Les témoins chargés de porter un appel soit verbal, soit écrit, ne
sont que des parlementaires protégés aux yeux de tout homme d'honneur
par la nature même de leur mandat, qui ne comporte qu'une simple
communication.
Toute discussion serait tout au moins inutile, et pourrait devenir
nuisible; on en a vu des exemples. Il est donc rationnel de prescrire
aux témoins de refuser toute discussion, et de se retirer
immédiatement, si celui auprès duquel ils remplissent leur mission
tentait de la provoquer.
Sous aucun prétexte, les témoins porteurs d'un appel ne doivent
remplir leur mission étant armés. En effet, on n'adresse un appel, on
ne consent à porter un appel qu'à une personne que l'on réputé homme
d'honneur. Se munir d'armes défensives ou agressives pour remplir une
pareille mission peut donner à supposer, dans certaines circonstances,
que l'on espère susciter, ou tout au moins profiter d'une altercation,
pour s'en référer à la violence, et transformer ainsi le rôle de
témoins en celui d'agresseurs.
Nous ne croyons pas devoir citer d'exemples pour justifier l'utilité
de ces prescriptions.
Certains témoins se croient obligés de rechercher la personne à
laquelle ils auraient porté un appel et qui se serait fait nier à
plusieurs reprises. On a même vu des témoins prendre le train-poste
pour chercher à atteindre celui qui se serait enfui pour éviter de
les recevoir...
Ce mode de procéder est tout à fait incompatible avec la dignité des
témoins et avec celle de leur client.
Les délégués du point d'honneur ne sont point faits pour se livrer à
la chasse aux lapins!...
Les témoins, lorsqu'ils ne rencontrent point à son domicile la
personne à laquelle ils sont chargés de porter un appel, doivent
laisser leur carte en indiquant une heure précise à laquelle ils
doivent renouveler leur visite.
A l'heure indiquée, s'ils ne sont point reçus, ils doivent
immédiatement écrire à la personne en lui disant que si, dans les
vingt-quatre heures, ils ne reçoivent point de réponse, ils
considéreront cette façon d'agir comme un refus de toute explication,
et par conséquent de duel, et qu'ils en dresseront procès-verbal.
La lettre chargée doit être remise à la poste, en exigeant le
récépissé constatant qu'elle a été remise dans les mains du
destinataire.
Ne recevant aucune réponse, les témoins dressent procès-verbal
circonstancié, et le remettent à leur client.
C'est à la fois un manque de courtoisie aggravant l'offense, et une
faute blâmable que de ne point recevoir les témoins, et surtout, de
refuser de les recevoir.
Quand bien même on aurait l'intention de refuser le duel par
l'allégation d'une question préalable, il est plus convenable et plus
sage de recevoir les témoins, en leur annonçant une réponse dans les
délais prescrits. On charge alors les témoins que l'on aura choisis de
signifier son refus motivé par la question préalable, dans la réunion
qui doit avoir lieu, suivant l'article 12 du chapitre IV.
En agissant d'une manière différente, on s'expose quelquefois à des
représailles violentes que toute personne de bonne compagnie ne peut
que déplorer.