Déjà, le temps a passé comme dans un rêve... J’avais cependant tant de
choses à te dire... et puis quand je me vois en ta présence, je te
regarde, je ne me souviens plus de rien... Tout ce qui m’arrive me
paraît un rêve, il me semble que nous n’allons plus nous séparer, que je
me réveille enfin d’un horrible cauchemar... Mais hélas, la réalité est
là, c’est la séparation.
Ah, le misérable qui a commis ce crime et nous dérobe notre honneur, ce
n’est pas un châtiment ordinaire qu’il mérite... J’espère que le jour où
on le découvrira enfin, l’opinion publique clouera son nom au pilori de
l’histoire... que le supplice qu’on lui infligera sera au dessus de tout
ce que l’on peut imaginer...
Je te demande pardon de mon énervement, de mon impatience. Mais
comprends, ma chérie, ce que sont pour moi ces longues heures, ces
longues journées!
Mais je suis cependant plus calme après chaque entrevue, je puise de
nouvelles forces, une nouvelle dose de patience dans tes regards, dans
ton amour.
Ah, cette vérité, il nous la faut, brillante, claire et lumineuse; je ne
vis que pour cela, je ne vis que dans cet espoir.
Et cette vérité, comme tu me l’as si bien dit, il nous la faut entière,
absolue... il faut qu’il ne subsiste de doute dans l’esprit de personne,
il faut que mon innocence éclate complète, il faut que l’on reconnaisse
que mon honneur est aussi haut placé que celui de qui que ce soit au
monde.
Et pour cela évidemment, il faut que je prenne patience... je le
reconnais avec toi... Mais le cœur a des raisons que la raison ne
connaît pas! Si je pouvais endormir mon cerveau jusqu’au jour où l’on
aura trouvé le coupable, je supporterais vaillamment et sans sourciller
les tortures physiques... et puis songe à cette atmosphère qui va
m’envelopper durant la route que j’ai encore à parcourir!
Enfin, faisons taire mon cœur. Je puise chaque fois de nouvelles forces,
une nouvelle dose de patience dans ton regard.
Ne pense donc plus à mes souffrances. Tu ne peux les soulager qu’en
agissant comme tu le fais, c’est-à-dire en cherchant le coupable sans
trève ni repos.
J’ai lu les quelques lignes de Pierrot dans la lettre de Marie. Merci
beaucoup à tous deux, surtout à la main qui a dirigé celle de Pierrot.
Fais de nos chers enfants des êtres vigoureux et sains.
Je t’embrasse comme je t’aime,