ALFRED.

* * * * *

Le 14 janvier 1895.

(Lundi, 9 heures du matin)

Enfin voici de nouveau le jour heureux où j’ai le plaisir de te voir, de

t’embrasser, de recevoir des nouvelles verbales de vous tous. J’ai tant

de choses à te dire... mais en te voyant, ne vais-je pas de nouveau,

dans l’émotion qui me saisira, tout oublier?

Cette nuit, je ne me suis encore endormi qu’à 2 heures du matin. J’ai

pensé à toi, à vous tous, à cette énigme épouvantable que je voudrais

déchiffrer... J’ai roulé dans ma cervelle mille moyens plus violents,

plus extravagants les uns que les autres à vous indiquer pour déchirer

le voile derrière lequel s’abrite un monstre.

Que veux-tu, ma chérie, nuit et jour je ne pense qu’à cela; mon esprit

est constamment tendu vers ce but et je ne puis vous aider en rien.

C’est le sentiment de mon impuissance qui me fait le plus souffrir.

J’essaie bien de lire, mais mes yeux seuls suivent les lignes, ma pensée

est ailleurs.

A tout à l’heure, ma chérie, la joie de te voir.

Dans l’attente de ce moment, je tourne en rond dans ma cellule comme le

lion dans sa cage.

* * * * *

Lettres d'un innocent · 第 64 / 205 题