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26 Décembre 1894.
(Mercredi, deux heures.)
Ma chérie,
Je viens de recevoir tes deux lettres et celle de Marie.
Tu es sublime, mon adorée, et j’admire ton courage et ton héroïsme. Je
t’aimais déjà; aujourd’hui, je me mets à deux genoux devant toi, car tu
es une femme sublime. Mais ne te laisse pas abattre, je t’en supplie;
pense à nos enfants, qui ont besoin de toi.
Peut-être arriverai-je à résister pour être à hauteur de toi. Ce ne sont
pas les souffrances physiques que je crains; celles-ci n’ont jamais pu
m’abattre, elles glissent sur ma peau. Mais c’est cette torture morale
de savoir mon nom traîné dans la boue, le nom d’un innocent, le nom d’un
homme d’honneur. Crie-le bien haut, ma chérie; criez tous que je suis un
innocent, victime d’une fatalité épouvantable.
Arriverons-nous à découvrir le véritable coupable? Espérons-le, car ce
serait à désespérer de tout.
J’espère te voir bientôt, et c’est ce qui me console. Toute la journée,
toute la nuit, mes pensées vont vers toi, vers vous tous. Je pense au
bonheur dont nous jouissions et je me demande encore par quelle fatalité
inexplicable il s’est brisé ainsi.
C’est le drame le plus effroyable qu’il m’ait été donné de lire, et
celui-ci est vécu, malheureusement.
Enfin, soigne-toi bien, ma chérie, il te faut toute ta santé, toute ta
vigueur physique, si tu veux mener à bien la tâche que tu as entreprise
si noblement.
Je t’embrasse, ainsi que mes pauvres chéris, auxquels je n’ose pas
penser.
Mille baisers,