SUR LES ARTICLES 46, 47 ET 48.

Il est un abus tout à fait récent, ne datant même que de quelques

années, et qui tend malheureusement à prendre racine dans la société

d'aujourd'hui. Nous voulons parler des polémiques que certains témoins

se permettent d'agiter entre eux par la voix des journaux, au sujet

des affaires d'honneur auxquelles ils ont pris part.

Une affaire de duel donnera-t-elle lieu (ce qui d'ailleurs est

inévitable) à quelques critiques plus ou moins fondées, à quelque

cancans de ville ou de société; aussitôt, l'un des témoins blessé dans

l'infaillibilité qu'il se persuade devoir lui être dévolue, lance une

lettre dans un journal pour offrir au public le panégyrique de ses

faits et gestes dans l'affaire en question. Un autre témoin intéressé

répond et voilà la polémique engagée.

Dans les circonstances où, soit la notoriété des personnes, soit

l'éclat de l'affaire, soit enfin une imputation fausse attaquant

l'honneur des intéressés l'exigent, la publication du procès-verbal

suffisant pour éclairer et satisfaire l'opinion publique, semble

devoir couper court à tout débat ultérieur; mais on ne s'arrête pas

là. La polémique s'entame ou se prolonge sur les actes et faits

relatés dans le procès-verbal.

Sans doute, cette succession de scandales plus ou moins anodins donne

naissance à une vache à lait très prolifique pour la caisse des

journaux. La vente fructifie au moyen des aliments plus ou moins

carabinés fournis à la curiosité du public. Les habitantes des

kiosques, les crieurs de rues voient avec délices augmenter le chiffre

de leurs remises.

Mais l'union dans la société, la tranquillité, la considération des

familles, les sentiments élevés, les traditions du point d'honneur y

trouvent-ils un égal profit? L'expérience démontre journellement le

contraire.

N'est-on pas en droit de se demander comment il est possible que des

témoins sérieux, ayant une position acquise dans la science, dans les

lettres, dans la politique, enfin des hommes distingués dans la

société, tombent dans une pareille souricière et se laissent

entraîner, par un faux amour-propre, à se mettre eux-mêmes, à mettre

tant de personnes sur la sellette, à se déclarer ainsi justiciables

des oisifs, des indifférents, et ce qui est plus fort, de gens

auxquels leur intelligence et leur éducation enlèvent toute

compétence pour apprécier leurs actes?

Combien de rancunes, de haines n'ont pas fait éclore ou perpétué,

combien d'affaires nouvelles n'ont point suscité, combien de germes,

de discussion n'ont point jeté dans la société, de si regrettables

débats? Pourquoi donc, dans les affaires d'honneur, le secret fut-il

toujours regardé comme un dogme de «foi jurée,» si ce n'est pour

protéger les intéressés dans leurs familles, etc., contre les

inconvénients de la publicité? Cette dernière question suffit pour

justifier les articles 46, 47 et 48; nous ne croyons point devoir

insister davantage.

Loin de nous la prétention d'avoir présenté une complète analyse des

devoirs des témoins, trop heureux si nous avons pu nous arrêter

suffisamment sur les points principaux.

Dans le code du duel, le témoin, nous l'avons dit, nous le répétons

encore, constitue _la clef de la position_.

Dans les affaires d'honneur, le rôle du témoin est le plus important,

car il doit tour à tour remplir de sérieuses obligations. D'abord

l'ami, le confident, le conseil de celui qui lui a confié son honneur

et sa vie, puis juge du point d'honneur pour constater l'offense, en

déterminer la valeur, ensuite conciliateur pour apaiser les rancunes;

ensuite avocat chargé d'obtenir pour son client, soit une réparation

honorable, soit des conditions favorables pour la rencontre. Il

devient, enfin, juge du camp pour surveiller l'exécution loyale des

règles du duel et des conventions adoptées. Sa délicatesse et son

honneur lui imposent une discrétion à toute épreuve.

Un acte déloyal se produit-il dans le combat: juge impitoyable il doit

poursuivre la vengeance de la victime qui a succombé. Vis-à-vis de la

justice, plus de secret, point de réticences inspirées par des

influences étrangères. Il doit parler, dire la vérité, rien que la

vérité. L'organe de la loi revendique les droits sacrés de la société,

de la famille, le témoin ne se montrera point rebelle à sa voix.

Malheur au témoin prévaricateur, car le verdict sévère du jury lui

donnera un billet de logement pour le panthéon verrouillé.... où la

félonie et la déloyauté peuvent rougir dans l'obscurité et le silence,

mais où jamais honnête homme n'a retenu ni logis ni domicile!

Les dispositions contenues dans les deux derniers alinéas du présent

article ne nous semblent demander aucune justification, nous nous en

rapportons à l'évidence.

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 105 / 208 题