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Jeudi, onze heures du soir.
J’espérais presque recevoir encore un mot de toi ce soir. Si tu savais
avec quel bonheur je reçois tes lettres, avec quelle ivresse je les lis
et les relis toute la journée!
Bonsoir, bonne nuit, ma chérie.
Nous vivrons encore l’un pour l’autre.
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Le 28 décembre 1894.
(Vendredi, 10 heures matin.)
Ma chère Lucie,
J’ai reçu ta bonne lettre datée d’hier à midi. Tu as raison, il faut que
je vive, il faut que je vive pour toi, pour nos chers enfants dont il
faut que je réhabilite le nom. Quelles que soient les épouvantables
tortures morales que je vais éprouver, il faut que je résiste. Je n’ai
pas le droit de déserter mon poste.
Si j’étais seul en cause, je n’hésiterais pas; mais ton nom, le nom de
ma famille, tout est atteint. Il faut donc s’armer de courage pour la
lutte: à force d’énergie, de volonté, nous triompherons. On finira bien
par parler. Appuyé sur ton inébranlable courage, nous réussirons.
Écris-moi souvent. Relayez-vous tour à tour. Chacune de vos lettres me
soulage; il me semble que je t’entends parler, que j’entends parler tes
chers parents.
Je t’embrasse ainsi que toute ta chère famille.
Mille bons baisers aux enfants.