ALFRED.

Baisers à tous les nôtres.

* * * * *

Le 2 juillet, 11 heures soir.

Ma chère Lucie,

J’étais sans nouvelles de toi depuis le 7 mars. J’ai reçu ce soir tes

lettres de mars et du commencement d’avril, qui étaient probablement

retournées en France, puis de nouveau celles que tu as remises

directement au ministère.

Je t’ai déjà écrit ce matin quelques mots, mais je veux vite répondre à

tes lettres par le même courrier.

Pardon encore, si je t’ai causé de la peine par mes premières lettres.

J’aurais dû te cacher mes atroces souffrances. Mais mon excuse est

qu’il n’y a pas de douleur humaine comparable à celle que nous

subissons.

J’espère que tu as reçu, depuis, mes nombreuses et longues lettres,

elles ont dû te rassurer sur mon état physique et moral. Ma conviction

n’a jamais varié; elle est dans ma conscience, dans la logique qui me

dit que tout se découvre. La patience m’a manqué.

Ne parlons donc plus de nos souffrances. Remplissons simplement notre

devoir, qui est de faire rendre à nos enfants l’honneur de leur père

innocent d’un crime aussi abominable.

J’ai reçu également les lettres, datant de la même époque, de tes chers

parents et de divers membres de nos familles. Embrasse-les de ma part et

remercie-les. Dis à Mathieu que mon énergie morale est à la hauteur de

la sienne.

Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que nos chers enfants.

Ton dévoué,

Lettres d'un innocent · 第 111 / 205 题