Mille baisers à tes chers parents, à tous les nôtres.
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Le 25 janvier 1898.
Ma chère et bonne Lucie,
Je ne t’écrirai pas longuement, je souffre trop pour toi, pour nos
enfants. Je sens trop bien à travers la distance quel est ton
épouvantable supplice, ton atroce martyre; rien que d’y penser mon cœur
bat lourdement, comme s’il était gonflé outre mesure de larmes
refoulées. Aucune parole humaine ne saurait en amoindrir l’horreur.
Je t’ai dit dans mes dernières lettres ce que j’avais fait, ce que j’ai
encore renouvelé ces jours-ci. La lumière que nous attendons depuis si
longtemps ne se fait pas et se fera dans un avenir que personne ne peut
prévoir. La situation est effroyable, aussi bien pour toi et pour nos
enfants que pour tous; pour moi, il est inutile que je te dise ce
qu’elle est.
J’ai demandé la réhabilitation, la revision du procès à M. le Président
de la République, à M. le Ministre de la guerre, à M. le général de
Boisdeffre; j’ai remis le sort de tant de victimes innocentes, le sort
de nos enfants entre leurs mains; j’ai confié l’avenir de nos enfants à
M. le général de Boisdeffre. J’attends avec une fiévreuse impatience
avec ce qui me reste de forces leur réponse.
Je veux souhaiter que j’aurai encore une minute de bonheur sur cette
terre, mais ce dont je n’ai pas le droit de douter, c’est que justice ne
soit faite, c’est que justice ne te soit rendue, à toi, à nos enfants.
Je te dirai donc: courage et confiance!
Je t’embrasse comme je t’aime, avec tout ce que mon cœur contient
d’affection profonde pour toi, pour nos adorés enfants, pour tes chers
parents, pour tous les nôtres.
Mille baisers encore de ton dévoué,