* * * * *
Le 24 novembre 1897.
Chère Lucie,
Je t’ai écrit de bien longues lettres tous ces mois-ci, où mon cœur
oppressé s’est épanché de toutes nos trop longues douleurs communes. Il
est impossible aussi de se dégager toujours de son moi, de s’élever
toujours au-dessus des souffrances de chaque minute; il est impossible à
tout mon être de ne pas frémir et hurler même de douleur à la pensée de
tout ce que tu souffres, à la pensée de nos chers enfants, et si je me
relève encore et toujours quand je tombe, c’est pour jeter le cri
d’appel vibrant pour toi, pour eux.
Si donc le corps, le cerveau, le cœur, tout est épuisé, l’âme est restée
intangible, toujours aussi ardente, la volonté inébranlable, forte du
droit de tout être humain à la justice et à la vérité, pour lui, pour
les siens.
Et le devoir de tous, c’est de concourir de tous leurs efforts, de tous
leurs moyens à cette simple mesure de justice et de réparation, c’est de
mettre enfin un terme à cet épouvantable et trop long martyre de tant
d’êtres humains.
Je souhaite donc, ma bonne chérie, que notre effroyable supplice ait
bientôt un terme.
J’ai reçu dans le courant du mois les lettres de tes chers parents, de
tous les nôtres. Je leur ai répondu. Mes meilleurs baisers à tous.
Et pour toi, pour nos chers enfants, toute la tendresse de mon cœur,
toute mon affection, toute ma pensée qui ne vous quitte pas un seul
instant.
Mille baisers encore,