SUR L'ARTICLE 14.

_Qui touche frappe_ est un principe établi pour écarter les équivoques

et les différends produits par la méchanceté et par la mauvaise foi.

Le _frapper_ est regardé comme la dernière des offenses morales, il

n'est point considéré sous le rapport matériel.

Le _toucher_ comme sanction d'une insulte équivaut donc au _frapper_;

s'il en était autrement, tel qui aurait jeté son gant à la figure de

son interlocuteur en l'injuriant prétendrait qu'il ne l'a point

_frappé_; tel qui aurait donné un soufflet, prétendrait qu'il a été

frappé le premier, parce que son adversaire l'avait préalablement

retenu par le revers de son habit ou par le bouton de son gilet! Mais,

ce qui est encore plus fort, tel qui dans une altercation tire son

revolver, le décharge, et trace avec la balle un chemin vicinal dans

la chevelure de son antagoniste, prétendra qu'il ne l'a point frappé!

Evidemment l'interprétation de cet article exige de la part des

témoins une parfaite loyauté, une entière bonne foi.

Ainsi, certaines personnes ont la mauvaise habitude de toucher la

personne avec laquelle ils sont en conversation, soit en lui tirant le

revers, le pan de l'habit, soit en saisissant le bouton du gilet, de

la chaîne de montre, soit on les frappant légèrement sur l'épaule, sur

la hanche, sur l'avant-bras, soit en les touchant sur le ventre ou

même sur la figure.

Tous ces gestes sont réprouvés par les usages de la bonne compagnie,

et surtout les derniers peuvent donner lieu à une admonition et par

suite à une querelle.

Vous êtes en conversation, vous êtes en train de développer votre

pensée, votre interlocuteur (ce qui est du reste impoli) n'attend pas

la fin de votre phrase, s'éloigne. Tout entier à votre argumentation

vous le saisissez par le revers de son habit pour qu'il entende la fin

de la phrase commencée, il se choque, une querelle s'engage dans

laquelle il vous donne un soufflet; sera-t-il en droit de prétendre,

en vertu du principe _qui touche frappe_, qu'il est l'offensé, parce

qu'il a été touché le premier? Non sans doute, car la bonne foi est

évidente.

Dans une vive altercation vous lancez une injure à votre interlocuteur

et vous le frappez en même temps sur l'épaule, sur le ventre ou même

lui passez la main devant ou sur le visage. Tout naturellement, il

riposte par un soufflet. Prétendrez-vous être l'offensé? ou bien,

votre adversaire, en vertu du principe, _qui touche frappe_,

n'aura-t-il pas le droit de soutenir avoir été frappé le premier, et

en conséquence de revendiquer le droit de l'offensé? Dans ce cas

l'affirmative n'est point douteuse.

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 50 / 208 题