ALFRED.

* * * * *

Le 7 septembre.

(Soir.)

Avant de remettre cette lettre, pour qu’elle parte encore par le bateau

anglais, je veux y ajouter quelques mots; tout mon cœur, mes pensées

sont avec toi et avec nos chers enfants.

Je viens de relire tes chères lettres et je n’ai pas besoin de te dire

que je les relirai encore souvent jusqu’au prochain courrier. Les

journées sont longues, seul, en tête-à-tête avec soi-même, sans jamais

prononcer une parole.

Que mon âme t’inspire, ma chère Lucie, car je sens bien que pour tes

chers parents, pour tous enfin, comme pour nous, il faut que ce drame

finisse. Dusses-tu frapper à toutes les portes, il faut avoir l’énigme

de cette machination infernale qui nous a enlevé ce qui fait vivre et ce

qu’il nous faut: notre honneur.

Quant à nos chers enfants, embrasse-les de tout cœur pour moi. Les

quelques mots que Pierre ajoute à chaque lettre me font plaisir. C’est

pour toi et pour eux que j’ai eu la force de tout supporter et je veux

voir le jour où l’honneur nous sera rendu. Et cela, je le veux

fortement, puissamment, avec toute l’énergie d’un homme qui place

l’honneur au-dessus de tout. Puisse ce vœu se réaliser bientôt! Tu dois

tout faire pour qu’il s’accomplisse.

Je t’embrasse encore avec toute mon âme.

Ton dévoué,

Lettres d'un innocent · 第 118 / 205 题