--Vous aviez raison. Ce paladin-là ne me semble pas, comme vous
l'avanciez, posséder des millions, avança Fraimoulu après cette lecture.
--Et il en est de même pour le galant chevalier de madame Giraudon, mon
numéro 2. Écoutez ce billet d'amour, dit Camuflet.
Il avait déplié la deuxième lettre et se mit à lire:
«_Eh! la mère, est-ce qu'on oublie son Boniface dont la bourse est à
sec, oh! mais à sec, que ça en fait pitié à tous les camarades! Tâche
donc d'expédier au plus vite des monacos à ton chéri._»
--Mazette! fit Fraimoulu, en voici encore un qui ne nage pas dans l'or!
--Pas plus que l'amoureux de la noble Belge Buffard des Palombes dont
je vais vous lire l'épître, répliqua Camuflet qui ouvrit la troisième
lettre:
«_Il me faut deux billets de mille francs ou je sombre au port.
Prouve-moi ainsi cette affection sans bornes que tu prétends toujours
éprouver pour moi..._»
Comme Camuflet s'était arrêté, Fraimoulu demanda:
--C'est tout?
--Non, cela se termine par une phrase assez énigmatique, répondit
Camuflet qui se remit à lire:
«_J'ai deux grues couchées en joue. Laquelle? De l'une ou de l'autre, il
y aura toujours des picaillons à fricoter._»
Cela lu, Camuflet regarda Fraimoulu.
--Comprenez-vous? demanda-t-il.
--Non, fit Athanase.
Mais, la curiosité l'excitant:
--Comment avez-vous pu vous procurer ces trois lettres étranges?
reprit-il.
Camuflet se redressa tout fiérot et avec un sourire malin:
--En pratiquant un précepte bien connu.
--Lequel?
--_Diviser pour régner_.
Camuflet disait la vérité. Mais, pour connaître l'exploit qui l'avait
rendu maître de ces lettres et la circonstance qui lui avait valu ce
superbe coup de poing sur l'oeil, il faut remonter de trente-six heures
en arrière.
L'avant-veille, quand il avait quitté M. Grandvivier, après que celui-ci
lui eut fait entrevoir la possibilité d'être délivré de son esclavage
en mariant ses trois belles-mères, il était parti en se promettant
d'arriver à découvrir, en chair et en os, ce baron de Walhofer qu'il ne
connaissait encore que par le nom de la carte trouvée dans la poche du
tablier de haute dame Buffard des Palombes.
--Oui, se disait-il en marchant, le conseil du juge est bon. Le tout est
de donner le branle. Or, en favorisant l'union de l'illustre dame avec
le baron, je verrai mes numéros 1 et 2, en vrais moutons de Panurge,
courir au conjungo.
Il avait promis de revenir le lendemain chez le magistrat, qui
l'attendait encore à dîner, pour lui donner des nouvelles du baron. A
l'heure dite, il reparut, mais avec la mine du renard qui a manqué sa
poule.
--Rien de neuf sur le Walhofer, annonça-t-il, pendant que mes mégères
étaient allées aux provisions,--car chacune fait son marché séparément,
tant elle aurait peur de manger quelque chose acheté par l'autre,--j'ai
fureté dans tous les coins, et meubles de la chambre de madame des
Palombes avec l'espoir de dénicher un portrait, une lettre, ou l'indice
quelconque de la voie à suivre... Rien! rien!
Puis en riant:
--Si mauvais résultat que j'aie à vous annoncer, j'ai encore failli ne
pas pouvoir venir vous en faire part. Mes trois gaillardes, qui sont à
court d'argent, faisaient si bonne garde autour de moi pour m'empêcher
de m'évader avant d'avoir regarni leurs porte-monnaie, que je n'aurais
pu m'enfuir s'il ne s'était présenté un M. Fraimoulu se disant
propriétaire d'une maison où, paraît-il, vous avez loué, ce matin, un
appartement.
--C'est vrai. J'ai terminé avec M. Fraimoulu, après qu'il a été convenu
de certains travaux à exécuter, pour lesquels je vous ai désigné au
propriétaire.
--C'est aussi ce que m'a dit ce monsieur. Sa visite avait pour but
de s'entendre avec moi sur la prompte exécution de ces travaux qu'il
s'imaginait être fort pressés. A quoi j'ai répondu qu'il faisait erreur,
car votre intention était de n'emménager qu'après que vous seriez
parfaitement libre de l'instruction de l'affaire la Godaille... ce qui
demanderait peut-être un mois.
--Sur ce point, vous vous êtes trompé, mon cher Camuflet.
--C'est pourtant vous-même qui m'avez annoncé ce délai.
--Oui, mais depuis quarante-huit heures des faits se sont présentés
à moi, qui feront probablement que cette instruction, qui s'annonçait
devoir être si longue, se terminera par une ordonnance de non lieu.
--Alors l'assassin de mon associé Bazart serait donc autre que son neveu
le saltimbanque?
--Il n'y a pas d'assassin, pour cette raison qu'il n'y a pas
d'assassinat. J'ai acquis la conviction que je me trouvais devant un
suicide... Dans deux ou trois jours, je l'espère, la Godaille sera remis
en liberté.
--Mais l'affaire du cadavre de madame Bazart trouvé sous un plancher?
--Tout certifie que c'est Bazart lui-même qui a vengé son honneur de
mari outragé.
--Diable! il n'y allait pas de main morte à se débarrasser de ceux qui
le gênaient!!! S'il avait eu trois belles-mères, lui! Voyez-vous ça
d'ici?
Cette réflexion de Camuflet l'ayant ramené à ses moutons, il fit au juge
le récit de sa ruse, pour prendre sa volée, d'avoir travesti Fraimoulu
en commissaire de police venant l'arrêter comme complice de l'assassinat
de la femme Bazart.
Ensuite, revenant à la question présente:
--Avec tout ça, continua-t-il, je ne vois pas trop comment j'arriverai à
découvrir le baron de Walhofer, ce vieux soupirant de mon numéro trois.
L'intérêt mystérieux qu'avait M. Grandvivier à faire de Camuflet, à
l'insu de ce dernier, un espion qu'il mettrait aux trousses du baron,
lui fit jouer la comédie; il parut réfléchir, puis, en secouant la tête:
--Peut-être vous y prenez-vous mal, mon cher ami, dit-il. A votre place,
je chercherais à apprendre la vérité par les deux autres belles-mères.
Dans la vie commune que mènent ces dames, elles ne sont pas sans avoir
surpris leurs secrets mutuels.
--Possible! Mais, voyez-vous, pour ce qui est de m'en dire un mot,
jamais!... Sans qu'elles soient convenues de rien, il y a entre elles,
sur ce point, une alliance complète.
--Heu! heu! fit M. Grandvivier d'un ton de doute, il n'est si ferme
alliance qu'on ne puisse rompre quand on sait mettre en pratique certain
précepte.
--Quel précepte!
--Diviser pour régner.
--Non, non, mes gaillardes s'entendent trop bien, je le répète, sur cet
unique point: me fourrer dedans! dit Camuflet convaincu.
--Alors cherchez autour d'elles, conseilla le magistrat qui, en voyant
le veuf le regarder sans comprendre, s'empressa d'ajouter: Souvent une
alliance n'est pas toujours seulement défensive. Quelquefois elle est
neutre. C'est-à-dire qu'à côté de ceux qui se sont engagés à se défendre
mutuellement, il y a aussi cette sorte d'alliance qui consiste à
regarder faire, sans prendre parti pour personne... Cherchez parmi
ceux-là.
Camuflet devint rêveur.
Soudain il tressaillit en s'écriant:
--Si je couvrais d'or ma concierge. Elle doit en savoir long sur le
trio.
--La concierge prendrait votre or et n'ouvrirait la bouche que pour
vous berner au profit de l'ennemi... Non pas que je condamne votre idée
d'employer cette femme, car elle est bonne. Seulement vous la mettez mal
en pratique; il faut agir, mais sans que vous paraissiez en scène.
--Alors, comment...?
--Je vous l'ai dit: diviser pour régner.
--C'est-à-dire les mettre à couteaux tirés, sans paraître y être pour
rien.
--Parfaitement.
A la fin de la soirée, le magistrat dit à Camuflet sur le point de
partir:
--Vous savez du reste combien je m'intéresse à vous. N'oubliez pas de
me tenir au courant de vos découvertes. Je n'ai pas besoin de vous
recommander le secret sur les quelques conseils que je vous ai donnés.
--On m'arracherait plutôt le nez que de m'en tirer les vers, répondit
naïvement le veuf.
Il s'en allait lentement, l'esprit à la recherche d'un moyen d'utiliser
sa portière, quand, à cinquante mètres de la demeure du magistrat, un
homme sortit d'une rue latérale et se mit à suivre la rue de Turenne,
dans la même direction que Camuflet qui le précédait.
Cet homme était coiffé d'une casquette et vêtu d'une blouse; il marchait
en fumant sa pipe.
Au moment où il avait débouché de la rue latérale, le bec de gaz,
placé à l'angle, l'avait si bien éclairé que Camuflet avait pu voir son
visage.
--Je ne me trompe pas, se dit-il, c'est ce garçon que M. Grandvivier,
hier, à travers son rideau, regardait de façon si féroce alors qu'il
fumait à la fenêtre de son taudis ayant vue sur le jardin... et que le
juge, plus tard, m'a dit n'avoir pas vu.
Et, sans penser à mal, puisque c'était sa route à suivre, Camuflet
continua sa marche derrière le fumeur.
Camuflet n'avait pas l'imagination prompte. En conséquence, il fut
bientôt absorbé par le problème que M. Grandvivier lui avait donné à
résoudre: savoir: _diviser pour régner_, en faisant, avec adresse,
et sans paraître y avoir poussé en rien, sortir la concierge de son
alliance avec les belles-mères.
--Le juge a raison, pensait-il; si mes trois numéros, d'une manière
quelconque, font leurs frasques, elles doivent, à coup sûr, être
protégées par le silence de mes concierges... de la portière surtout,
une maîtresse curieuse qui sait bien vite votre compte de puces.
Ainsi pensif, Camuflet marchait donc tout machinalement à dix mètres
derrière l'homme à la pipe et aux longues moustaches blondes qu'il avait
fini par oublier complètement.
Il n'était pas loin de minuit. A cette heure, où, dans certains
quartiers de Paris, le mouvement et la vie veillent encore, la solitude
était profonde dans la rue de Turenne.
Le fumeur, dont la pensée n'était pas, comme celle du triple veuf,
travaillée par la solution d'un problème, ne tarda donc pas à entendre
le pas qui résonnait derrière lui. Tout en continuant sa marche, il
tourna la tête pour voir qui lui arrivait sur les talons. Si l'obscurité
de la rue et la distance lui défendaient de voir les traits de son
suiveur, elles lui permettaient de constater sa petite taille et de se
rassurer contre le danger d'une attaque nocturne.
A l'angle de la rue Charlot, il prit cette rue qui allait le conduire
sur le boulevard. C'était aussi le chemin de Camuflet qui, pareillement,
doubla l'angle et, comme celui qu'il précédait, tourna à gauche, en
arrivant au boulevard. Puis, l'un croyant, après ce crochet, avoir
laissé son suiveur continuer sa route en droite ligne, l'autre n'ayant
pas conscience qu'il eût emboîté le pas à celui qu'il avait oublié, ils
remontèrent le même trottoir.
Sur le boulevard Saint-Martin, le fumeur, à court de provision pour sa
pipe, fit un quart de conversion pour entrer dans un bureau de tabac et
comme, au lieu d'avancer, il resta sur place, fouillant ses poches au
préalable, soit pour en tirer sa blague, soit pour vérifier s'il était
en fonds, Camuflet, marchant toujours, franchit la distance et lui passa
devant le nez, prenant ainsi de l'avance.
A ce passage de Camuflet dans la traînée de lumière produite par le
bureau de tabac encore pleinement éclairé, le fumeur vit le triple veuf,
pas assez tôt pourtant, car celui-ci l'avait déjà assez dépassé pour
qu'il n'eût pu voir ses traits, mais suffisamment pour reconnaître à sa
petite taille celui qu'il ne voyait plus que de dos.
--L'avorton de tout à l'heure, se dit-il, mais sans y attacher la
moindre importance.
Après une courte station dans le bureau de tabac, le jeune homme aux
longues moustaches reprit sa route, tout occupé de tirer sur sa pipe
dont, au bureau, il avait imparfaitement allumé la nouvelle charge.
Cent mètres plus loin, la pipe était éteinte. L'homme tira de sa poche
une boîte d'allumettes. Comme le vent assez vif, qui lui soufflait dans
la figure, menaçait d'éteindre son allumette, il se retourna pour donner
à la flamme l'abri de son individu, ce qui le mit en face de l'espace
qu'il venait de parcourir.
--Oh! oh! fit-il subitement d'un ton composé de méfiance et de surprise,
est-ce que ce moucheron-là me filerait, par hasard?
Dame! il y avait motif à surprise. Le petit homme qui, après l'avoir
dépassé devant le bureau de tabac, aurait dû, maintenant, être bien
avant, se retrouvait encore derrière lui, à une trentaine de mètres,
d'autant plus visible qu'à cette heure avancée les passants n'étaient
plus assez nombreux sur le trottoir pour masquer la vue de sa petite
taille.
En ce bas monde, où il n'est pas de miracle, le fait était des plus
simples à expliquer. Pendant que le fumeur était dans le bureau de
tabac, Camuflet, au lieu de gagner du terrain, avait fait une
pause devant la boutique d'un marchand de vin pour voir l'heure à
l'oeil-de-boeuf placé au-dessus du comptoir, et comme sa montre était
arrêtée, il l'avait remontée et mise à l'heure. C'était alors que le
jeune homme, à sa sortie du bureau de tabac, avait à son tour dépassé le
petit homme sans le remarquer, occupé qu'il était à tirer sa pipe dont
le tabac humide se refusait à la combustion.
Étant expliqué ce qui avait causé la surprise du fumeur, il resterait
encore à chercher ce qui avait éveillé sa méfiance. Il est à croire
qu'il faisait partie de ceux que leur conscience tient toujours sur le
qui-vive, et qui, suivant le dicton, en se sentant morveux, sont sans
cesse prêts à se moucher. Bref, il devait être en situation de craindre
d'être épié, car il gronda encore:
--Oui, il doit me filer. La preuve en est que, me voyant arrêté, il ne
continue pas sa marche.
En effet, le veuf était resté sur place, mais non pour la cause que lui
prêtait le fumeur aux longues moustaches blondes. S'il n'avançait plus,
c'est qu'il venait d'être immobilisé par la joie d'avoir soudainement
trouvé le moyen de mettre ses belles-mères en hostilité avec sa
portière.
--Oui, oui, se répétait-il, de cette façon, je les amènerai tout
gentiment à se manger le nez... et la portière, en leur tournant
casaque, viendra me crier gare!...
Cependant le fumeur s'était remis en marche, mais en doublant le pas. A
ce train-là, si tout à l'heure il retrouvait encore le particulier sur
ses talons, c'est que, bien décidément, il le filait.
--Alors, tant pis pour toi, mon joli coco! se disait-il avec un vilain
rire.
Après dix minutes d'un petit pas de course, il se retourna encore.
Toujours à même distance et courant aussi, il aperçut Camuflet.
Pouvait-il se douter que, si le petit homme accélérait ainsi sa marche,
c'était que, maintenant qu'il tenait son idée, il lui tardait d'être
rentré au logis pour bien étudier son projet.
Les circonstances transformant donc Camuflet en espion, le fumeur serra
les poings et murmura entre ses dents:
--Si je te trouve encore sur mon dos au premier tournant, ton affaire
est bonne!
Et bientôt, au coin de la rue Richelieu, il quitta le boulevard.
--Allons! c'est bien à moi qu'il en veut, se dit-il, quand, au même
tournant, il vit apparaître Camuflet dont c'était le chemin pour gagner,
par la place Louvois, la rue Méhul qu'il habitait.
Le jeune homme tenta encore une épreuve. Il entra dans la sombre rue
Delayrac, déserte à cette heure avancée, car il était passé minuit. Une
minute après, le triple veuf arrivait dans la rue.
Et, sans prêter la moindre attention à celui qui le précédait,
absorbé, qu'il était dans ses combinaisons machiavéliques contre ses
belles-mères, il s'avançait dans l'obscurité en se disant:
--Oui, excellente idée qui me permettra de _diviser pour régn_...
Malheureusement, il n'acheva pas le mot. Il en fut empêché par un
terrible coup de poing qui venait de lui être asséné par un homme,
bondissant de l'encoignure sombre d'une porte. L'attaque avait été si
soudaine et, surtout, si vigoureuse, que le pauvre Camuflet n'eut pas le
temps de voir son agresseur. Sous la force du coup, il s'affaissa sur le
trottoir où il s'évanouit.
Après son ennemi terrassé, le jeune homme n'avait pas l'intention de
s'en tenir là, car, se penchant sur le corps, il avançait déjà ses deux
mains qui allaient serrer le cou de sa victime quand, tout à coup, il se
releva en murmurant avec surprise:
--Eh! mais, c'est le _pante_ aux écus!!! J'allais faire de la belle
besogne, moi!... J'ai failli crever la caisse de la vieille.
Sur ce, il prit sa course et se perdit dans les détours des rues
voisines en se disant:
--Après tout, un mauvais horion sur l'oeil, ce n'est pas la mort d'un
homme. Si je n'en avais jamais accommodé que comme cela, j'en connais
qui mangeraient encore de la soupe.
Ensuite, en souriant:
--Je ne m'étonne plus, à présent, s'il suivait le même chemin que moi...
Nous allions au même endroit.
Cependant Camuflet avait repris connaissance et s'était relevé. Tout
trébuchant et la main sur son oeil endolori, il regagnait son domicile
en se demandant:
--A qui dois-je ce coup de poing-là? On m'a laissé ma montre et mon
porte-monnaie; donc c'est une vengeance qui a dû se tromper d'individu.
Le brave garçon pouvait-il, en bonne conscience, accuser de l'aventure
le jeune homme moustachu auquel il ne pensait plus depuis la rue de
Turenne?
Pouvait-il aussi se douter, quand il tira la sonnette de sa porte
cochère, que ce même jeune homme, de l'autre côté de la rue, caché dans
l'ombre, guettait sa rentrée en se disant:
--Il en sera quitte pour un oeil au beurre noir!... Pourvu qu'à rentrer
si tard il n'empêche pas la vieille de venir.
De quelle vieille parlait-il? Elles étaient trois vieilles chez le veuf.
La portière avait guetté le retour de Camuflet pour lui faire algarade
au passage devant la loge. Elle lui mit son bougeoir sous le nez, ce qui
lui permit de voir en quel piteux état son locataire avait un oeil, et
elle grogna hargneusement:
--Il y a des gens qui se soucient peu de faire mourir le pauvre monde
par la privation de sommeil. Au lieu d'aller faire le coup de poing dans
les brasseries, ils devraient penser aux infortunés qui veillent à les
attendre.
--Toi, ma sorcière, demain tu me feras la risette! pensa le retardaire
qui fila sans répondre.
Au moment où Camuflet, étendu dans son lit, souffla sa bougie pour
s'endormir, un long coup de sifflet retentit dans la rue, au pied de la
maison.