venoient roys et durs, et boutoient en venant de l'épaule et de la
poitrine, ainsi comme sangliers tout forcenés, et étoient si fort
entrelacés ensemble qu'on ne les pouvoit ouvrir ni dérompre... Là fut un
mons et un tas de Flamands occis moult long et moult haut; et de si
grand bataille et de si grand'foison de gens morts comme il y en ot là,
on ne vit oncques si peu de sang issir, et c'étoit au moyen de ce qu'ils
étoient beaucoup d'éteints et étouffés dans la presse, car iceux ne
jetoient point de sang.» (Froissart, VII, 347-354.)--«Et y heubt en
Flandres après la bataille grant orreur et pugnaisie en le place où le
bataille avoit esté, des mors dont le place duroit une grande lieue...
et les mangeoient les chiens et maint grant oisel qui furent veu en
icelle place, dont le peuple avoit grant merveille. (Chronique inédite,
ms. 801, D. de la Bibliothèque de Bourgogne (à Bruxelles), folio 153.)
Cette chronique curieuse n'est pas celle que Sauvage a rajeunie;
d'ailleurs elle va plus loin.
18--page 23--_Lorsque le roi arriva à Paris, les bourgeois s'étalèrent
en longues files..._
Sur tout ceci, voyez le récit du Religieux de Saint-Denis.--Le calcul de
Froissart, différent en apparence, ne contredit point celui-ci: «Et
estoient en la cité de Paris de riches et puissants hommes armés de pied
en cap la somme de trente mille hommes, aussi bien arrés et appareillés
de toutes pièces comme nul chevalier pourroit être; et avoient leurs
varlets et leurs maisnies (suites) armés à l'avenant. Et avoient et
portoient maillets de fer et d'acier, périlleux bastons pour effondrer
heaulmes et bassinets; et disoient en Paris quand ils se nombroient que
ils étoient bien gens, et se trouvoient par paroisses tant que pour
combattre de eux-mêmes sans autre aide le plus grand seigneur du monde.»
(Froissart, VIII, 183.)
19--page 25--_Il n'y avait plus de prévôt, plus de commune de Paris..._
«Statuentes ut officium præposituræ exerceret qui regis auctoritate et
non civium fungeretur.--Confraternitates etiam ad devotionem ecclesiarum
sanctorum, et earum ditationem introductas, in quibus cives consueverant
convenire, ut simul gaudentes epularentur... censuerunt etiam
suspendendas usque ad beneplacitum regiæ majestatis.» (Religieux de
Saint-Denis, I, 242.--Ordonnance du 27 janvier 1382, t. VI du _Recueil
des Ord._, p. 685.) Un mot de cette ordonnance fait entendre que les
Parisiens avaient aidé indirectement les Flamands: «Ils ont empesché que
nos charioz et ceux de nostre chier oncle, le duc de Bourgogne, et
plusieurs autres choses fussent amenez par devers nous... où nous
estions.»
20--page 25--_On traita à peu près de même Rouen_, etc.
La ville de Rouen fut fort maltraitée, sa cloche lui fut enlevée, et
donnée aux panetiers du roi; c'est ce qui résulte d'une charte dont je
dois la communication à l'amitié de M. Chéruel: «Comme par nos lettres
patentes vous est apparu nous avoir donné à nos bien amés panetiers
Pierre Debuen et Guillaume Heroval une cloche qui soulloit estre en la
mairie de Rouen, nommée Rebel, laquelle fust confisquée à Rouen quand la
commotion du peuple fust dernièrement en ladicte ville...» (Archives de
Rouen, registre ms., côté A, folio 267.)
21--page 27--_Les Flamands prétendirent que le duc de Berri avait
poignardé le comte de Flandre..._
Froissart dit qu'il mourut de maladie, t. IX, p. 10, édit. Buchon.--Le
Religieux de Saint-Denis, ce grave et sévère historien, qui ne déguise
aucun crime des princes de ce temps, n'accuse point le duc de
Berri.--Meyer (lib. XIII, fol. 200) ne rapporte l'assassinat que d'après
une chronique flamande du quinzième siècle, laquelle se réfute elle-même
par la cause qu'elle assigne au fait. Le duc de Berri aurait pris
querelle avec le comte de Flandre pour l'hommage du comté de Boulogne,
héritage de sa femme. Or le duc de Berri n'épousa l'héritière de
Boulogne que cinq ans après. (_Art de vérifier les dates, Comtes de
Flandre_, ann. 1384, t. III, p. 21.)
22--page 29--_On rassembla tout ce qu'on put acheter, louer de
vaisseaux..._
«Ils furent nombrés à treize cents et quatre-vingt-sept vaisseaux... Et
encore n'y estoit pas la navie du connétable.» (Froissart, t. X, c.
XXIV, p. 160.)--«Les pourvéances de toutes parts arrivoient en Flandre,
et si grosses de vins et de chairs salées, de foin, d'avoine, de
tonneaux de sel, d'oignons, de verjus, de biscuit, de farine, de
graisses, de moyeux (jaunes) d'oeufs battus en tonneaux et de toute
chose dont on se pouvoit aviser ni pourpenser, que qui ne le vit
adoncques, il ne le voudra ou pourra croire.» (Froissart, _ibid._, p.
158.)
23--page 30--_Le duc de Berri arriva lorsque la saison rendait le
passage à peu près impossible..._
Le duc de Berri répondait froidement aux reproches du duc de Bourgogne
sur l'inutilité de ces prodigieuses dépenses: «Beau frère, si nous avons
la finance et nos gens l'aient aussi, la greigneur partie en retournera
en France; toujours va et vient finance. Il vaut mieux cela aventurer
que mettre les corps en péril ni en doute.» (Froissart, t. X, p. 271.)
24--page 32, note 1--_Boulard pourvut aux approvisionnements..._
Il envoya ses agents avec cent mille écus d'or sur le Rhin; ils furent
partout bien reçus, sur le renom de leur maître, «ob magistri notitiam.»
Les mariniers du Rhin s'employèrent avec beaucoup de zèle à faire
descendre ces provisions jusqu'aux Pays-Bas. (Religieux de Saint-Denis,
l. IX, c. VII, p. 532.)
25--page 32--_Charles VI fut touché surtout des prières d'une grande
dame du pays..._
«Quod acceptabilius regi fuit, insignis domina municipii _Amoris_, casto
_amore_ succensa, ad eum personaliter accessit.» (Religieux de
Saint-Denis, _ibid._, p. 358.)--V. les traités originaux des princes des
Pays-Bas et leurs excuses au roi. (_Archives, Trésor des chartes_, J,
522.)
26--page 33--_L'affaire fut bien menée..._
Elle était préparée de longue date. On ne perdait pas une occasion
d'indisposer le roi contre ses oncles: «... Leur en ay oy aucune foiz
tenir leur consaulz, et dire au roy: Sire, vous n'avez mais à languir
que six ans, et l'autre foiz que cinq ans, et ainsi chascune année, si
comme le temps s'aprochoit...» (_Instruction de Jean de Berri_, dans les
_Analectes hist._ de M. Le Glay, Lille, 1838, p. 159.)
27--page 36--_Les belles dames logèrent dans l'abbaye même de
Saint-Denis..._
«Abbatia pro regina dominarumque insigni contubernio retenta...»
(Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 586.)--«Quarum si pulchritudinem
attendisses... fictum dearum... ritum dixisses renovatum.» (_Ibid._, p.
594.)
28--page 37--_Serait-ce dans cette funeste nuit que le jeune duc
d'Orléans_, etc.
Cette tradition ne se trouve que dans Mayer et autres auteurs assez
modernes. Mais le contemporain y fait allusion: «Alias displicentiæ
radices utique non sic cognitas quod scriptu dignas reputem.» (Religieux
de Saint-Denis, ms., 388, verso.)--Juvénal, écrivant plus tard, est déjà
plus clair: «Et estoit commune renommée que desdites joustes estoient
provenues des choses deshonnestes en matière d'amourettes, et _dont
depuis beaucoup de maux sont venus_.» (Juvénal des Ursins, p. 75, éd.
Godefroy.)
29--page 37--_Le héros de Charles VI, Duguesclin_, etc.
Dans son testament, il lègue une somme considérable, trois cents livres,
pour que l'on fasse des prières pour l'âme de Duguesclin, mort douze ans
auparavant. (_Testament de Charles VI_, janvier 1393. _Archives, Trésor
des chartes_, J, 404.)
30--page 40--_Charles VI ne permit pas à ses oncles de le suivre..._
Je suis sur ce point le Religieux de Saint-Denis, p. 618. Au reste, les
contradictions des historiens sur ce voyage ne sont pas inconciliables.
31--page 44, note--_Flamel..._
D'abord, sans autre bien que sa plume et une belle main, Flamel, épousa
une vieille femme qui avait quelque chose. Sous même enseigne, il fit
plus d'un métier. Tout en copiant les beaux manuscrits qu'on admire
encore, il est probable que, dans ce quartier de riches bouchers
ignorants, de lombards et de juifs, il fit et fit faire bien d'autres
écritures. Un curé, greffier du Parlement, pouvait encore lui procurer
de l'ouvrage. Le prix de l'instruction commençant à être senti, les
seigneurs à qui il vendait ces beaux manuscrits lui donnèrent à élever
leurs enfants. Il acheta quelques maisons; ces maisons, d'abord à vil
prix, par la fuite des juifs et par la misère générale du temps,
acquirent peu à peu de la valeur. Flamel sut en tirer parti. Tout le
monde affluait à Paris; on ne savait où loger. De ces maisons, il fit
des _hospices_, où il recevait des locataires pour une somme modique.
Ces petits gains, qui lui venaient ainsi de partout, firent dire qu'il
savait faire de l'or. Il laissa dire, et peut-être favorisa ce bruit,
pour mieux vendre ses livres.--Cependant ces arts occultes n'étaient pas
sans danger. De là le soin extrême que mit Flamel à afficher partout sa
piété aux portes des églises. Partout on le voyait en bas-relief
agenouillé devant la croix, avec sa femme Pernelle. Il trouvait à cela
double avantage. Il sanctifiait sa fortune et il l'augmentait en
donnant à son nom cette publicité. Voir le savant et ingénieux abbé
Vilain, _Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie_, 1758; et son _Histoire
de Nicolas Flamel_, 1761.
32--page 44--_Arnauld de Villeneuve..._
Voy. ses _Oeuvres_, Lyon, 1504, et sa _Vie_ (par Haitze), Aix, 1719.
33--page 46--_Le bruit courut qu'on avait empoisonné les rivières..._
Selon le chroniqueur bénédictin, on accusa encore de ce crime les
dominicains: «Veneficos ignorabant, sciebant tamen quod desuper habitum
longum et nigrum, subtus vero album, ut religiosi, deferebant.»
(Religieux de Saint-Denis, t. I, l. XI, c. V, p. 684.)
34--page 50, note--_Les oncles du roi ne tardèrent pas à obtenir la
grâce de Craon..._
Lettres de rémission accordées à Pierre de Craon: «... Il ait esté par
notre commandement et ordenance au saint Sépulcre, et depuis par nostre
permission et licence et soubs nostre sauf-conduit soit venu en nostre
royaume et en l'abbaye de Saint-Denis, où il a esté par l'espace de IIII
mois et demi ou environ en espérance de cuidier trouver paix et accord
avec ledit sire de Clicon,.. et avec ce ait esté nagueires banni de
nostre royaume et entre autres choses condempné envers notre très chere
et très amee tante la royne de Cécille par arrest de nostre Parlement,
pour lesquels bannissement et autres condemnations lui, sa femme et ses
enfants sont du tout déserts d'estat et de chevance, mesmement que de
ses biens ne lui demoura autre chose... et leur a convenu... requerir
leurs parents et amis pour vivre...--Voulans en ce cas pitié et
miséricorde préférer à rigueur de justice et pour contemplation de
nostre très-chère et très-amée fille Ysabelle royne d'Angleterre, qui
sur ce nous a... supplié le jour de ses fiansailles et que ledit
suppliant est de nostre lignaige, Nous par saine et meure délibération
et de nos très chers et amés oncles et frère...» (_Archives, Trésor des
chartes_, J, 37.)
35--page 52--_Comme il traversait la forêt, un homme de mauvaise mine_,
etc.
«... Quemdam abjectissimum virum obviam habuit, qui eum terrait
vehementer. Is nec minis nec terroribus potuit cohiberi, quin regi
pertranseunti terribiliter clamando fere per dimidiam horam hæc verba
reiteraret: Non progrediaris ulterius, insignis rex, quia cito perdendus
es. Cui cito assensit ejus imaginatio jam turbata... Hoe furore
perdurante, virps quatuor occidit, cum quodam insigni milite dicto de
Polegnac de Vasconia, ex furtivo tamen concubitu oriundo.» (Le Religieux
de Saint-Denis, folio 189, ms.)--M. Bellaguet ayant encore le manuscrit
original entre les mains, et n'ayant pas encore publié cette partie, je
me sers de l'excellente copie de Baluze (1839).
36--page 55--_Il soutenait qu'il n'était point marié, qu'il n'avait pas
d'enfant..._
«Non solum se uxoratum liberosque genuisse denegabat, imo suimet et
lituli regni Franciæ oblitus, se non nominari Carolum, nec deferre lilia
asserebat; et quotiens arma sua vel reginæ exarata vasis aureis vel
alicubi videbat, ea indignantissime delebat.» (Le Religieux de
Saint-Denis, ms., anno 1393, folio 207.)--«Arma propria et reginæ si in
vitreis vel parietibus exarata vel depicta percepisset, inhoneste et
displicenter saltando hæc delebat, asserens se Georgium vocari, et in
armis leonem gladio transforatum se deferre.»
37--page 58--_Gerson célèbre la paix, dans un de ces moments où l'on
crut à la cession des deux papes..._
Toutefois Gerson doute encore. Si la cession s'opère, ce sera un don de
Dieu, et non une oeuvre de l'homme; il y a trop d'exemples de la
fragilité humaine: Ajax, Caton, Médée, les anges même, «qui
tresbuchèrent du ciel», enfin les apôtres, et _notamment saint Pierre_,
«qui à la voix d'une femelette renya Nostre-Seigneur.» (Gerson, édition
de Du Pin, t. IV, p. 567.)
38--page 59--_Les Anglais ne voulaient point la paix..._
Sur les négociations antérieures, depuis 1380, voir entre autres pièces
le _Voyage de Nicolas de Bosc, évêque de Bayeux_, imprimé dans le
_Voyage littéraire de deux bénédictins_, partie seconde, p. 307-360.
39--page 59--_Richard II épousa une fille du roi, avec une dot de huit
cent mille écus..._
Elle apporta, en outre, un grand nombre d'objets précieux. Voy. deux
déclarations des joyaux, vaisselle d'or et d'argent, robes, tapisseries
et objets divers pour la personne de madame Isabeau, pour sa chambre,
sa chapelle et son écurie, panneterie, fruiterie, cuisine, etc. Nov.
1393, 23 juillet 1400. (_Archives, Trésor des chartes_, J, 643.)
40--page 59--_Croisade contre les Turcs..._
Comparer sur le récit de cette croisade nos historiens nationaux et les
écrivains hongrois et allemands cités par Hammer, _Histoire de l'Empire
Ottoman_. Ce grand ouvrage a été traduit sous la direction de l'auteur,
par M. Hellert, qui l'a enrichi d'un atlas très utile.
41--page 61--_Élection de Pierre de Luna, Benoît XIII..._
Consulter sur tout ceci le récit hostile au pape qu'on trouve dans les
actes du concile de Pise. (_Concilia_, éd. Labbe et Cossart, 1671, t.
XI, part. 2, col. 2172, et seq.)
42--page 63--_Quand le sultan vit le champ de bataille_, etc.
Récit du Bavarois Schildberger, l'un des prisonniers, qui fut épargné, à
la prière du fils du sultan. (Hammer, _Histoire de l'Empire Ottoman_,
trad. de M. Hellert, t. I, p. 334.)
43--page 64--_Présents de Bajazet au roi de France..._
Le Religieux de Saint-Denis y ajoute: «Equus habens abscissas ambas
nares, ut diutius ad cursum habilis redderetur.» (Ms., folio 330.)
44--page 67--_Tous quittèrent Richard, même son chien..._
«Le roi Richard avoit un lévrier lequel on nommait Math, très beau outre
mesure; et ne vouloit ce chien connoître nul homme fors le roi; et quand
le roi devoit chevaucher, cil qui l'avoit en garde le laissoit aller; et
ce lévrier venoit tantôt devers le roi festoyer et lui mettoit ses deux
pieds sur les épaules. Et or donc advint que le roi et le comte Derby
parlant ensemble en mi la place de la cour du dit châtel et leur chevaux
tous sellés, car tantôt ils devoient monter, ce lévrier nommé Math qui
coutumier étoit de faire au roi ce que dit est, laissa le roi et s'en
vint au duc de Lancastre et lui fit toutes les contenances telles que
endevant il faisoit au roi, et lui assist les deux pieds sur le col, et
le commença grandement à conjouir. Le duc de Lancastre, qui point ne
connoissoit le lévrier, demanda au roi: «Et que veut ce lévrier
faire?»--«Cousin, ce dit le roi, ce vous est une grand'signifiance et à
moi petite.»--«Comment, dit le duc, l'entendez-vous?»--«Je l'entends,
dit le roi, le lévrier vous festoie et recueille aujourd'hui comme roi
d'Angleterre que vous serez, et j'en serai déposé; et le lévrier en a
connoissance naturelle; si le tenez de lez (près) vous, car il vous
suivra et il m'éloignera.» Le duc de Lancastre entendit bien cette
parole et conjouit le lévrier, lequel oncques depuis ne voulut suivre
Richard de Bordeaux, mais le duc de Lancastre; et ce virent et sçurent
plus de trente mille.» (Froissart, t. XIV, c. LXXV, p. 205.)
45--page 67--_Abdication de Richard II..._
Voy. au t. XIV du Froissart édité par M. Buchon, le poème français sur
la déposition de Richard II (p. 322-466), écrit par un gentilhomme
français qui était attaché à sa personne.--Voir aussi la publication de
M. Thomas Wright: _Alliterative Poem on the deposition of king Richard
II_.--Richardi Maydiston _de Concordia inter Ricardum II et civitatem
London_, 1838.--La lamentation de Richard est très touchante dans Jean
de Vaurin: «Ha, Monseigneur Jean-Baptiste mon parrain, je l'ai tiré du
gibet,» etc. (_Bibl. royale_, mss., 6756, t. IV, partie 2, folio 246.)
46--page 67--_Lancastre fut obligé par les siens de leur laisser tuer
Richard..._
«Si fut dit au roi: «Sire, tant que Richard de Bordeaux vive, vous ni le
pays ne serez à sûr état.» Répondit le roi: «Je crois que vous dites
vérité, mais tant que à moi je ne le ferai jà mourir, car je l'ai pris
sus. Si lui tiendrai son convenant (promesse) tant que apparent me sera
que fait ne aura trahison.» Si répondirent ses chevaliers: «Il vous
vaudroit mieux mort que vif; car tant que les Français le sauront en
vie, ils s'efforceront toujours de vous guerroyer, et auront espoir de
le retourner encore en son État, pour la cause de ce que il a la fille
du roi de France.» Le roi d'Angleterre ne répondit point à ce propos et
se départit de là, et les laissa en la chambre parler ensemble, et il
entendit à ses fauconniers, et mit un faucon sur son poing, et s'oublia
à le paître.» (Froissart, t. XIV, c. LXXXI, p. 258.)
47--page 68--_Sa science était dans un livre merveilleux qui s'appelait
Smagorad..._
Ce passage du Religieux de Saint-Denis ne peut trouver son explication
que dans les auteurs qui ont traité de la Kabbale. Voir les travaux de
M. Franck, si remarquables par la précision et la netteté.
48--page 69--_Le pauvre prince sentit l'approche de la frénésie..._
«Sequenti die, mente se alienari sentiens, jussit sibi cultellum amoveri
et avunculo suo duci Burgundiæ præcepit, ut sic omnes facerent curiales.
Tot angustiis pressus est illa die, quod sequenti luce, cum præfatum
ducem et aulicos accersisset, eis lachrimabiliter fassus est, quod
mortem avidius appetebat quam taliter cruciari, omnesque circumstantes
movens ad lachrimas, pluries fertur dixisse: Amore Jesu Christi, si sint
aliqui conscii hujus mali, oro ut me non torqueant amplius, sed cito
diem ultimum faciant me signare.» (Religieux de Saint-Denis, ms.
Baluze.)
49--page 69--_Un roi si débonnaire..._
Le Religieux donne une preuve remarquable de la douceur de Charles VI:
«Cum in itinere... adolescens... dextrarium... urgeret calcaribus, ut
eum ad superbiam excitaret, recalcitrando calce tibiam ejus graviter
vulneravit et inde cruor fluxit largissimus. Inde... circumstantes cum
in actorem delicti animadvertere conarentur, id rex manu et verbis
levibus, etc.» (_Ibid._, folio 736.)
50--page 69--_Il saluait tout le monde, les petits comme les grands..._
«Tanta affabilitate præminebat, ut etiam contemptibilibus personis ex
improviso et nominatim salutationis dependeret affatum, et ad se ingredi
volentibus vel occurrentibus passim mutuæ collocutionis aut offerret
ultro commercium aut postulantibus non negaret... Quamvis beneficiorum
et injuriarum valde recolens, non tamen naturaliter neque magnis de
causis sic ad iracundiam pronus fuit, ut alicui contumelias aut
improperia proferret. Carnis lubrico contra matrimonii honestatem
dicitur laborasse, ita tamen ut nemini scandalum fieret, nulli vis,
nulli enormis infligeretur injuria. Prædecessorum morem etiam non
observans, raro et cum displicentia habitu regali, epitogio scilicet et
talari tunica utebatur, sed indifferenter, ut decuriones cæteri,
holosericis indutus, et nunc Boemannum nunc Alemannum se fingens,
etiam... post unctionem susceptam hastiludia et joca militaria justo
sæpius exercebat.» (_Ibid._, folio 141.)
51--page 70--_On lui mettait dans son lit une petite fille..._
«Filia cujusdam mercatoris equorum... quæ quidem competenter fuit
remunerata, quia sibi fuerunt data duo maneria pulchra cum suis omnibus
pertinentiis, situata unum a Creteil, et aliud a Bagnolet, et ipsa
vulgariter vocabatur palam et publice _Parva Regina_, et secum diu
stetit, suscepitque ab eo unam filiam, quam ipse rex matrimonialiter
copulavit cuidam nuncupato Harpedenne, cui dedit dominium de Belleville
in Pictavia, filiaque vocabatur domicella de Belleville.»--Je ne
retrouve plus la source d'où j'ai tiré cette note. Elle est ou du
Religieux de Saint-Denis, ou du ms. Dupuy, _Discours et Mémoires
meslez_, coté 488.
52--page 72, note--_Les cartes étaient connues avant Charles VI, mais
peu en usage..._
On en trouve la première mention dans le _Renart contrefait_, dont
l'auteur anonyme nous apprend qu'il a commencé son poème en 1328 et l'a
fini en 1341. M. Peignot a donné une curieuse bibliographie de tous les
auteurs qui ont traité ce sujet. (Peignot, _Recherches sur les danses
des morts et sur les cartes à jouer_.)--Les uns font les cartes
d'origine allemande, les autres d'origine espagnole ou provençale. M.
Rémusat remarque que nos plus anciennes cartes à jouer ressemblent aux
cartes chinoises. (Abel Rémusat, _Mém. Acad._, 2e série, t. VII, p.
418.)
53--page 72--_Les cartes étaient peintes d'abord; mais cela étant trop
cher, on s'avisa de les imprimer..._
En 1430, Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, paya quinze cents pièces
d'or pour un jeu de cartes _peintes_.--En 1441, les cartiers de Venise
présentent requête pour se plaindre du tort que leur font les marchands
étrangers par les cartes qu'ils _impriment_. (_Ibid._, p. 218, 247.)
54--page 73--_Charles VI appelle ceux qui jouaient les Mystères de la
Passion «ses amés et chers confrères»._
_Ordonnances_, t. VIII, p. 555, déc. 1402.--Dans une lettre bien
antérieure, Charles VI assigne «quarante francs à certains chapelains et
clercs de la Sainte-Chapelle de nostre Palais à Paris, lesquels jouerent
devant nous le jour de Pasques nagaires passé les jeux de la
Résurrection Nostre Seigneur.» 5 avril 1390. (Bibliothèque royale, ms.,
Cabinet des titres.)
55--page 78--_Louis d'Orléans_, etc.
Voir le Religieux de Saint-Denis à l'année 1405, et le portrait qu'il
fait du duc d'Orléans, année 1407, ms. Baluze, folio 553.--Voy. aussi
les complaintes et autres pièces sur la mort de Louis d'Orléans. (Bibl.
royale, mss. Colbert 2403, Regius 9681-5.)
56--page 79--_Les vieilles barbes de l'Université se troublaient à ses
vives saillies..._
Voy. la réponse qu'il leur fit en 1405. Toutefois ordinairement il leur
parlait avec douceur: «Ipsum vidi elegantiorem respondendo... quam
fuerant proponendo... mitissime alloqui, et si uspiam errassent, leniter
admonere.» (Religieux de Saint-Denis, ms., 553, verso.)
57--page 80, note 1--_L'éducation d'un jeune chevalier par les
femmes..._
Les histoires de Saintré, de Fleuranges, de Jacques de Lalaing, ne sont
guère autre chose. L'homme y prend toujours le petit rôle; il trouve
doux d'y faire l'enfant. Tout au contraire de la _Nouvelle Héloïse_,
dans les romans du quinzième siècle, la femme enseigne, et non l'homme,
ce qui est bien plus gracieux. C'est ordinairement une jeune dame, mais
plus âgée que _lui_, une dame dans la seconde jeunesse, une grande dame
surtout, d'un rang élevé, inaccessible, qui se plaît à cultiver le petit
page, à l'élever peu à peu. Est-ce une mère, une soeur, un ange gardien?
Un peu tout cela. Toutefois, c'est une femme... Oui, mais une dame
placée si haut! Que de mérite il faudrait, que d'efforts, de soupirs
pendant de longues années!... Les leçons qu'elle lui donne ne sont pas
des leçons pour rire: rien n'est plus sérieux, quelquefois plus
pédantesque. La pédanterie même, l'austérité des conseils, la grandeur
des difficultés, font un contraste piquant et ajoutent un prix à
l'amour... Au but, tout s'évanouit; en cela, comme toujours, le but
n'est rien, la route est tout. Ce qui reste, c'est un chevalier
accompli, le mérite et la grâce même.--Voir l'_Histoire du Petit Jehan
de Saintré_, 3 vol. in-12, 1724; le _Panégyric du chevalier sans
reproche_ (La Trémouille), 1527, etc., etc. (Note de 1840).--Voir
_Renaissance_, notes de l'Introduction (1855).
58--page 81--_Christine de Pisan..._