ALFRED.

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Le 14 février 1895.

Ma chère Lucie,

Les quelques moments que j’ai passés avec toi m’ont été bien doux,

quoiqu’il m’ait été impossible de te dire tout ce que j’avais sur le

cœur.

Mon temps se passait à te regarder, à m’imprégner de ton visage, à me

demander par quelle fatalité inouïe du sort j’étais séparé de toi. Plus

tard, quand on racontera mon histoire, elle paraîtra invraisemblable.

Mais ce qu’il faut bien nous dire, c’est qu’il faut la réhabilitation,

il faut que mon nom brille de nouveau de tout l’éclat qu’il n’aurait

jamais dû perdre.

J’aimerais mieux voir nos enfants morts que de penser que le nom qu’ils

portent est déshonoré.

C’est pour nous tous une question vitale, on ne vit pas sans honneur. Je

ne saurais assez te le répéter.

J’aurai bientôt un nouveau pas à franchir dans mon étape douloureuse.

Je ne crains pas les fatigues physiques, mais pourvu, mon Dieu, qu’on

m’épargne les tortures morales! Je suis las de sentir mon nom méprisé,

moi si fier, si orgueilleux précisément de mon nom sans tache, moi qui

ai le droit de regarder tout le monde en face! Je ne vis que dans cet

espoir, c’est de voir bientôt mon nom lavé de cette horrible souillure.

Tu m’as de nouveau rendu le courage. Ta noble abnégation, ton héroïque

dévouement me rendent de nouvelles forces pour supporter mon horrible

martyre.

Je ne te dirai pas que je t’aime encore plus; tu sais quel est mon amour

profond pour toi. C’est lui qui me permet de supporter mes tortures

morales, c’est l’affection de vous tous pour moi.

Embrasse bien tout le monde pour moi, les membres de nos deux familles,

tes chers parents, nos enfants, et reçois pour toi les meilleurs et les

plus tendres baisers de ton dévoué mari

Lettres d'un innocent · 第 90 / 205 题