Quand je cherchais à revenir de la surprise que me causait l'existence
de régions souterraines habitées par une race à la fois différente et
distincte de la nôtre, rien ne m'embarrassait plus que le démenti
infligé par ce fait à la plupart des géologues et des physiciens.
Ceux-ci affirment généralement que, bien que le soleil soit pour nous
la principale source de chaleur, cependant plus on pénètre sous la
surface de la terre, plus la chaleur augmente; le taux de cette
progression étant fixé, je crois, à un degré de plus par pied, en
commençant à cinquante pieds de profondeur. Bien que les domaines de
la tribu dont je parle fussent situés à des hauteurs assez rapprochées
de la surface de la terre pour jouir d'une température convenable à la
vie organique, cependant les ravins et les vallées de cet empire
étaient beaucoup moins chauds que les savants ne le supposeraient, eu
égard à leur profondeur; ils n'étaient certainement pas d'une
température plus élevée que le midi de la France ou que l'Italie. Et
suivant tous les renseignements que je pus recueillir, de vastes
districts, s'enfonçant à des profondeurs où j'aurais cru que les
salamandres seules pouvaient vivre, étaient habités par des races
innombrables organisées comme nous le sommes. Je ne puis prétendre à
donner la raison d'un fait si en contradiction avec les lois reconnues
de la science et Zee ne pouvait m'aider beaucoup à trouver la solution
de cette difficulté. Elle supposait seulement que nos savants
n'avaient pas assez tenu compte de l'extrême porosité de l'intérieur
de la terre, de l'immensité des cavités qu'elle renferme et qui créent
des courants d'air et des vents fréquents, des différentes façons dont
la chaleur s'évapore, ou est rejetée à l'extérieur. Elle convenait
cependant qu'il existait des profondeurs où la chaleur était regardée
comme intolérable pour les êtres organisés comme ceux que
connaissaient les Vril-ya; mais leurs savants croyaient que, même là,
la vie existait sous une forme quelconque; que si l'on y pouvait
pénétrer, on y trouverait des êtres doués de sensibilité et
d'intelligence.
--Là où le Tout-Puissant bâtit,--disait-elle,--soyez sûr qu'il place
des habitants. Il n'aime pas les maisons vides.
Elle ajoutait cependant que beaucoup de changements dans la
température et le climat avaient été produits par la science des
Vril-ya, et que les forces du vril avaient été employées avec succès
dans ce sens. Elle me décrivit un milieu subtil et vital qu'elle
appelait Lai, que je soupçonne devoir être identique avec l'oxygène
éthéré du docteur Lewins, et dans lequel agissent les forces réunies
sous le nom de vril; elle affirmait que, partout où ce milieu pouvait
s'étendre de façon à donner aux différentes propriétés du vril toute
leur énergie, on pourrait s'assurer d'une température favorable aux
formes les plus élevées de la vie. Zee me dit aussi que, d'après les
naturalistes de son pays, les fleurs et les végétaux, produits par les
semences que la terre avait jetées à cette profondeur dans les
premières convulsions de la nature, ou importés par les premiers
hommes qui avaient cherché un refuge dans les cavernes, devaient leur
existence à la lumière qui les éclairait constamment et aux progrès de
la culture. Elle me dit encore que depuis que la lumière du vril avait
remplacé tous les autres modes d'éclairage, le coloris des fleurs et
du feuillage était devenu plus brillant, et que la végétation avait
pris plus de vigueur.
Mais je laisse ce sujet aux réflexions des gens compétents et je vais
consacrer quelques pages à l'intéressante question de la langue des
Vril-ya.