ALFRED.

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Le 6 janvier 1898.

Chère Lucie,

Je n’ai encore reçu ni ton courrier du mois d’octobre, ni ton courrier

du mois de novembre; les dernières nouvelles que j’ai de toi sont donc

de septembre.

Je te parlerai donc moins que jamais de moi, moins que jamais de nos

souffrances qu’aucune parole humaine ne saurait amoindrir. Je t’ai écrit

il y a quelques jours; j’étais dans un tel état que je ne me souviens

plus un mot de ce que je t’ai dit.

Mais si je suis épuisé totalement de corps et d’esprit, l’âme est

toujours restée aussi ardente et je veux venir te dire les paroles qui

doivent soutenir ton inébranlable courage. J’ai remis notre sort, le

sort de nos enfants, le sort d’innocents qui depuis plus de trois ans se

débattent dans l’invraisemblable, entre les mains de M. le Président de

la République, entre les mains de M. le Ministre de la Guerre, pour

demander un terme enfin à notre épouvantable martyre; j’ai remis la

défense de nos droits entre les mains de M. le Ministre de la Guerre à

qui il appartient de faire réparer enfin cette trop longue et

épouvantable erreur.

J’attends impatiemment, je veux souhaiter que j’aurai encore une minute

de bonheur sur cette terre, mais ce dont je n’ai pas le droit de douter

un seul instant, c’est que justice ne soit faite, c’est que justice ne

te soit rendue, à toi, à nos enfants, que tu n’aies ton jour de bonheur

suprême.

Je te répéterai donc de toutes les forces de mon âme: courage et

courage!

Je t’embrasse comme je t’aime, de toutes mes forces, de toute la

puissance de mon affection, ainsi que nos chers et adorés enfants.

Ton dévoué,

Lettres d'un innocent · 第 175 / 205 题