Mille baisers à tes chers parents, à tous les nôtres.
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Le 9 janvier 1898.
Après une longue et terrible attente, je viens de recevoir tout à la
fois les courriers du mois d’octobre et du mois de novembre.
Je n’ai pas besoin de te dire quelle émotion indescriptible s’empare de
moi à la lecture des lignes de ceux que j’aime tant, de ceux pour qui je
donnerais mon sang goutte à goutte, de ceux enfin pour qui je vis.
Si je pensais, chérie, à moi seul, il y a longtemps que je serais dans
la tombe; c’est ta pensée, celle de tes enfants qui me soutiennent, qui
me relèvent quand je plie sous le poids de telles souffrances. Je t’ai
dit dans mes dernières lettres tout ce que j’avais fait, tous les appels
que j’ai encore adressés pour toi, pour nos enfants.
Si la lumière que nous attendons depuis plus de trois ans ne se fait
pas, elle se fera dans un avenir que nous ne connaissons pas.
Comme je te l’ai dit dans une lettre, nos enfants grandissent, leur
situation, la nôtre est effroyable, celle que je supporte est absolument
impossible. C’est pourquoi j’ai remis notre sort, celui de nos enfants
entre les mains de M. le Ministre de la guerre, pour demander enfin un
terme à notre épouvantable martyre, c’est pourquoi j’ai redemandé notre
honneur à M. le Ministre de la guerre.
J’attends la réponse très impatiemment, je souhaite donc que cet
effroyable supplice ait enfin un terme.
Je t’embrasse comme je t’aime, de toute la puissance de mon affection,
avec toute ma tendresse, ainsi que nos chers et adorés enfants.
Ton dévoué,