Baisers à tous.
* * * * *
Le 26 janvier 1896.
Tu me demandes, ma chère et bonne Lucie, de t’écrire longuement. Que
puis-je te dire encore que tu ne sentes en ton cœur mieux que je ne
saurai te le dire? Mon cœur est toujours avec toi, déchiré de te sentir
souffrir d’une manière aussi imméritée et de ne rien pouvoir faire pour
toi que d’endurer des souffrances égales; mon âme, nuit et jour, est
auprès de toi, pour te soutenir et t’animer de son ardente volonté.
D’ailleurs, je ne puis que me le répéter toujours: le but est tout;
l’honneur de notre nom, de nos enfants; et il faut l’atteindre, envers
et contre tous. Mais la situation est si atroce, aussi bien pour toi que
pour moi, que les activités qui doivent être de tous les genres, comme
de toutes les heures, loin de faiblir, doivent au contraire grandir
encore et s’ingénier à faire la lumière le plus vivement possible.
Ma santé est bonne. Je continue à lutter contre tout, pour être présent,
entre mes enfants et toi, le jour où l’honneur nous sera rendu. Je
souhaite ardemment, pour toi comme pour moi, que ce jour ne tarde plus
trop.
Je pense recevoir dans quelques jours de tes nouvelles, et, comme
toujours, je les attends avec une impatience fébrile. Je t’écrirai plus
longuement quand je les aurai reçues.
Embrasse beaucoup, beaucoup les deux enfants pour moi; leurs chères
petites lettres, comme les tiennes, comme celles de tous les nôtres,
sont ma lecture journalière; je n’ai pas besoin de te dire la bonne
émotion qu’elles me causent. Reçois pour toi les plus tendres, les
meilleurs baisers de ton dévoué,