25 Décembre 1894.

Ma chérie,

Je ne puis pas dater cette lettre, car je ne sais même pas quel jour

nous sommes. Est-ce mardi? Est-ce mercredi? Je ne sais. Toujours est-il

qu’il fait nuit. Comme le sommeil fuit mes paupières, je me lève pour

t’écrire.

Parfois il me semble que tout cela n’est pas arrivé, que je ne t’ai

jamais quittée.

Dans mes hallucinations, tout ce qui vient de nous arriver me paraît un

mauvais cauchemar; mais le réveil est terrible.

Je ne puis plus croire à rien, sinon en ton amour, en l’affection de

tous les nôtres.

Il faut toujours chercher le véritable coupable; tous les moyens sont

bons. Le hasard seul ne suffit pas.

Peut-être arriverai-je à surmonter l’horrible terreur que m’inspire la

peine infamante que je vais subir. Être un homme d’honneur et se voir

arracher, quand on est innocent, son honneur, quoi de plus épouvantable?

C’est le pire de tous les supplices, pire que la mort. Ah! si j’arrive

jusqu’au bout, ce sera bien pour toi, ma chère adorée, car tu es le seul

fil qui me rattache à la vie.

Comme nous nous aimions!

C’est aujourd’hui surtout que je sens toute la place que tu as dans mon

cœur. Mais, avant tout, soigne-toi, occupe-toi de ta santé. Il le faut,

à tout prix, pour mes enfants, qui ont besoin de toi.

Donc, poursuivez vos recherches à Paris comme là-bas. Tout est à tenter,

il ne faut rien négliger. Le nom du coupable, il y a forcément des

personnes qui le connaissent.

Je t’embrasse,

Lettres d'un innocent · 第 30 / 205 题