XII.

La langue des Vril-ya est particulièrement intéressante, parce qu'elle

me paraît montrer avec une grande clarté les traces des trois

transitions principales par lesquelles passe une langue avant

d'arriver à sa perfection.

Un des plus illustres philologues modernes, Max Müller, cherchant à

établir une analogie entre les couches du langage et les

stratifications géologiques, énonce ce principe absolu:--

«Aucun langage ne peut, dans aucun cas, être inflexionnel sans avoir

passé par le stratum agglutinatif et le stratum isolant. Aucune langue

ne peut être agglutinative sans être attachée par ses racines au

stratum inférieur d'isolement[2].»

[Note 2: Max Müller. _Stratification des langues_, p. 20.]

Prenant la langue chinoise comme le meilleur type existant du stratum

isolant originel, «comme la photographie fidèle de l'homme à la

lisière essayant les muscles de son esprit, cherchant sa route à

tâtons, et si ravi de son premier succès qu'il le répète sans

cesse[3],» nous trouvons dans la langue des Vril-ya, «encore attachée

par ses racines au stratum inférieur d'isolement,» la preuve de

l'isolement originel. Elle abonde en monosyllabes, car les

monosyllabes sont le fond des langues. La transition à la forme

agglutinative marque une période qui a dû s'étendre graduellement à

travers les siècles, et dont la littérature écrite a survécu seulement

dans quelques fragments de mythologie symbolique et dans certaines

phrases énergiques qui sont devenues des dictons populaires. Avec la

littérature des Vril-ya commence le stratum inflexionnel. Sans doute,

à cette époque, différentes causes doivent avoir concouru à ce

résultat, comme la fusion des races par la domination d'un peuple et

l'apparition de quelques grands génies littéraires qui ont arrêté et

fixé la forme du langage. À mesure que l'âge inflexionnel prévaut sur

l'âge agglutinatif, il est surprenant de voir avec quelle hardiesse

croissante les racines originelles de la langue sortent de la surface

qui les cache. Dans les fragments et les proverbes de l'âge précédent

les monosyllabes qui forment ces racines disparaissent dans des mots

d'une longueur énorme, comprenant des phrases entières dont aucune

portion ne peut être séparée du reste pour être employée séparément.

Mais quand la forme inflexionnelle de la langue prit assez le dessus

pour être étudiée et avoir une grammaire, les savants et les

grammairiens semblent s'être unis pour extirper tous les monstres

polysynthétiques ou polysyllabiques, comme des envahisseurs qui

dévoraient les formes aborigènes. Les mots de plus de trois syllabes

furent proscrits comme barbares, et, à mesure que la langue se

simplifiait ainsi, elle acquérait plus de force, de dignité et de

douceur. Quoiqu'elle soit très concise, cette concision même lui donne

plus de clarté. Une seule lettre, suivant sa position, exprimait ce

que nous autres, dans notre monde supérieur, nous exprimons

quelquefois par des syllabes, d'autres fois par des phrases entières.

En voici un ou deux exemples: An (que je traduirai homme), Ana (les

hommes); la lettre S signifie chez eux multitude, suivant l'endroit où

elle est placée; Sana signifie l'humanité; Ansa, une multitude

d'hommes. Certaines lettres de leur alphabet placées devant les mots

dénotent une signification composée. Par exemple, Gl (qui pour eux

n'est qu'une seule lettre, comme le _th_ des Grecs, placée au

commencement d'un mot, marque un assemblage ou une union de choses,

soit semblables, soit différentes, comme Oon, une maison; Gloon, une

ville (c'est-à-dire un assemblage de maisons). Ata, douleur; Glata,

calamité publique. Aur-an, la santé ou le bien-être d'un homme;

Glaur-an, le bien de l'État, la prospérité de la communauté; un mot

qu'ils ont sans cesse à la bouche est A-glauran, qui indique le

principe de leur politique, c'est-à-dire que le bien-être de chacun

est le premier principe d'une communauté. Aub, invention; Sila, un ton

en musique. Glaubsila, réunissant l'idée de l'invention et des

intonations musicales, est le mot classique pour poésie; on l'abrège

ordinairement, dans la conversation, en Glaubs. Na, qui, pour eux,

n'est, comme Gl, qu'une lettre simple, quand il est placé au

commencement d'un mot, signifie quelque chose de contraire à la vie, à

la joie, ou au bien-être, ressemblant en cela à la racine aryenne Nak,

qui exprime la mort ou la destruction. Nax, obscurité; Narl, la mort;

Naria, le péché ou le mal. Nas, le comble du péché et de la mort, la

corruption. Quand ils écrivent, ils regardent comme irrespectueux de

désigner l'Être Suprême par un nom spécial. Il est représenté par un

symbole hiéroglyphique qui a la forme d'une pyramide: A.

Dans la prière, ils s'adressent à Lui sous un nom qu'ils regardent

comme trop sacré pour le confier à un étranger et que je ne connais

pas. Dans la conversation, ils se servent généralement d'une

périphrase, telle que la Bonté-Suprême. La lettre V, symbole de la

pyramide renversée, au commencement d'un mot, signifie presque

toujours l'excellence ou la puissance; comme Vril, dont j'ai déjà tant

parlé; Veed, un esprit immortel; Veed-ya, l'immortalité; Koom,

prononcé comme le Cwm des Gallois, signifie quelque chose de creux, de

vide. Le mot Koom lui-même signifie un trou profond, une caverne.

Koom-in, un trou; Zi-koom une vallée; Koom-zi, le vide, le néant;

Bodh-koom, l'ignorance (littéralement, vide des connaissances).

Koom-Posh est le nom qu'ils donnent au gouvernement de tous, ou à la

domination des plus ignorants, des plus vides. Posh est un mot presque

intraduisible, signifiant, comme le lecteur le verra plus tard, le

mépris. La traduction la plus rapprochée que j'en puisse donner est le

mot vulgaire: gâchis; on peut donc traduire librement Koom-Posh par

atroce gâchis. Mais quand la Démocratie ou Koom-Posh dégénère et qu'à

l'ignorance succèdent les passions et les fureurs populaires qui

précèdent la fin de la démocratie, comme (pour prendre des exemples

dans le monde supérieur) pendant le règne de la Terreur en France, ou

pendant les cinquante années de République Romaine qui précédèrent

l'avènement d'Auguste, ils ont un autre mot pour désigner cet état de

choses: ce mot est Glek-Nas. Ek veut dire discorde; Glek, discorde

universelle. Nas, comme je l'ai déjà dit, signifie corruption,

pourriture; ainsi Glek-Nas peut être traduit: la discorde universelle

dans la corruption. Leurs termes composés sont très expressifs; ainsi

Bodh, signifiant connaissances, et Too étant un participe qui implique

l'idée d'approcher avec prudence, Too-bodh est le mot qu'ils emploient

pour Philosophie; Pah est une exclamation de mépris analogue à notre

expression: Absurde! ou quelle bêtise! Pah-bodh (littéralement,

connaissance absurde) s'emploie pour désigner une philosophie fausse

ou futile et s'applique à une espèce de raisonnement métaphysique ou

spéculatif autrefois en vogue, qui consistait à faire des questions

auxquelles on ne pouvait pas répondre et qui, du reste, étaient

oiseuses, ne valaient pas la peine d'être faites; telles que, par

exemple: Pourquoi un An a-t-il cinq orteils au lieu de quatre ou de

six? Le premier An créé par la Bonté Suprême avait-il le même nombre

d'orteils que ses descendants? Dans la forme sous laquelle un An

pourra être reconnu de ses amis dans l'autre monde conservera-t-il des

orteils, et s'il en est ainsi seront-ils matériels ou immatériels? Je

choisis ces exemples de Pah-bodh non par ironie ou par plaisanterie,

mais parce que les questions que je cite ont fourni le sujet d'une

controverse aux derniers amateurs de cette «science».... il y a quatre

mille ans.

[Note 3: Max Müller. _Stratification des langues_, p. 13.]

On m'apprit que, dans la déclinaison des noms, il y avait autrefois

huit cas (un de plus que dans la grammaire sanscrite); mais l'effet du

temps a réduit ces cas et a multiplié, à la place des terminaisons

différentes, les prépositions explicatives. Dans la grammaire soumise

à mes études, il y avait pour les noms quatre cas, trois marqués par

leur terminaison et le quatrième par un préfixe.

La race future · 第 27 / 47 题