SUR L'ARTICLE 21.

Généralement on s'accorde à fixer, en moyenne, à 60 ans la limite

d'âge pour les combats.

Sans doute les témoins doivent s'y référer en _général, en tenant

compte toutefois des circonstances_; telle par exemple l'affaire d'un

jeune homme avec un homme de 60 ans. Mais si l'insulté se trouve être

d'un âge beaucoup plus rapproché, il y a évidemment lieu à une

discussion.

L'âge de 60 ans est l'âge des cheveux blancs, l'âge de la diminution

et de l'infériorité des forces physiques, il commande le respect et la

déférence chez tous les gens bien élevés; mais aussi c'est l'âge de la

sagesse et de la prudence, l'âge de l'observation de toutes les

convenances sociales, l'âge _de la modération_.

Un homme de 60 ans, s'il prend part à une discussion, doit donner

l'exemple de la modération et de l'esprit de convenance. Se croit-il

obligé d'intervenir dans une discussion pour la modérer ou la faire

cesser, il doit le faire avec tact et mesure, avec impartialité et en

des termes de nature à ne blesser aucun des interlocuteurs. Dans le

cas contraire, il peut s'exposer à de vives représailles, ou même à

une provocation, qu'il pourra refuser selon les circonstances, mais à

laquelle il se sera évidemment exposé, faute d'avoir conservé la

dignité en rapport avec son âge.

En résumé, ce principe n'a rien d'absolu; son application dépend des

circonstances. En effet, quelle ne serait pas l'hilarité des témoins

si l'on venait exciper de l'article 21 en faveur d'un homme de 60 ans,

habitué à se livrer aux fatigues de la chasse à tir ou de la chasse à

courre, à consacrer les loisirs du chômage à suivre les excursions du

club Alpin dans les belles montagnes de notre Savoie, afin de

conserver la vigueur et l'élasticité de ses jarrets pour la prochaine

ouverture??!

Les règles exceptionnelles n'ont rien d'absolu. Elles ne peuvent être

invoquées qu'en faveur d'une situation exceptionnelle constatée par

les témoins, juges compétents et responsables!

Les considérations qui précèdent acquièrent majeure importance,

lorsqu'il s'agit d'une offense commise par la voie de la presse.

On comprend que dans une discussion entre un homme de soixante ans et

divers interlocuteurs, des paroles vives et offensantes puissent

s'échanger de part et d'autre.

Dans une offense commise par la voie de la presse, le cas est bien

différent. Celui qui s'est permis cette offense, sans avoir été

provoqué par une offense de même nature, a prémédité son article dans

le silence du cabinet; il a calculé les conséquences de la publicité.

Prétendre lui accorder le bénéfice de l'immunité de l'âge paraît une

opinion fausse et insoutenable; car il en arriverait que les hommes

ayant dépassé la soixantaine auraient le monopole des candidatures

pour les places de rédacteurs en chef ou de directeurs dans les

journaux.

Les correspondants eux-mêmes, ne se feraient point faute de faire

signer leurs articles par des vieillards.

Ainsi, l'âge des convenances et des respects serait transformé en un

_lieu d'asile_ privilégié en faveur de l'insulte et de l'agression.

Le rédacteur en chef d'un journal est soumis au secret professionnel.

Il manquerait donc à l'honneur, si, malgré la convention consentie par

lui, il divulguait le nom de ses correspondants.

Toutefois, le cas n'est pas rare surtout dans les journaux de

province, où le rédacteur en chef, refusant l'insertion d'un article,

le correspondant en sollicite la publication, déclarant qu'il _en

accepte entièrement la responsabilité_. Dans ce cas exceptionnel, le

rédacteur en chef est en droit de nommer l'auteur, et sa

responsabilité serait dégagée.

La dignité d'un journal sérieux commande au rédacteur ou directeur de

persévérer dans son refus d'insérer un article qu'il juge sujet à

caution.

S'il croit devoir céder à des instances formelles, il sera bien

conseillé d'exiger que la demande d'insertion lui soit produite par

écrit et renferme la clause expresse que l'auteur en accepte

entièrement la responsabilité, non seulement au point de vue légal,

mais encore vis-à-vis toute demande de réparation formulée en

conformité de l'honneur.

Avons-nous besoin d'ajouter que cette précaution, toujours utile,

devient absolument nécessaire, lorsqu'il s'agit d'obtempérer au désir

manifesté par un homme ayant passé la soixantaine.

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 91 / 208 题