Bien qu'établies dans des temps très différents des nôtres, les
prescriptions du concile de Trente sont encore en vigueur de nos
jours. Il n'est pas trop rare, cependant, de voir les autorités
ecclésiastiques en mitiger la rigueur, lorsque les circonstances en
indiquent l'opportunité.
Cette manière d'agir peut s'expliquer par les considérations
suivantes:
Le duel n'est point un acte attaquant directement les dogmes de notre
sainte religion; c'est une faute grave contre un canon, contre un
simple règlement disciplinaire de l'Église.
Ce canon n'existait pas dans les temps où florissaient le _jugement de
Dieu_ ou le _combat judiciaire_, dont le duel n'est que le successeur
naturel.
Le duel n'a point pour instigateur un sentiment anti-religieux, mais
bien le sentiment de l'honneur.
N'a-t-on pas vu en effet, par le passé; ne voit-on pas encore tous les
jours des hommes connus par leurs sentiments religieux, prêts même à
répandre leur sang pour défendre la liberté de leurs croyances, se
prosterner aux pieds des autels quelques heures, quelques instants
même avant de se rendre sur le terrain?
Qui peut assurer que celui qui se bat en duel, au moment même où il
reçoit le coup mortel, ne balbutie pas quelques paroles d'invocation
envers Dieu?
Ou bien même, si la parole lui fait défaut, ne les profère-t-il pas
mentalement en tournant son suprême et dernier regard vers le ciel?
Cette présomption n'est-elle pas surtout légitime en faveur de celui
dont les sentiments religieux étaient notoires?
Les instances, les larmes de sa famille pour lui obtenir une sépulture
chrétienne, ne sont-elles pas un solennel hommage rendu à la religion,
qu'on l'a vu respecter et pratiquer la veille de sa mort?
Une dernière considération.
Quelques individualités connues sous le nom de libres penseurs ou de
solidaires, tendent, nous le déplorons, à introduire l'usage des
enterrements civils.
Un convoi suivi par d'honorables corporations, par l'élite de la
société, ne leur fournit-il pas une superbe occasion qu'ils se gardent
bien de laisser échapper pour manifester leurs tendances, en se
groupant à la suite du convoi, suscitant ainsi parmi la multitude des
curieux des commentaires plus ou moins édifiants?
Ces considérations, certes, ne peuvent échapper à la haute sagesse des
vénérables princes de l'Église qui, unissant le tact, l'esprit de
conciliation, la mansuétude évangélique à la fermeté dans le devoir,
ont jugé convenable de mitiger quelquefois, comme nous l'avons indiqué
plus haut, la sévérité des prescriptions du concile de Trente; donnant
ainsi raison à un axiome goûté par les théologiens eux-mêmes.
Odia sunt restringenda.
Favores sunt ampliandi.
Que si quelque casuiste, rencontrant dans nos points d'interrogation
une trop forte offense pour son système nerveux, nous octroyait les
férules, nous ne chercherions pas à aggraver la situation en lui
citant les deux vers célèbres du _Lutrin_ de Boileau, et, pour ce qui
nous regarde, nous n'aurions pas besoin de recourir au chloroforme;
nous avons à notre portée un baume réparateur pour cicatriser nos
blessures.
La mère de Dieu étend sa main protectrice sur le modeste chalet où
nous écrivons ces lignes. Nous nous transporterons, et ce ne sera ni
la première ni la dernière fois, au pied ne son autel privilégié, et
nous lui dirons:
«Sainte Vierge! nous sommes soldat, catholique et Savoyard! nous ne
vous disons que ça! Voilà notre plan:
«Réglementer et diminuer un mal incurable, éviter des scandales
nuisibles à la religion que nous avons toujours professée et vénérée.
Si nos moyens moraux doivent sécher au soleil, si notre plan ne vaut
rien; eh bien! Mère de miséricorde, vous daignerez nous accorder notre
pardon. Nous vous le demandons au nom de celui qui, naguère, faisant
sonner le clairon du silence pour étouffer les bourdonnements des
Pharisiens et des intransigeants, prononçait cette indulgente parole,
belle et grande leçon pour les sages et les puissants de la terre:
«Laissez venir à moi les petits enfants.»
Et, v'lan!