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Le 15 juillet 1895.
Ma chère Lucie,
Je t’ai écrit de si longues et de si nombreuses lettres pendant les
quelques mois durant lesquels je suis resté sans nouvelles, que je t’ai
dit et redit bien des fois toutes mes pensées, toutes mes douleurs.
Permets-moi de ne plus revenir sur ces dernières. Quant à mes pensées,
elles sont bien nettes aujourd’hui et ne varient plus, tu les connais.
Mon énergie s’emploie à étouffer les battements de mon cœur, à contenir
mon impatience d’apprendre enfin que mon innocence est reconnue partout
et par tous. Si donc elle est toute passive, ton énergie au contraire
doit être toute active et animée du souffle ardent qui alimente la
mienne.
S’il ne s’agissait que de souffrir, ce ne serait rien. Mais il s’agit de
l’honneur d’un nom, de la vie de nos enfants. Et je ne veux pas, tu
m’entends bien, que nos enfants aient jamais à baisser la tête. Il faut
que la lumière soit faite pleine et entière sur cette tragique histoire.
Rien, par suite, ne doit ni te rebuter ni te lasser; toutes les portes
s’ouvrent, tous les cœurs battent devant une mère qui ne demande que la
vérité, pour que ses enfants puissent vivre.
C’est presque de la tombe--ma situation y est comparable, avec la
douleur en plus d’avoir un cœur--que je te dis ces paroles.
Remercie tes chers parents, nos frères et sœurs, ainsi que Lucie et
Henri, de leurs bonnes et affectueuses lettres. Dis-leur tout le plaisir
que j’ai à les lire et que, si je ne leur réponds pas directement, c’est
que je ne saurais que me répéter toujours.
Embrasse bien tes chers parents pour moi, dis-leur toute mon affection.
De longs et bons baisers aux enfants.
Quant à toi, ma chère et bonne Lucie, tes lettres sont ma lecture
journalière. Continue à m’écrire longuement; je vis ainsi mieux avec toi
et avec mes chers enfants que par la pensée seule, qui, elle, ne vous
quitte pas un seul instant.
Je t’embrasse de toutes les forces de mon cœur.
Ton dévoué,