Baisers à tous les nôtres.
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Le 2 juillet, 11 heures soir.
Ma chère Lucie,
J’étais sans nouvelles de toi depuis le 7 mars. J’ai reçu ce soir tes
lettres de mars et du commencement d’avril, qui étaient probablement
retournées en France, puis de nouveau celles que tu as remises
directement au ministère.
Je t’ai déjà écrit ce matin quelques mots, mais je veux vite répondre à
tes lettres par le même courrier.
Pardon encore, si je t’ai causé de la peine par mes premières lettres.
J’aurais dû te cacher mes atroces souffrances. Mais mon excuse est
qu’il n’y a pas de douleur humaine comparable à celle que nous
subissons.
J’espère que tu as reçu, depuis, mes nombreuses et longues lettres,
elles ont dû te rassurer sur mon état physique et moral. Ma conviction
n’a jamais varié; elle est dans ma conscience, dans la logique qui me
dit que tout se découvre. La patience m’a manqué.
Ne parlons donc plus de nos souffrances. Remplissons simplement notre
devoir, qui est de faire rendre à nos enfants l’honneur de leur père
innocent d’un crime aussi abominable.
J’ai reçu également les lettres, datant de la même époque, de tes chers
parents et de divers membres de nos familles. Embrasse-les de ma part et
remercie-les. Dis à Mathieu que mon énergie morale est à la hauteur de
la sienne.
Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que nos chers enfants.
Ton dévoué,