MOYEN DE PRÉVENIR DE SEMBLABLES ACCIDENTS.

Il y a quelques jours, un fumeur, passant dans le quartier populeux de

Clerkenwell, à Londres, jeta par mégarde, dans la grille de l'égout, au

carrefour des rues de Rosamond, d'Enmouth et de Middelton, le petit

morceau de papier avec lequel il avait allumé sa pipe.

Aussitôt une explosion terrible s'ensuivit. Le gaz, qui s'était accumule

dans l'égout, s'enflamma; quarante maisons furent ébranlées; d'énormes

grilles de fer ont été arrachées et jetées à plus de cinquante mètres de

distance; le pavé des rues, les dalles des trottoirs, ont été déracinés,

brisées, bouleversés. On eût dit une éruption volcanique.

Les journaux qui rendent compte de cet accident ajoutent qu'on ne

prévoyait pas jusqu'à présent ce nouveau danger que le gaz hydrogène

fait courir aux habitants des villes qu'il éclaire. On était loin de

s'imaginer, disent-ils, que les égouts pouvaient devenir le réceptacle

et le loyer de si formidables explosions.--En sorte qu'à Paris comme à

Londres, la population insouciante qui foule les dalles des trottoirs où

saute un ruisseau, _marche sur un volcan_.

Cette plaisanterie n'est malheureusement que trop vraie au fond.

L'événement du Clerkenwell n'est pas un fait isolé, comme on le répète;

il est déjà souvent arrivé que les fuites de gaz provenait! des

conduites voisines ont pénétré à travers les pieds-droits des égouts, et

même à travers les fondations des caves; et si la bonne ville de Paris

n'était pas si oublieuse, elle pourrait se souvenir d'explosions

semblables dont elle a été elle-même le théâtre. Nous devons le répéter,

non pour effrayer sans motifs, mais pour appeler de nouveau l'attention

sur les moyens faciles d'éviter un danger qui, pour être éloigné, n'en

existe pas moins.

La plupart des Parisiens, heureux mortels qui jouissent de tout sans

s'inquiéter de rien, se promènent à la clarté des becs du gaz et

regardent couler les bornes-fontaines, sans savoir comment le gaz arrive

dans les candélabres où il brûle, et l'eau dans les fontaines où elle

coule. L'un et l'autre y parviennent, la plupart du temps, de fort loin,

à travers de longs tuyaux qui s'enfoncent, circulent et se croisent de

mille manières sous le sol des rues, et dont le tissu ingénieux ne

représente pas mal les veines et les artères circulant sous l'épiderme.

Le nombre en est même peu croyable, et il est tel point du faubourg

Saint-Honoré où, sous le pavé de la chaussée, d'un trottoir à l'autre,

on compte jusqu'à sept conduites cheminant côte à côte et ce croisant

par intervalles; mais ces conduites, sans cesse; ébranlées par le

tassement des terres, par le roulement des pesantes voitures, s'usent

promptement, et se rompent souvent. Alors, gare l'inondation, si c'est

une veine d'eau; et si c'est une veine de gaz, l'odorat du passant qui

franchit ce pavé perfide l'avertit bien vite qu'il faut presser le pas,

et que la présence de l'ouvrier est nécessaire.

La boue, inévitablement causée par la réparation, et quelquefois

l'inondation des caves voisines, sont les seuls inconvénient qu'entraîne

la rupture d'une conduite d'eau; mais celle d'un tuyau de gaz est

beaucoup plus grave: il peut toujours en résulter des accidents

semblables à celui de Clerkenwell.

Je me souviens que, rentrant chez moi par une belle nuit d'hiver, il y a

trois ou quatre ans, et suivant le faubourg Saint-Honoré, je vis de loin

une immense gerbe de feu qui s'élançait du pavé, précisément au milieu

de la chaussée. Je m'arrêtai fort surpris de cette sorte de prodige, et

je vis que cette flamme gigantesque sortait en bruissant d'un égout

alors en construction dans la rue. Les gardiens des travaux ayant senti

le gaz sortir du regard, avaient jugé plaisant de l'allumer. Moi, je

jugeai prudent de presser le pas. Deux jours après, ils s'amusèrent à

recommencer. Cette fois, le gaz fut moins patient: une effroyable

détonation s'ensuivit; le tampon de l'égout placé un peu plus loin, vers

l'Elysée-Bourbon, fut arraché et lancé à une vingtaine de pieds. Toutes

les vitres des maisons voisines furent brisées.

Un autre accident plus déplorable arriva dans un égout sur un autre

point de Paris. Une des compagnies d'éclairage au gaz avait obtenu de

l'administration municipale, à titre d'essai, l'autorisation de poser

une conduite en cuivre dans l'égout-galerie des Martyrs. Cette conduite

s'étant oxydée, il en résulta une fuite qui remplit l'égout, et asphyxia

ou brûla quatre ou cinq malheureux ouvriers qui avaient eu le courage de

descendre dans ce tombeau pour la réparer.

Un malheur semblable arriva rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice. Un tuyau

s'étant rompu, le gaz s'introduisit, à travers les murs et les

fondations, jusque dans un rez-de-chaussée dont le plancher était en

contre-bas du sol de la rue. Deux malheureuses femmes qui s'y trouvaient

furent asphyxiées et périrent sans qu'on pût leur porter secours.--Il y

a quelques jours, on vient d'annoncer qu'un accident pareil était arrivé

dans une des casernes de Paris. Plusieurs soldats asphyxiés n'ont pu

être que difficilement rappelés à la vie.

Aussi, l'attention de l'administration et des hommes compétents

s'est-elle depuis longtemps portée sur cet objet; c'est dans la crainte

de ce danger, dont l'événement de l'égout des Martyrs avait déjà révélé

toute la gravité, que l'administration municipale parisienne a résisté

aux sollicitations peu réfléchies qui l'exhortaient à placer dans les

égouts, ou dans des galeries voûtées, les conduites dont la présence

sous le sol de la chaussée est une cause permanente de dépavage et de

remaniements. C'est aussi ce qui proscrit à jamais l'emploi, sur de

grandes surfaces, de tous les pavages adhérents imperméables, tels que

les pavages bitumes ou en bois et fondés sur béton, dont on a tenté

jusqu'ici des essais partiels, et qui, en empêchant les fuites de se

révéler à la surface, rendraient inévitables les accidents souterrains.

Toutefois, nous devons indiquer ici un système qui a été proposé il y a

quelques années, et dont l'emploi préviendrait entièrement les malheurs

dont nous avons été témoins. Ce système, fort simple et d'une exécution

peu dispendieuse, consisterait dans l'isolement complet de la conduite,

dont les fuites seraient immédiatement transmises à la superficie du

sol, même au travers d'un pavage adhérent imperméable. La figure

ci-jointe, qui représente la coupe d'une chaussée sous laquelle passe

une conduite posée selon ce système, en donnera facilement une idée.

La conduite A serait placée au milieu d'une couche de sable B, dont le

diamètre serait au moins double du sien. Cette couche de sable serait

revêtue d'une chape bitumée C, ou maçonnée en chaux hydraulique, qui

l'envelopperait de toutes parts, et formerait ainsi comme une seconde

conduite enfermant la première. De distance en distance, la couche de

sable serait traversée dans tout son diamètre par des cloisons bitumées

ou maçonnées D D, reposant sur la conduite; et au droit de chaque

cloison un petit évent en fonte E viendrait affleurer le pavé.

[Illustration.]

Il est évident que, si une fuite se manifestait sur un point quelconque

de la conduite munie de cet appareil, l'eau ou le gaz, au lieu de miner

les terres et de remplir les caves et les égouts voisins, glisserait

dans le sable entre les cloisons imperméables, et, sortant par l'évent à

la superficie du pavé, avertirait immédiatement de la nécessité d'une

prompte réparation.

Nous ne connaissons qu'un point de Paris oz un moyen préservatif de

cette nature ait été appliqué, et encore fort imparfaitement: c'est la

rue Saint-Denis. La conduite de gaz qui passe en cet endroit devait

forcément être posée le long du pied-droit de l'égout, et très-près des

fondations des maisons riveraines. Il y avait donc double danger: pour y

remédier, on enveloppa la conduite d'une couche de sable et d'une chape

maçonnée en mortier hydraulique. Mais on négligea l'évent, qui cependant

nous semble indispensable pour révéler au dehors l'existence des fuites.

Il n'est donc pas exact de dire que l'accident de Clerkenwell est un

fait nouveau qui doit appeler l'attention sur un danger auquel on

n'avait pas encore songé. Déjà le danger est connu, et on a songé à le

prévenir; mais il faut espérer que ce nouvel accident qui frappe nos

voisins, engagera notre administration municipale à s'occuper activement

des moyens de s'en garantir, en adoptant, soit le système que nous avons

décrit, soit tout autre qui lui paraîtrait atteindre encore mieux le but

qu'elle doit se proposer.

Fête de saint Louis, à Tunis.

[Illustration: Chapelle Saint-Louis, à Tunis.]

Le 25 août 1843, on a célébré à Tunis, au milieu d'une population

immense, l'anniversaire de la fêle de saint Louis. Dès le point du jour,

les vaisseaux français _le Jemmapes, l'Alger_, et le brick _la Cigogne_,

ont annoncé la solennité par des salves d'artillerie. A huit heures du

matin a commencé le service divin; le chapelain français, M. l'abbé

Bourgade, a officié, assisté du clergé romain et maltais de l'église de

Tunis. Parmi les personnes présentes, on remarquait M. de Lagan,

consul-général de France à Tunis; les commandants et les états-majors

des trois bâtiments français; M. Charles Jourdain, directeur des travaux

de la chapelle; les consuls de Naples, de Sardaigne, de Hollande et de

Belgique; le chevalier Raffo, conseiller intime de S. A. le bey. Pendant

tout le temps du service divin, la musique militaire du vaisseau

_l'Alger_ a fait entendre des airs graves et guerriers. Le _Te Deum_ a

été accompagné de salves d'artillerie.

Nos lecteurs n'ont pas oublié sans doute qu'en 1840 le bey de Tunis,

Ahmed, a fait don au roi des français, sur sa demande, d'un terrain à

l'ouest de la Goulette, entre la mer au nord, et des ruines romaines et

carthaginoises au midi, à l'endroit même où mourut Louis IX le 25 août

1270.

Louis IX, débarquant non loin de la Goulette, sur la plage de Carthage,

où s'étendent les ruines de l'ancien port et des quais, avait déployé

ses tentes à peu de distance, sur un montagne isolée, en vue de Tunis et

de la mer. C'est sur cet emplacement même, à 16 kilomètres de Tunis,

qu'est érigée aujourd'hui la chapelle Saint-Louis. Au milieu des ruines

d'un ancien temple, peu éloignées d'un cirque de construction romaine et

des restes d'un grand aqueduc, qui amenait les eaux des montagnes à

l'ancienne cité de Carthage, l'on a aplani avec soin une assez large

enceinte entourée d'un mur d'appui, et au milieu de laquelle s'élève une

plate-forme ronde, élégamment dallée à compartiments symétriques. On

monte à cette plate-forme par six marches établies circulairement sur

tout le pourtour, et au centre est construite la chapelle, d'une forme

octogone. L'intérieur offre un rond-point entièrement libre au-dessous

du dôme; on aperçoit ainsi, dès l'entrée, au fond, en face de la porte,

l'autel, et au-dessus, dans la niche principale, la statue de saint

Louis, en beau marbre blanc des Pyrénées, due au ciseau de M. Émile

Seurre, et tirée des galeries de Versailles. L'édifice est bâti en

pierre appelée marbre de Soliman, avec des remplissages en pierre de

tuf, du sol de Carthage, et voûté en briques de Gènes avec enduit de

mortier de chaux, formant stuc à la manière du pays. Ses fondations

s'appuient sur les dalles en marbre et sur les bases du temple

d'Esculape. Les fouilles ont fait découvrir plusieurs morceaux de

colonnes cannelées, en beau marbre jaune de Numidie, des chapiteaux

corinthiens et des parties d'entablement richement sculptées. Là paraît

avoir été primitivement le plais de Didon, dont l'immense escalier

s'avançait vers la mer.

Le gouverneur de l'arsenal, Sidi-Mahmoud, a fait solennellement, le 23

août 1840, remise du terrain concédé, au nom du bey, à M. de Lagan,

consul-général de France. La première pierre de l'édifice fut posée le

même jour, après la célébration de la messe par le père-préfet de Tunis,

et un an après, le 25 août 1841, la chapelle fut inaugurée.

Au commencement de l'année 1843, M. Charles Jourdain, jeune architecte,

déjà chargé de la construction de la chapelle, l'a été également de

l'exécution des dépendances nécessaires à sa garde, à son entretien, à

sa desserte. Ces dépendances consistent en un mur d'enceinte, et trois

corps de bâtiments, à rez-de-chaussée et à terrasses, comprenant le

logement des gardiens, une sacristie et des salles d'attente pour les

visiteurs. Ces bâtiments sont reliés entre eux par des portiques en

style de cloître gothique. Le terrain de l'enceinte est compris dans un

octogone de cent mètres de diamètre. Des plantations de cyprès entourent

le monument, et la manufacture royale de Sèvres prépare, pour les

croisées, des vitraux de couleur.

Fêtes des environs de Paris..

L'Illustration, No. 0030, 23 Septembre 1843 · 第 15 / 28 题