_Qui touche frappe_ est un principe établi pour écarter les équivoques
et les différends produits par la méchanceté et par la mauvaise foi.
Le _frapper_ est regardé comme la dernière des offenses morales, il
n'est point considéré sous le rapport matériel.
Le _toucher_ comme sanction d'une insulte équivaut donc au _frapper_;
s'il en était autrement, tel qui aurait jeté son gant à la figure de
son interlocuteur en l'injuriant prétendrait qu'il ne l'a point
_frappé_; tel qui aurait donné un soufflet, prétendrait qu'il a été
frappé le premier, parce que son adversaire l'avait préalablement
retenu par le revers de son habit ou par le bouton de son gilet! Mais,
ce qui est encore plus fort, tel qui dans une altercation tire son
revolver, le décharge, et trace avec la balle un chemin vicinal dans
la chevelure de son antagoniste, prétendra qu'il ne l'a point frappé!
Evidemment l'interprétation de cet article exige de la part des
témoins une parfaite loyauté, une entière bonne foi.
Ainsi, certaines personnes ont la mauvaise habitude de toucher la
personne avec laquelle ils sont en conversation, soit en lui tirant le
revers, le pan de l'habit, soit en saisissant le bouton du gilet, de
la chaîne de montre, soit on les frappant légèrement sur l'épaule, sur
la hanche, sur l'avant-bras, soit en les touchant sur le ventre ou
même sur la figure.
Tous ces gestes sont réprouvés par les usages de la bonne compagnie,
et surtout les derniers peuvent donner lieu à une admonition et par
suite à une querelle.
Vous êtes en conversation, vous êtes en train de développer votre
pensée, votre interlocuteur (ce qui est du reste impoli) n'attend pas
la fin de votre phrase, s'éloigne. Tout entier à votre argumentation
vous le saisissez par le revers de son habit pour qu'il entende la fin
de la phrase commencée, il se choque, une querelle s'engage dans
laquelle il vous donne un soufflet; sera-t-il en droit de prétendre,
en vertu du principe _qui touche frappe_, qu'il est l'offensé, parce
qu'il a été touché le premier? Non sans doute, car la bonne foi est
évidente.
Dans une vive altercation vous lancez une injure à votre interlocuteur
et vous le frappez en même temps sur l'épaule, sur le ventre ou même
lui passez la main devant ou sur le visage. Tout naturellement, il
riposte par un soufflet. Prétendrez-vous être l'offensé? ou bien,
votre adversaire, en vertu du principe, _qui touche frappe_,
n'aura-t-il pas le droit de soutenir avoir été frappé le premier, et
en conséquence de revendiquer le droit de l'offensé? Dans ce cas
l'affirmative n'est point douteuse.