_Désormais_, _dorénavant_, men elan.

_Ou_ distinctif: l’un _ou_ l’autre, aω, am, amma.

_Mais_, bɑl, lɑken, enn’ma.

_Afin que_, b’ma, l’kɑï, l’kɑïma.

_Parce que_, l’ann, bema.

_De peur que_, l’illa, kɑila, l’kɑïla.

_Si_ conditionnel, pour le passé; lω, en, l’ain.

_Sinon_, ella, lωla; lωma.

_Quoique_, ωa en, ωa lω.

_Or_, fɑ enn, famma, enn, ennɑma, ann, amma _pour_ ann-ma.

CHAPITRE IV.

_Des Verbes._

C’est dans le _verbe_ en général que la langue arabe développe

davantage la simplicité et la richesse de son mécanisme, et sa

différence avec les langues d’Europe.

En arabe les verbes n’ont que trois temps, le _passé_, le _futur_ et

l’_impératif_; le présent est absolument le même que le futur.

A défaut d’infinitif, on appelle les verbes par la troisième personne

du passé au singulier masculin: ainsi, au lieu de dire le verbe

_aimer_, _parler_, _faire_, on dit le verbe, _il a aimé_, _il a parlé_,

_il a fait_.

Cette troisième personne masculine est ce que les grammairiens

appellent la _racine_ ou le _mot radical_, parce que c’est sur ce mot

que se composent toutes les modifications des temps, des personnes et

des conjugaisons, tant régulières qu’irrégulières.

En général, la _racine_ est composée de trois lettres, quelquefois de

quatre, presque jamais de plus ni de moins que ces deux nombres. On

appelle ces trois lettres, les _radicales_.

Les radicales sont ou toutes consonnes, ou partie consonnes et partie

voyelles, ou même toutes voyelles, mais très-rarement: et il est

remarquable que ces _radicales voyelles_ ne peuvent jamais être que les

quatre majeures ou alfabétiques â, ï, ω et ả, les voyelles mineures

étant toujours rapportées après coup, et servant par leur intercalation

à modifier les radicales et à distinguer les temps et les personnes.

Si les trois radicales sont consonnes, le verbe est dit _régulier_[125].

[125] En arabe, sâlem, _sain_.

EXEMPLE.

nͣ ʆͣ r, _il a aidé_; ħͣ kͣ m, _il a gouverné_.

Si une seule des trois radicales est voyelle, le verbe est dit

irrégulier[126].

[126] γair sâlem, _non sain_.

Si deux sont voyelles, le verbe est doublement irrégulier.

Si les trois sont voyelles, le verbe est complètement irrégulier.

Or la raison de cette irrégularité procède de ce que les voyelles

mineures ou intercalées, variant selon les temps et selon les formes

actives ou passives des verbes, les voyelles majeures qui en sont

affectées varient aussi, et les trois â, ï, ω, se changent de l’une

en l’autre, ou même disparaissent entièrement; ce qui nous les fera

souvent désigner par le nom de voyelles _éclipsées_ et _éclipsantes_.

L’ảin ne s’éclipse jamais; il devient seulement ĕ ou ỏ, selon qu’il

est frappé des voyelles mineures _e_, _o_.

Si l’une de ces trois voyelles â, ï, ω, se trouve au milieu de la

_racine_, c’est-à-dire entre deux consonnes, le verbe s’appelle verbe

_creux_, parce que non-seulement la voyelle change dans les formes

diverses du temps, mais parce qu’elle s’efface entièrement dans

quelques-unes, et laisse pour ainsi dire vide l’espace entre des deux

consonnes.

EXEMPLE.

qâl, _il a dit_; ïͣqωl, _il dit_.

Impératif, qͦl, _dis_.

Cet exemple indique la manière dont se conjuguent tous les verbes

arabes. On appelle d’abord le passé, puis le futur ou présent, enfin

l’impératif et le participe; et l’on commence par la troisième

personne, _lui_, pour finir par notre première _moi_: _il a dit_, _tu

as dit_, _j’ai dit_, c’est-à-dire, l’inverse de notre usage.

L’exemple d’une conjugaison va rendre tous les préceptes généraux plus

sensibles que nous ne le pourrions faire de toute autre manière.

_Conjugaison du Verbe régulier._

nͣʓͣr, _il a vu_.

1 nͣʓͣr _il a vu_.

1 nͣʓͣr-ͣt _elle a vu_.

2 nͣʓͣr-t _tu as vu_.

2 nͣʓͣr-t_i_ _tu as vu_. fém.

3 nͣʓͣr-t _j’ai vu_.

4 nͣʓͣr-ω _ils_ ou _elles ont vu_.

5 nͣʓͣr-tω _vous avez vu_.

6 nͣʓͣr-nâ _nous avons vu_.

REMARQUES.

1º On voit que la racine nͣʓͣr reste la même à toutes les personnes, et

qu’il suffit de lui accoler certaines finales pour faire la distinction

de ces personnes.

2º Ces finales appelées _serviles_, consistent, comme l’on voit, en

cinq lettres, t, i, â, ω, n, dont nous verrons les positions diverses

servir à distinguer les autres temps.

3º Dans l’arabe littéral il y a un troisième _a_ final à la troisième

radicale; et l’on dit nͣʓͣrͣ; ce qui établit pour principe cette phrase:

Le verbe régulier prononce sa racine en _a_; c’est-à-dire que chaque

lettre radicale emporte avec elle le son d’_a_; que si une radicale est

voyelle, elle est affectée de ce même son. Ainsi dans la racine rͣmï,

_il a jeté_, l’ï, troisième radicale étant frappé d’_a_ accessoire,

se prononce rͣmä, et ceci doit rendre clair ce que nous avons dit des

verbes irréguliers.

4º Enfin l’on voit qu’il y a équivoque dans l’arabe vulgaire sur le

mot nɑʓɑrt qui signifie également _j’ai vu_ et _tu as vu_; mais

dans le littéral, les finales _o_ et _a_ servent à distinguer ces deux

personnes; et l’on dit nͣʓͣrtͦ pour _j’ai vu_, nͣʓͣrtͣ pour _tu as vu_.

On dit aussi nͣʓͣrtͦm, _vous avez vu_, au lieu de nͣʓͣrtω; mais il n’en

résulte pas d’inconvénient pour le sens.

A l’égard du présent qui est aussi le futur, la racine, pour le former,

se retourne de manière, 1º que les lettres serviles _â_, _n_, _t_,

_ï_, qui étaient à la fin, passent au commencement du mot; 2º que la

première radicale devient _fermée_, c’est-à-dire privée de voyelle

intercalaire, et que les deux autres intercalaires se changent, savoir,

la troisième constamment en _o_, et la seconde tantôt en _e_, et plus

souvent en _o_. Un exemple va rendre tous ces préceptes sensibles.

PRÉSENT ET FUTUR ACTIF.

ïͣnʓͦr _il voit_ ou _il verra_.

t’ͣnʓͦr _elle voit_ ou _elle verra_.

t’ͣnʓͦr _tu vois_ ou _tu verras_. masc.

t’ͣnʓͦri _tu vois_ ou _tu verras_. fém.

anʓͦr _je vois_ ou _je verrai_.

ïͣnʓͦrωn _ils voient_ ou _ils verront_.

t’ͣnʓͦrn _elles voient_ ou _elles verront_.

t’ͣnʓͦrωn _vous voyez_ ou _vous verrez_. masc.

t’ͣnʓͦrn _vous voyez_ ou _vous verrez_. fém.

nͣnʓͦr _nous voyons_ ou _nous verrons_.

REMARQUES.

1º Cet exemple prouve ce que nous avons dit: 1º que les lettres

serviles sont passées devant la racine; 2º que la première lettre

radicale est devenue fermée, parce que son _a_ syllabique la précède;

3º que la seconde radicale change _a_ en _o_; à quoi il faut ajouter

que la troisième radicale qui manque de voyelle dans l’arabe vulgaire,

prend _o_ dans l’arabe littéral, où l’on dit ïɑnʓorͦ, tɑnʓorͦ,

anʓorͦ, nɑnʓorͦ, et après les _n_, vient _a_ final, ïanʓorωn-ɑ,

tɑnʓorωn-ɑ, et tɑnʓorn-ɑ.

2º L’équivoque qui existe entre la première personne féminine, _elle

voit_, et la seconde masculine, _tu vois_, tͣnʓͦr, pour les deux, est

un défaut qui ne se remédie qu’en appliquant le pronom de chacune,

hi tͣnʓͦr, _elle voit_.

ent tͣnʓͦr, _tu vois_. masc.

3º Dans le littéral le futur se distingue du présent par la particule

_sa_ placée devant le mot, et rien n’empêche d’en adopter dans le

vulgaire l’usage qui est simple.

s’ïɑnʓor _il verra_.

hi sɑt’ɑnʓor _elle verra_.

ent sɑt’ɑnʓor _tu verras_. masc.

sɑt’ɑnʓori _tu verras_. fém.

s’ɑnʓor _je verrai._

s’iɑnʓorωn _ils verront_.

s’tɑnʓorn _elles verront_.

sɑt’ɑnʓorωn _vous verrez_. masc.

sɑt’ɑnʓorn _vous verrez_. fém.

sɑn’ɑnʓor _nous verrons_.

L’impératif n’est caractérisé que dans la seconde personne singulière

et plurielle.

onʓͦr _vois_. masc.

onʓͦri _vois_. fém.

onʓͦrω _voyez_. comm.

Le reste des personnes se conjugue comme au présent en faisant précéder

la particule _l’_ qui signifie _que_ et _pour que_.

l’ïͣnʓͦr _qu’il voie_.

l’anʓͦr _que je voie_.

Le participe est formé des trois radicales prononcées la première en

â long, la seconde en _é_ bref, et la troisième avec les finales des

noms, ce qui en fait un adjectif déclinable, selon ce que nous avons

dit, article des genres.

EXEMPLE.

nâʓͤr _voyant_.

nâʓͤr-ωn _voyans_.

nâʓͤr-_à_t _voyante_.

nâʓͤr-ât _voyantes_.

Il faut encore compter dans le verbe régulier deux formes qui

produisent deux noms substantifs très-expressifs et très-commodes. Le

premier de ces noms exprime l’action active, le _faire_ de l’agent,

s’il est permis de le dire.

EXEMPLE.

el nͣʓrͦ, l’action de voir, le _regardement_.

Le _regard_ est un terme équivoque, puisqu’il s’applique également au

coup-d’œil qui est la chose, et à l’action de regarder. Notre langue

française manque habituellement de ce substantif actif, et elle est

forcée d’employer le substantif passif; ainsi l’on dit cet homme entend

bien la _composition_, et l’on devrait dire, cet homme entend bien le

_composement_, l’art de composer; car la _composition_ est la _chose

composée_, RES COMPOSITA, au passif, au lieu que le _composement_

est la faculté et l’action de composer, considérée dans l’agent qui

compose: ainsi la _fortification_ d’une ville est le matériel de ses

murailles; mais l’action, l’art de la fortifier est le _fortifiement_:

la _discussion_ d’une question est la chose _discutée_, _secouée_; mais

l’action, l’art de la discuter est le _discutement_; la _persuasion_,

et la _conviction_ qui en résulte, sont des états passifs de l’esprit

persuadé, convaincu; mais l’opération, l’art de celui qui a persuadé

est le _persuadement_, le _convainquement_.

Ce substantif actif, qui a lieu dans presque tous les verbes arabes,

et qui se forme, comme on l’a vu, des trois radicales, prend jusqu’à

trente-trois formes, que l’usage apprend bien mieux que les préceptes;

mais il prononce toujours sa première radicale en _a_ bref, sa seconde

fermée, et sa troisième avec les finales grammaticales _o_, _i_, _a_,

ce qui en fait un nom et non pas un infinitif, comme le prétendent les

grammairiens.

EXEMPLE.

Nom. el nɑʓr-ͦ _le regard_:

Gén. el nɑʓr-ͥ _du regard_.

Dat. l’el nɑʓr-ͥ _au regard_.

Acc. el nɑʓr-ͣ _le regard_.

L’on se rappelle que ces finales grammaticales _o_, _i_, _a_, ne sont

usitées que dans l’arabe savant.

Ce substantif est ordinairement employé d’une manière singulière en

sens confirmatif, avec la finale a’n propre aux adverbes.

EXEMPLE.

nɑʓɑrt-ho nɑʓra’n _je l’ai vu d’un regard_.

đɑrɑbt-ho đɑrba’n _je l’ai frappé d’un coup_.

Ce qui diffère de nɑʓɑrt-ho nâʓeran, _je l’ai vu regardant_;

đɑrɑbt-ho đare-ban, _je l’ai frappé, frappant_.

La première tournure, a’n, l’a fait regarder comme un participe, ce qui

n’est pas.

Un second substantif est celui qui se forme en plaçant un _ma_ devant

les lettres radicales dont la première se ferme, la seconde s’ouvre en

_a_[127], et la troisième prend les finales grammaticales; et ce genre

de substantifs exprime le _temps_ et le _lieu_ de _l’action_.

[127] Douze font exception et prononcent la deuxième radicale en

_e_ comme el maῳreq, _l’orient_; et el mɑγreb, _le couchant_,

etc.

EXEMPLE.

el mͣnʓͣr _le temps de voir_, _le lieu où l’on voit_.

el mͣktͣb _le temps d’écrire_, _le lieu où l’on écrit_.

Et ces noms ont des pluriels qui communément prennent la forme suivante:

el mͣnâʓͤr _les lieux et le temps de voir_.

el mͣkât_e_b _les bureaux, lieux et temps d’écrire_.

C’est-à-dire, première radicale en â long, seconde en _e_ bref, et

troisième en finales grammaticales, selon les cas.

Avec de légers changemens cette forme sert à exprimer des instrumens,

des outils analogues à une action; ainsi l’on dit:

meftâħ _une clé_, de fɑtɑħ _ouvrir_.

meksɑħɑt _un balai_, de kɑsɑħ _balayer_.

meħlɑb _un vase à traire_, de ħɑlɑb _traire du lait_.

Où l’on voit que l’_m_ se prononce en _e_, et la seconde radicale en

_ɑ_; mais cette règle est moins constante et moins générale, et il

faut s’en rapporter au dictionnaire[128].

[128] Nous avons omis les duels usités seulement dans l’arabe

littéral; les voici:

DUEL DU PRÉTÉRIT.

nͣʓͣra _eux deux ont vu_.

nͣʓͣrͦta _elles deux ont vu_.

nͣʓͣrͣtͦma _vous deux avez vu_.

L’on voit que l’a long final est la lettre caractéristique.

DUEL DU PRÉSENT.

ïͦnʓͦr-ân _eux deux voient_ ou _verront_.

tͦnʓͦ-ân _elles deux_ et _vous deux voyez_, ou _verrez_.

DUEL DE L’IMPÉRATIF.

onʓͦra _voyez vous deux_.

DUEL DU PARTICIPE.

nâʓͤran _ou_ nͣʓͤrͣin _voyant eux deux_.

nâʓͤrͣtan _ou_ nâʓͤrͣtͣin _elles deux voyant_.

Cette première conjugaison peut donner une idée de toutes les autres,

elle en est un modèle en ce que la troisième personne tant du prétérit

que du passé, étant une fois connue, tout le reste de la conjugaison

l’est aussi, parce que la difficulté consiste seulement à connaître la

qualité et l’inversion des petites consonnes.

Or ces autres conjugaisons consistent en trois classes qui sont:

1ͦ Les conjugaisons dérivées, c’est-à-dire formées de la première

régulière, par l’addition ou la combinaison de certaines lettres.

2º La conjugaison des verbes sourds, c’est-à-dire, dont la seconde

consonne est _fermée_ ou sans voyelle, et est redoublée.

EXEMPLE.

mͣdd _il a étendu_; rͣdd _il a rendu_.

3º Les verbes défectifs ou à voyelles radicales changeantes et

éclipsantes.

raħ _il est allé_; ïͣrωħ _il va_.

A quoi il faut ajouter les passifs de toutes ces conjugaisons. Nous

allons traiter d’abord des conjugaisons dérivées.

CHAPITRE V.

_Des Conjugaisons dérivées._

Les conjugaisons dérivées sont au nombre de douze, ce qui, avec la

première que nous venons de voir, forme treize conjugaisons pour la

première classe; le tableau ci-joint (nº 3) en donnera une idée plus

claire que tout ce que nous en pourrions dire en détail; il suffira d’y

ajouter quelques observations.

La première est que les douze formes que présente ici le verbe

nɑʓɑr, sont purement fictives, attendu qu’aucun verbe ne se combine

de toutes ces façons; un grand nombre n’est usité que dans une forme;

plusieurs le sont dans deux, trois, quatre et même jusqu’à six, mais

aucun jusqu’à douze, soit en actif, soit en passif. Ce modèle sert

seulement à indiquer comment se combinent les lettres radicales, les

lettres ajoutées et les voyelles mineures intercalées.

CONJUGAISONS

DÉRIVÉES DU VERBE RÉGULIER.

ACTIF.

+---------------------------------------------------------------------+

|PRÉTÉRIT[129]. |

| |PRÉSENT ET FUTUR. |

| | |IMPÉRATIF. |

| | | |PARTICIPE. |

| | | | |SUBSTANTIF. |

| | | | | |PRÉTÉRIT. |

+-----------+----------+--------+----------+------------+-------------+

| 1 nͣʆͣr |iͣnʆͦr |onʆͦr |nâʆͤr |nͣʆr |_il a aidé_, |

| | | | | |etc. |

| | | | | | |

| 2 nͣʆʆͣr |ïͦnͣʆʆͤr |nͣʆʆͤr |mͦnͣʆʆͤr |tͣnʆîrân |_il a fait |

| | | | | |aider_, et |

| | | | | |_il a rendu |

| | | | | |nazaréen_. |

| | | | | | |

| 3 nâʆͣr |ïͦnâʆͤr |nâʆͤr |mͦnͣʆͤr |mͦnͣʆͣr_à_t | |

| | | | | | |

| 4 anʆͣr |ïͦnʆͤr |anʆͤr |mͦnʆͤr |enʆârân | |

| | | | | | |

| 5 tͣnͣʆʆͣr|ïͣtͣnͣʆʆͣr|tͣnͣʆʆͣr|mͦtͣnͣʆʆͤr|tͣnͣʆʆͦrân | |

| | | | | | |

| 6 tͣnâʆͣr |ïͣtͣnâʆͣr |tͣnâʆͣr |mͦtͣnâʆͤr |tͣnâʆͦran |ils se sont |

| | | | | |entr’aidés. |

| | | | | | |

| 7 ennͣʆͣr |ïͣnnͣʆͤr |ennͣʆͤr |mͦnnͣʆͤr |ennͣʆâran | |

| | | | | | |

| 8 entͣʆͣr |ïͣntͣʆͤr |entͣʆͤr |mͦntͣʆͤr |entͣʆâran |il a été aidé|

| | | | | |et délivré. |

| | | | | | |

| 9 enʆͣrͣr |ïͣnʆͣrͣr |enʆͣrͤr |mͦnʆͣrͤr |enʆͤrârân | |

| | | | | | |

|10 estͣnʆͣr|ïͣstͣnʆͤr |eʆtͣnʆͤr|mͦstͣnʆͤr |estͤnʆâran |il a imploré |

| | | | | |l’aide. |

| | | | | | |

|11 enʆârͣr |ïͣnʆârͣr |enʆârͤr |mͦnʆârͤr |enʆirâran | |

| | | | | | |

|12 enʆωʆͣr |ïͣnsͣʆͤr |enʆͣʆͤr |mͦnʆͦʆͤr |enʆiʆâran | |

| | | | | | |

|13 enʆɑωͣr |ïͦnʆͣωͤr |enʆͣωͤr |mͦnʆͣωͤr |enʆωâran | |

+-----------+----------+--------+----------+------------+-------------+

| [129] Dans l’arabe littéral, toute la colonne des prétérits ajoute |

| un _ɑ_ à l’_r_, et l’on dit nͣʆͣrͣ; nͣʆʆͣrͣ, etc. Toute la colonne |

| du présent change cet _a_ en _o_: ïͣnʆͦrͦ, ïͣnͣʆʆͤrͦ, etc. |

| L’impératif n’ajoute rien, et les deux autres colonnes, le participe|

| et le substantif se déclinent comme les noms. |

+---------------------------------------------------------------------+

Nº 3. Page 272.

La première forme, dite primitive ou radicale, a une signification

simple, soit active, comme:

nɑʓɑr _il a vu_.

nɑʆɑr _il a aidé_.

đɑrɑb _il a frappé_.

soit neutre comme ħɑzͤn, _il a été triste_.

La seconde forme nɑʆʆɑr, qui redouble sa deuxième radicale, et la

quatrième anʆɑr, désignent l’action de faire faire, et s’appellent

par cette raison _factitives_.

EXEMPLE.

nͣʆʆͣr, anʆͣr _il a fait aider_.

ħͣȥȥͣn _il a fait triste_, _il a affligé_.

La troisième forme nâʆͣr, exprime une action sur la personne ou la

chose dont on reçoit une action semblable. On peut l’appeler _forme

réciproque_.

EXEMPLE.

đârͣb-ni _il me frappa le premier_ (mais je le lui rendis); _il me

provoqua_.

La sixième désigne une action réciproque et concurrente.

EXEMPLE.

tͣđârͣbω _ils s’entrebattirent_.

tͣnâʆͣrω _ils s’entr’aidèrent_.

Les cinquième, septième et huitième forment des passifs.

EXEMPLE.

tảͣllͣm _il a été instruit_.

enkͣsͣr _il a été brisé_.

eqtͣʆͣr _il a été abrégé_.

La dixième exprime par le mot _est_ le désir de faire.

EXEMPLE.

estͣȶảͣm _il a désiré de goûter_.

estͣγfer _il a demandé grace_.

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII · 第 15 / 28 段