ALFRED.

* * * * *

Jeudi, onze heures du soir.

J’espérais presque recevoir encore un mot de toi ce soir. Si tu savais

avec quel bonheur je reçois tes lettres, avec quelle ivresse je les lis

et les relis toute la journée!

Bonsoir, bonne nuit, ma chérie.

Nous vivrons encore l’un pour l’autre.

* * * * *

Le 28 décembre 1894.

(Vendredi, 10 heures matin.)

Ma chère Lucie,

J’ai reçu ta bonne lettre datée d’hier à midi. Tu as raison, il faut que

je vive, il faut que je vive pour toi, pour nos chers enfants dont il

faut que je réhabilite le nom. Quelles que soient les épouvantables

tortures morales que je vais éprouver, il faut que je résiste. Je n’ai

pas le droit de déserter mon poste.

Si j’étais seul en cause, je n’hésiterais pas; mais ton nom, le nom de

ma famille, tout est atteint. Il faut donc s’armer de courage pour la

lutte: à force d’énergie, de volonté, nous triompherons. On finira bien

par parler. Appuyé sur ton inébranlable courage, nous réussirons.

Écris-moi souvent. Relayez-vous tour à tour. Chacune de vos lettres me

soulage; il me semble que je t’entends parler, que j’entends parler tes

chers parents.

Je t’embrasse ainsi que toute ta chère famille.

Mille bons baisers aux enfants.

Lettres d'un innocent · 第 35 / 205 题