EDGARD DEMANGE.

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Le 3 janvier 1895.

(Jeudi, midi.)

Cher Maître,

Je viens d’être prévenu que je subirai demain l’affront le plus sanglant

qui puisse être fait à un soldat.

Je m’y attendais, je m’y étais préparé, le coup a cependant été

terrible. Malgré tout, jusqu’au dernier moment, j’espérais qu’un hasard

providentiel amènerait la découverte du véritable coupable.

Je marcherai à ce supplice épouvantable, pire que la mort, la tête

haute, sans rougir.

Vous dire que mon cœur ne sera pas affreusement torturé quand on

m’arrachera les insignes de l’honneur que j’ai acquis à la sueur de mon

front, ce serait mentir.

J’aurais certes mille fois préféré la mort.

Mais vous m’avez indiqué mon devoir, cher Maître, et je ne puis m’y

soustraire, quelles que soient les tortures qui m’attendent. Vous m’avez

inculqué l’espoir, vous m’avez pénétré de ce sentiment qu’un innocent ne

peut rester éternellement condamné, vous m’avez donné la foi.

Merci encore, cher Maître, de tout ce que vous avez fait pour un

innocent.

Demain, je serai transféré à la Santé.

Mon bonheur serait grand si vous pouviez m’y apporter la consolation de

votre parole chaude et éloquente et ranimer mon cœur brisé.

Je compte toujours sur vous, sur toute ma famille pour déchiffrer cet

épouvantable mystère.

Partout où j’irai, votre souvenir me suivra, ce sera l’étoile d’où

j’attendrai mon bonheur, c’est-à-dire ma réhabilitation pleine et

entière.

Agréez, cher Maître, l’expression de ma respectueuse sympathie.

Lettres d'un innocent · 第 200 / 205 题