* * * * *
26 Décembre 1894.
(Mercredi, quatre heures.)
Ma chérie,
Tu me demandes ce que je fais toute la journée. Je pense à toi, je pense
à vous tous. Si cette pensée consolante ne me soutenait pas, si je ne
sentais pas, à travers les murs épais de ma prison, le souffle puissant
de votre sympathie, je crois que je me laisserais aller et que le
désespoir entrerait dans mon âme. C’est ton amour, c’est votre affection
à tous, qui me donnent le courage de vivre.
Mᵉ Demange vient de venir; il est resté quelques instants avec moi. Sa
foi en moi est complète et absolue; c’est ce qui me donne également du
courage.
Ce ne sont pas les souffrances physiques qui m’effraient; je suis de
taille à les supporter. Mais cette torture morale continuelle, ce mépris
qui va me poursuivre partout, moi si fier, si sûr de mon honneur, c’est
cela que je trouve terrible et épouvantable.
Enfin, ma chérie, je ne veux pas te torturer plus l’âme. Ton chagrin est
déjà assez grand.
Je t’embrasse bien fort,