Tâche d’obtenir la permission de me voir. Il me semble qu’on ne peut te
la refuser maintenant.
* * * * *
Lundi soir, 24 décembre 1894.
Ma chérie,
C’est encore à toi que j’écris, car tu es le seul fil qui me rattache à
la vie. Je sais bien que toute ma famille, que toute la tienne m’aiment
et m’estiment; mais enfin, si je venais à disparaître, leur chagrin si
grand finirait par disparaître avec les années.
C’est pour toi seule, ma pauvre chérie, que j’arrive à lutter; c’est ta
pensée qui arrête mon bras. Combien je sens, en ce moment, mon amour
pour toi; jamais il n’a été si grand, si exclusif. Et puis, un faible
espoir me soutient encore un peu: c’est de pouvoir un jour réhabiliter
mon nom. Mais surtout, crois-le bien, si j’arrive à lutter jusqu’au
bout contre ce calvaire, ce sera uniquement pour toi, ma pauvre chérie,
ce sera pour t’éviter encore un nouveau chagrin ajouté à tous ceux que
tu as supportés jusqu’ici. Fais tout ce qui est humainement possible
pour arriver à me voir.
Je t’embrasse mille fois comme je t’aime,