3 heures.

Déjà, le temps a passé comme dans un rêve... J’avais cependant tant de

choses à te dire... et puis quand je me vois en ta présence, je te

regarde, je ne me souviens plus de rien... Tout ce qui m’arrive me

paraît un rêve, il me semble que nous n’allons plus nous séparer, que je

me réveille enfin d’un horrible cauchemar... Mais hélas, la réalité est

là, c’est la séparation.

Ah, le misérable qui a commis ce crime et nous dérobe notre honneur, ce

n’est pas un châtiment ordinaire qu’il mérite... J’espère que le jour où

on le découvrira enfin, l’opinion publique clouera son nom au pilori de

l’histoire... que le supplice qu’on lui infligera sera au dessus de tout

ce que l’on peut imaginer...

Je te demande pardon de mon énervement, de mon impatience. Mais

comprends, ma chérie, ce que sont pour moi ces longues heures, ces

longues journées!

Mais je suis cependant plus calme après chaque entrevue, je puise de

nouvelles forces, une nouvelle dose de patience dans tes regards, dans

ton amour.

Ah, cette vérité, il nous la faut, brillante, claire et lumineuse; je ne

vis que pour cela, je ne vis que dans cet espoir.

Et cette vérité, comme tu me l’as si bien dit, il nous la faut entière,

absolue... il faut qu’il ne subsiste de doute dans l’esprit de personne,

il faut que mon innocence éclate complète, il faut que l’on reconnaisse

que mon honneur est aussi haut placé que celui de qui que ce soit au

monde.

Et pour cela évidemment, il faut que je prenne patience... je le

reconnais avec toi... Mais le cœur a des raisons que la raison ne

connaît pas! Si je pouvais endormir mon cerveau jusqu’au jour où l’on

aura trouvé le coupable, je supporterais vaillamment et sans sourciller

les tortures physiques... et puis songe à cette atmosphère qui va

m’envelopper durant la route que j’ai encore à parcourir!

Enfin, faisons taire mon cœur. Je puise chaque fois de nouvelles forces,

une nouvelle dose de patience dans ton regard.

Ne pense donc plus à mes souffrances. Tu ne peux les soulager qu’en

agissant comme tu le fais, c’est-à-dire en cherchant le coupable sans

trève ni repos.

J’ai lu les quelques lignes de Pierrot dans la lettre de Marie. Merci

beaucoup à tous deux, surtout à la main qui a dirigé celle de Pierrot.

Fais de nos chers enfants des êtres vigoureux et sains.

Je t’embrasse comme je t’aime,

Lettres d'un innocent · 第 66 / 205 题