Baisers à tes chers parents, à tous les nôtres.
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Le 20 février 1897.
Ma chère Lucie,
Je t’ai encore écrit de nombreuses lettres dans ces derniers mois et je
me répète toujours. C’est que, si les souffrances s’accroissent, si les
nausées deviennent presque insurmontables, les sentiments qui règnent
dans mon âme, qui doivent régner dans la tienne, dans les vôtres à tous,
sont invariables.
Je ne t’écrirai donc pas longuement. Ah! ce n’est pas que ma pensée ne
soit pas avec toi, avec nos enfants, nuit et jour, puisque cela seul me
fait vivre; il n’y a pas d’instant où je ne te parle mentalement, mais
devant l’horreur tragique d’une situation aussi épouvantable, supportée
depuis si longtemps, devant nos atroces souffrances à tous, les mots
n’ont plus aucun sens, il n’y a plus rien à dire. Il n’y a qu’un devoir
à remplir, pour vous tous, invariable, immuable.
Je t’ai d’ailleurs donné tous les conseils que mon cœur a pu me
suggérer.
Je ne puis que souhaiter d’entendre bientôt une parole humaine, qui
vienne mettre un léger baume sur une si profonde blessure, raffermir le
cœur, le cerveau si épuisés.
Mais quoiqu’il en soit, je tiens à te répéter toujours, de toutes les
forces de mon âme, courage et courage! Nos enfants, ton devoir, sont
pour toi des soutiens qu’aucune douleur humaine ne saurait ébranler.
Je veux donc simplement, en attendant tes chères lettres, t’envoyer
l’écho de ma profonde affection, t’embrasser de tout mon cœur, comme je
t’aime, ainsi que nos chers et adorés enfants.
Ton dévoué,