ALFRED.

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Le 26 février 1896.

Ma chère Lucie,

J’ai reçu le 12 de ce mois tes chères lettres de décembre, ainsi que

toutes celles de la famille. Inutile de te dépeindre la bonne émotion

qu’elles me causent; j’ai pu pleurer, et c’est tout dire. Comme tu le

ressens toi-même, malgré soi le cerveau ne cesse de travailler, la tête

et le cœur de souffrir, et ces tortures ne cesseront que lorsque la

lumière sera faite, lorsque cet horrible drame sera éclairci.

Je t’ai trop parlé de moi et de mes souffrances, pardonne-moi cette

faiblesse.

Quelles que soient mes souffrances, ah! si terrible que soit notre

martyre, il y a un but qu’il faut atteindre, que vous atteindrez, j’en

suis sûr: la lumière pleine et entière, telle qu’il la faut pour tous,

pour notre nom, pour nos chers enfants. Je souhaite ardemment, pour toi

comme pour moi, d’apprendre bientôt que ce but est enfin atteint.

Je n’ai pas non plus de conseils à te donner; je ne puis qu’approuver

entièrement ce que vous faites pour arriver à l’éclatante démonstration

de mon innocence. C’est là le but et il ne faut voir que lui.

J’ai reçu les quelques mots de Mathieu, dis-lui que je suis toujours de

cœur et d’âme avec lui.

Le 22 février, c’était l’anniversaire de la naissance de notre chère

petite Jeanne... combien j’ai pensé à elle! Je ne veux pas insister, car

mon cœur éclaterait et j’ai besoin de toutes mes forces.

Écris-moi longuement, parle-moi beaucoup de toi et de nos chers enfants.

Je te lis et relis chaque jour; il me semble entendre ainsi ta voix

aimée, et cela m’aide à vivre.

Je ne t’écris pas davantage, car je ne pourrais que te parler de

l’horrible longueur des heures, de la tristesse des choses... et gémir

est bien inutile.

Embrasse bien tes chers parents, tous les nôtres pour moi. Toujours

merci pour leurs bonnes et affectueuses lettres.

Mille caresses à nos chers enfants, et pour toi les meilleurs, les plus

tendres baisers de ton dévoué,

Lettres d'un innocent · 第 131 / 205 题