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27 Décembre 1894.
(Jeudi, six heures du soir.)
Ma chère Lucie,
Ton héroïsme me gagne; fort de ton amour, fort de ma conscience et de
l’appui inébranlable que je trouve dans nos deux familles, je sens mon
courage renaître.
Je lutterai donc jusqu’à mon dernier souffle, je lutterai jusqu’à ma
dernière goutte de sang.
Il n’est pas possible que la lumière ne se fasse pas quelque jour;
sentant ton cœur battre près du mien, je supporterai tous les martyres,
toutes les humiliations, sans courber la tête. Ta pensée, ma chérie, me
donnera les forces nécessaires.
Décidément, ma chère adorée, les femmes sont supérieures à nous; parmi
elles, tu es une des plus belles et des plus nobles figures que je
connaisse.
Je t’aimais profondément, tu le sais; aujourd’hui, je fais plus, je
t’admire et te vénère. Tu es une sainte, tu es une noble femme. Je suis
fier de toi et essaierai d’être digne de toi.
Oui, ce serait une lâcheté que de déserter la vie; ce serait mon nom,
celui de mes chers enfants souillé et avili à jamais. Je le sens
aujourd’hui; mais, que veux-tu, le coup était trop cruel et mon courage
avait sombré; c’est toi qui l’as relevé.
Ton âme fait tressaillir la mienne.
Donc, nous appuyant l’un sur l’autre, fiers de nous, avec notre volonté,
nous arriverons à réhabiliter notre nom; nous réhabiliterons notre
honneur, qui n’a jamais failli.
Je t’embrasse comme je t’aime,