VII

Quand le chef se trouva amarré dans la hune, les matelots assis

devant sur le guindeau, se mirent à causer avec une indifférence

apparente, de tout autre chose que de l'événement qui seul

aurait dû les occuper, comme ils font presque toujours

lorsqu'ils sont mécontens de quelque chose et disposés à se

mutiner pour ce qui ne les regarde pas.

(Page 124.)

Syllogisme du capitaine;--les vivres

coupés;--mutinerie;--punition;--l'équipage pris par la famine.

«Eh bien! voisin, me dit le capitaine Lanclume, en me voyant monter sur

le pont le lendemain matin à huit heures, eh bien; en voilà bien d'une

autre maintenant!

--Et qu'avez-vous donc, capitaine, lui demandai-je, sans penser encore

au coup de tête que m'avait annoncé, la veille, notre cuisinier

littérateur?

--Ce que j'ai! reprit-il; mais j'ai que notre chef ne veut plus

travailler, et qu'il vient de me donner sa démission... Concevez-vous

celle-là?

--Bah! c'est un fou qu'on peut ramener à la raison avec quelques

représentations décisives.

--Et, à ma place, que feriez-vous, mon ami?

--Ma foi! à votre place, je le ferais venir pour lui rappeler son

devoir, et l'engager à reprendre tranquillement sa besogne, en lui

parlant avec douceur et avec calme.

--C'est aussi ce que j'avais envie de faire, et je suis bien aise de me

rencontrer avec vous dans une circonstance où je suis disposé à me

montrer plutôt bon diable que juge inexorable. Vous allez voir comment

je vais m'y prendre, et ensuite vous me direz franchement si vous êtes

content de moi... Mousse, va-t'en m'appeler le chef, et dis-lui de venir

me parler.»

Le mousse alla chercher le cuisinier rebelle et le conduisit devant le

capitaine.

Celui-ci commença par donner d'abord ce qu'il appelait _un poil_, au

chef récalcitrant qui l'écouta avec un air d'indifférence assez peu fait

pour maintenir son supérieur dans les bornes de la modération qu'il

s'était prescrite; puis après n'avoir obtenu aucune réponse

satisfaisante de la part du coupable, il lui demanda: «Voulez-vous

travailler décidément, ou aimez-vous mieux ne rien faire à bord?

--Capitaine, reprit le jeune homme, j'aime mieux ne rien faire.

--Comme il vous plaira, mais écoutez bien le raisonnement que je vais

vous poser:

»Je vous ai embarqué à mon bord pour travailler, et moyennant cette

condition, je me suis engagé à vous nourrir et à vous payer. C'est donc

pour votre travail seul que je vous nourris et que je vous paie: or, dès

l'instant où vous croyez ne me devoir plus aucun service, je ne vous

dois plus ni rétribution ni vivres; car il serait aussi injuste que vous

me forçassiez à vous nourrir pour ne rien faire, qu'il serait injuste

que je vous contraignisse à travailler sans vous nourrir et sans vous

payer. Ainsi donc, du moment où vous ne voulez plus travailler, je cesse

de vous devoir des vivres, et en conséquence, dès aujourd'hui, vous

cesserez de recevoir votre nourriture à bord, jusqu'au jour où il vous

plaira de reprendre votre service de mauvais gargotier... Ce

raisonnement est logique, n'est-ce pas? Cette logique vous va-t-elle?

--Parfaitement, capitaine; je ne nie pas le syllogisme, et je vais

mourir logiquement de faim... O tyrannie maritime!

--Un moment, j'ai une autre chose à vous dire. Tous mes gens sont

embarqués ici à la condition qu'ils seront nourris et payés, qu'ils

travailleront et qu'ils ne feront jamais les insolens. Or, si tout en

vous laissant mourir de faim, vous jasez un peu trop haut, je vous

rappellerai, en vous frottant les oreilles un peu durement, qu'il ne

vous suffira pas d'être dans votre droit, en ne mangeant pas, mais qu'il

faut encore que vous restiez dans le mien, en respectant mon autorité...

Ce raisonnement vous va-t-il encore?...

--Aussi bien que l'autre, capitaine... Je jeûnerai et je ne parlerai

pas.

--C'est ce que vous aurez de mieux à faire; car il serait imprudent de

vous exposer à me rappeler que je ne vous dois plus rigoureusement le

logement, et qu'avec cette _poigne-là_ et l'eau qui passe le long du

bord, je puis économiser les frais du domicile que je vous accorde

encore par pitié... Allez! j'aime les gens qui ont de la résolution, et

je vous reconnais pour un bon _bigre_, si pendant quatre jours seulement

vous observez le régime que vous m'avez forcé à vous prescrire...

--Eh bien, voisin, me dit Lanclume après avoir expédié l'insurgé sur

l'avant avec sa logique diététique, êtes-vous satisfait de ma manière de

raisonner et de la modération de ma conduite?

--Oui, assez, mon capitaine; mais qui fera maintenant notre cuisine?

--Et par cent dieux! les deux grosses négresses de notre passagère qui,

hier, m'a paru s'apitoyer si sentimentalement sur la correction

gastronomique que j'ai été obligé d'infliger à ce jeûneur. Convenez que

je suis doué d'une fameuse prévoyance! Lui faire avaler toute une

marmite de soupe, la veille du jour où il lui prend fantaisie de rester

toute la traversée sans manger! Ce gaillard-là a au moins pour sept

jours de vivres dans l'estomac.»

La démission de notre chef fut bien loin d'avoir sur notre table

l'influence nuisible que je redoutais pour moi et les autres passagers.

Dès que la cuisine se trouva privée des services de M. Gustave, et que

toutes les mains purent en quelque sorte s'en mêler, notre ordinaire

devint meilleur qu'il ne l'avait été depuis le départ. Toutes les

provisions étaient excellentes, et la gaucherie du maladroit était

parvenue à nous gâter toutes celles qui avaient eu le malheur de passer

entre ses doigts. Les deux négresses de la comtesse s'employaient au

déjeûner et au dîner, avec un zèle que soutenaient sans doute les ordres

de leur maîtresse. Les matelots qui tous sont un peu fricoteurs et

galans, ne demandaient pas mieux que d'offrir leur aide à nos noires

_cordons-bleus_. Jamais nous n'avions mieux mangé enfin que depuis qu'il

avait pris fantaisie à notre cuisinier en chef de jeûner pour son propre

compte, après nous avoir fait faire abstinence si long-temps pour

s'exercer la main.

Mais cette continence absolue, que le capitaine avait cru faire observer

sévèrement au jeune entêté qu'il voulait réduire par la famine, ne tarda

pas à lui paraître tout-à-fait illusoire. Bien que le chef n'eût plus de

ration à la cambuse, il trouvait dans la commisération des matelots qui,

jusque-là, s'étaient le plus moqués de lui, un moyen d'échapper à la

rigueur du régime qu'il s'était fait imposer. La nuit surtout semblait

verser sur lui la manne céleste dont, pendant le jour, il se voyait

condamné à être privé; et plusieurs fois je m'étais aperçu que les deux

négresses, interprétant ou devinant sans doute les intentions de leur

maîtresse, avaient fait passer des vivres dans la place assiégée par le

capitaine. Cette circonstance ne put long-temps échapper à la

surveillance de Lanclume.

«Le cuisinier mange, s'écria-t-il un jour en s'adressant à son équipage,

et si je connaissais les insubordonnés qui osent manquer à la discipline

en lui faisant passer des munitions, ils auraient affaire à moi.»

Personne ne répondit. La comtesse, qui se trouvait sur le pont, rougit

en se pinçant les lèvres et en jetant un regard de dépit sur le

capitaine. Ce regard eut son effet. Il produisit une tempête.

«Mousse, dit Lanclume en appelant le petit bonhomme qui semblait déjà

avoir deviné l'impression qu'avait dû faire sur son maître le regard

dédaigneux de la comtesse, va me chercher en bas une bouteille vide et

mon fusil à deux coups!»

Le mousse saute dans la chambre, et, au bout d'une minute, revient sur

le pont avec la bouteille vide, le fusil à deux coups et une poire à

poudre. Il attend le nouvel ordre qui doit lui être donné.

«Prends un bout de fil carret, et va m'amarrer cette bouteille sur le

bout de la vergue de misaine au vent.»

Le mousse s'élance comme un écureuil sur les enfléchures de l'avant,

grimpe dans la hune, court le long de la vergue, et amarre la bouteille

à l'extrémité du boute-hors de bonnette basse de misaine.

Pendant ce temps, le capitaine a chargé son fusil à deux coups, en

laissant tomber une petite balle au fond de chacun des canons.

Nous nous demandons tous, avec une certaine anxiété, ce qu'il va faire,

et ce que nous allons voir.

La comtesse, à l'aspect d'une arme à feu, redoutant autant peut-être la

détonation du fusil que l'aspect de la figure que faisait en ce moment

le capitaine, était descendue se cacher dans sa chambre. Lanclume, en la

voyant disparaître, se mit à sourire de pitié, et d'un air qui semblait

dire: Encore une nouvelle bégueulerie!...

M. Gustave Létameur se promenait sur l'avant, en se mêlant, pour faire

la conversation, au groupe ambulant que formaient les matelots en allant

et venant du milieu du navire au mât de misaine, et du mât de misaine au

milieu du navire. Le drôle, même en ce moment, me paraissait haranguer

l'équipage avec assez d'insolence et de bravacherie.

Le capitaine, que je n'avais pas perdu un seul instant de vue depuis

l'arrivée de son artillerie et de sa munition de guerre sur le pont,

ajuste, tire la bouteille, en fait sauter le gouleau, et nous dit après

cette petite expérience: «La poudre est bonne, et le coup-d'oeil n'est

pas encore trop mauvais.»

Il restait un autre coup à tirer; c'était ce coup-là qui m'inquiétait.

Notre tireur en avait trouvé l'emploi...

Le fusil se couche de nouveau sur sa main gauche, le bout du canon se

dirige sur le groupe des matelots de l'avant, et dans cette position,

sans quitter l'oeil de dessus le point de mire, le chasseur s'écrie:

«Cuisinier, attention, c'est vous que je vise; si vous faites un pas

pour aller ailleurs qu'ici, je tire... Ici, à moi, coquin; ici, ou je te

casse aussi le gouleau!»

Tous les matelots, qui, une seconde auparavant, composaient l'auditoire

du jeune harangueur, s'éloignent à l'instant de lui pour échapper au

danger des éclaboussures du coup qui le menace. Le malheureux cuisinier,

redoutant, s'il fait un mouvement, le sort de la bouteille qu'il a vu

voler en éclats, tremble, grelotte de peur; c'est tout ce qu'il ose

faire, pendant que son ajusteur lui crie toujours: «Ici, ici, avance à

l'ordre, ou je ne réponds plus de ta carcasse...»

Vous avez entendu parler sans doute de la couleuvre qui, la gueule

béante, fixant ses yeux étincelans sur le crapaud qu'elle va dévorer,

voit, sans faire un seul mouvement, le reptile qu'elle convoite se

roidir, se contorsionner en cédant à la puissance magnétique qui

l'entraîne sous la dent mortelle de son ennemie. Eh bien, la couleuvre

c'était le fusil du capitaine, et le crapaud magnétisé l'infortuné

cuisinier... Il avançait par peur, s'arrêtait un instant après en

baissant la tête et en balbutiant, et puis faisait un demi-pas vers le

redoutable canon, s'arrêtait encore et recommençait ses contorsions...

enfin il n'est plus qu'à deux ou trois pas de son redoutable

magnétiseur.

«Mon Dieu, que voulez-vous donc faire de moi? capitaine, s'écrie-t-il

alors de ce ton piteux que donne la frayeur.

--Montez dans la grand' hune, lui répond Lanclume, dans un instant j'y

serai avec vous...»

Le patient grimpe sans se faire prier, et grimpe même cette fois avec

l'agilité d'un gabier. Il s'éloignait du terrible fusil qui venait de

lui faire faire si vite le si pénible trajet de l'avant à l'arrière du

navire.

Lanclume se disposait à tenir parole à Gustave; mais avant de le

rejoindre là-haut, comme il le lui avait promis, il avait jugé à propos

de se munir de deux ou de trois brasses d'une forte ligne de lock. Il

grimpe à son tour dans la hune; le condamné y était déjà rendu, tout

résigné à subir le sort qu'on lui préparait et qu'il ignorait encore. Le

capitaine, maître de son homme sur un théâtre qui lui était aussi

familier qu'il était nouveau pour le patient, s'empare du jeune mutin

qui se tient à peine sur ses jambes ébranlées par le roulis, et il vous

l'amarre dans les haubans du grand perroquet, le nez au vent et le dos

tourné du côté du mât de hune.

«Maintenant, dit le capitaine en descendant, ceux qui voudront lui

donner à manger et à boire, auront la complaisance de s'adresser

auparavant à moi ou à l'officier de quart.»

L'équipage, pendant toute cette scène, avait gardé l'attitude la plus

passive, ne riant pas, ne jasant pas, ayant l'air enfin de n'approuver

ni de blâmer ce qui venait de se passer sous ses yeux. Quand le chef se

trouva garrotté dans la hune, les matelots assis devant sur le guindeau,

se mirent à causer entre eux, avec une indifférence apparente, de tout

autre chose que de l'événement qui seul aurait dû les occuper, comme ils

font presque toujours lorsqu'ils sont mécontens de quelque chose, et

disposés à se mutiner pour ce qui ne les regarde pas.

Quelque peu habitué que je fusse encore à lire sur la physionomie de ces

hommes si nouveaux pour moi, je ne pus m'empêcher de voir dans leur

contenance et leurs manières, certain indice de mécontentement et de

taquinerie qui m'inquiéta un peu, avec la connaissance que je commençais

à avoir du caractère de notre capitaine. Tous les marins, qui jusque-là

s'étaient si impitoyablement moqués du maladroit et imprudent cuisinier,

se mirent à le plaindre et à prendre son parti contre la première

autorité du bord, du moment où ils virent la victime du capitaine, dans

ce même cuisinier qu'ils avaient sacrifié si long-temps et si souvent à

leurs grossières plaisanteries et à leurs mauvais traitemens; c'était

enfin par eux, par eux seuls qu'ils auraient voulu que le malheureux

souffrît; mais dès l'instant où le capitaine se mettait en tête de punir

l'individu dont il leur avait plu de se faire un jouet et un

souffre-douleur, ils croyaient probablement leur honneur engagé à

prendre la défense de l'opprimé et de leur bouffon. C'était un de leurs

droits exclusifs que le capitaine avait usurpé; c'était sur un de leurs

passe-temps enfin qu'il avait osé porter la main.

Lanclume, malgré le tact si sûr qu'il croyait toujours posséder, même

après son aventure avec Gustave, en fait de divination physiognomonique,

ne sut pas démêler sur la figure de ses gens, les mauvaises intentions

qu'ils se disposaient à faire éclater à la première occasion... Ce fut

le second du bâtiment qui fut obligé de lui révéler la résistance

inattendue qu'il avait rencontrée dans l'équipage, vers la fin du soir,

à propos d'une manoeuvre qu'il avait ordonnée.

«Capitaine, lui rapporta cet officier, je dois vous prévenir que

l'équipage montre la plus mauvaise volonté pour le travail du bord.

--Et comment savez-vous cela?

--Tout-à-l'heure, ayant commandé de brasser tribord devant, les gens de

quart m'ont répondu qu'ils n'obéiraient pas tant que cet animal-là, le

cuisinier, serait amarré dans la grand' hune.

--Et le maître, qu'a-t-il dit?

--Pas le mot: il est d'accord avec les cabaleurs.

--Ah oui! Eh bien, nous verrons un peu quel parti prendre... On pourrait

bien provisoirement faire sauter une ou deux cervelles pour mettre le

reste à la raison... Mais ce serait là un moyen un peu violent, et

aujourd'hui je ne me sens pas d'humeur à faire le crâne. Si c'étaient

cependant de vaillans matelots comme j'en ai connus, je ne dis pas... on

pourrait bien peut-être s'escrimer contre eux; mais en vérité les

canaillons que nous avons là, à commencer par leur failli-gars de maître

d'équipage, n'en valent pas la peine... Oh! non, plus je les regarde et

plus je cherche parmi eux, il n'y en a pas un, dans toute cette

_canaillasse_-là, qui vaille décidément le coup de fusil...

--Ce n'est pas l'embarras, capitaine, si vous le désiriez, vous, moi et

le lieutenant, à grands coups de trique, nous leur donnerions de la

bonne volonté que de reste... Et si je n'en ai pas déjà rossé deux ou

trois, quand ils m'ont refusé la manoeuvre, c'est que je craignais

d'interrompre la société d'arrière: vous étiez alors à causer avec les

passagers.

--Des coups de trique! non pas, il nous faut quelque chose de plus

risible, un châtiment plus grotesque pour des révoltés de cette

espèce... Attendez, ils mangent beaucoup, n'est-ce pas?

--Comme des ogres, et paresseux comme des filles de joie! une heure et

demie tous les jours à avaler leur soupe et une livre de biscuit.

--En ce cas: oui, c'est cela! Avertissez-les que dès aujourd'hui ils ne

mangeront plus.

--Ça suffit, capitaine.»

Le second se mit à crier aussitôt, en s'adressant à l'équipage:

«Vous venez d'entendre le capitaine: l'ordre porte que personne ne

mangera plus à bord, et qu'il faudra, par conséquent, se brosser le

ventre. La boisson est aussi comprise dans l'ordre que j'ai l'honneur de

vous donner.»

L'équipage reçut cet avis sans bouger, sans prononcer un seul mot. On

aurait pu penser, à son air de résignation, qu'il s'attendait depuis

long-temps à être mis à ce régime sévère que déjà, au surplus, il avait

vu imposer au cuisinier.

«Pour cette fois-ci, dit alors Lanclume, il n'y aura pas moyen de

frauder la marchandise et de me mettre dedans, en faisant passer des

vivres aux assiégés: je tiens la clef de la cambuse dans mes mains, et

s'ils veulent manger sans travailler, les gueux, il faudra qu'ils me

passent préalablement sur le corps, et je leur donnerai assez d'ouvrage

à faire pour y parvenir... Attendons tranquillement la fin de tout

ceci... Je ne suis pas fâché, au reste, pendant qu'il fait beau temps et

que le navire se manoeuvre et se gouverne tout seul, de savoir jusqu'où

peut aller leur résolution, et combien de temps des carognes d'hommes de

cette espèce pourront vivre sans manger... C'est une expérience que je

suis bien aise de faire sur ces lurons-là particulièrement... Mais ils

sont bien heureux de m'avoir pris dans un de mes bons momens... Sans

cela, il y aurait eu déjà plus d'une vilaine figure de cassée à bord, et

plus d'une laide grimace de faite... Vous, second, prenez la barre; le

lieutenant vous remplacera à la roue du gouvernail quand vous serez

fatigué, et moi je succéderai au lieutenant... Les deux officiers qui ne

seront pas de barre d'après ce nouveau règlement de service,

manoeuvreront le navire quand il faudra... Trois hommes d'équipage pour

un bâtiment de trois cents tonneaux, ce n'est pas beaucoup, j'espère:

c'est un homme pour cent tonneaux...»

Lanclume était, en effet, dans un de ses bons momens, comme il le

disait: il continuait à chantonner, à causer, à plaisanter avec nous,

comme à l'ordinaire, laissant bouder et jeûner son équipage, sans

paraître attacher la moindre importance à la mutinerie de tout ce

monde... La soirée était assez belle; la brise qui nous poussait, vent

arrière, était douce et régulière, et la nuit que nos trois officiers se

disposaient à passer sur le pont, s'annonçait enfin sous de favorables

auspices... C'est le dénouement de cette affaire que je redoutais le

plus; et il ne devait pas, selon toute apparence, se faire attendre

long-temps.

Le Banian, roman maritime (1/2) · 第 7 / 25 题