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24 décembre 1894.
(Nuit de lundi à mardi)
Ma chère adorée,
J’ai reçu tout à l’heure ta lettre; j’espère que tu as reçu les miennes.
Pauvre chérie, comme tu dois souffrir, comme je te plains! J’ai versé
bien des larmes sur ta lettre, je ne puis accepter ton sacrifice. Il
faut que tu restes, il faut que tu vives pour les enfants. Songe à eux
d’abord avant de penser à moi; ce sont de pauvres petits qui ont
absolument besoin de toi.
Ma pensée me ramène toujours vers toi.
Mᵉ Demange, qui est venu tout à l’heure, m’a dit combien tu étais
admirable; il m’a fait de toi un éloge auquel mon cœur faisait écho.
Oui, ma chérie, tu es sublime de courage et de dévouement; tu vaux mieux
que moi. Je t’aimais déjà de tout mon cœur et de toute mon âme;
aujourd’hui, je fais plus, je t’admire. Tu es certes une des plus nobles
femmes qui soient sur terre. Mon admiration pour toi est telle, que, si
j’arrive à boire le calice jusqu’au bout, ce sera pour être digne de ton
héroïsme.
Mais ce sera bien terrible de subir cette honteuse humiliation;
j’aimerais mieux me trouver devant un peloton d’exécution. Je ne crains
pas la mort; je ne veux pas du mépris.
Quoi qu’il en soit, je te prie de recommander à tous de lever la tête
comme je le fais moi-même, de regarder le monde en face sans faiblir. Ne
courbez jamais le front et proclamez bien haut mon innocence.
Maintenant, ma chérie, je vais de nouveau laisser tomber ma tête sur
l’oreiller et penser à toi.
Je t’embrasse et te serre sur mon cœur.