_Rue Saint-André-des-Arcs._ Elle aboutit d'un côté à la place du
Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la Vieille-Bouclerie;
de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, Mazarine, de Buci et des
Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres offrent une grande
variété, tant sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. On
l'appeloit dans le principe _rue de Laas_, et ce nom lui étoit commun
avec celle de la Huchette, dont elle fait la continuation, parce que
c'étoit celui du territoire sur lequel elles sont situées. Il étoit
encore planté de vignes lorsqu'en 1179, Hugues, abbé de
Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge d'y bâtir et de
payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut alors qu'on perça
les rues _Saint-Germain_, _du Serpent_, _des Petits-Champs_ et _des
Sachettes_, aujourd'hui nommées _Saint-André_, _Serpente_, _Mignon_ et
_du Cimetière-Saint-André_.
Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce
prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte
par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut
le nom de _Saint-Germain_, et on le donna également à la rue de Laas,
parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église
Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt
celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue
des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que
souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que
l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous
parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de _Saint-André_
jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit
jusqu'à la porte[639]. Ce dernier espace formoit alors une place vide,
et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de
Buci. On donna pour lors le nom de porte de _Buci_ à celle qu'on avoit
fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte
_Saint-Germain_ à celle de la rue des Cordeliers[640].
[Note 639: T. II, p. 565.]
[Note 640: On prétend aussi que la partie de cette rue,
depuis celle de la Vieille-Bouclerie jusqu'à la rue Mâcon,
fut appelée _de la Clef_, en mémoire de la trahison de
_Périnet Le Clerc_[640-A], qui, ayant dérobé les clefs de la
porte de Buci sous le chevet du lit de son père, introduisit
les Anglois dans la ville. (Sauval, t. I, p. 126) Cette
tradition paroît plus vraisemblable que celle qui faisoit
regarder une des bornes de la rue Saint-André-des-Arcs, dont
la partie supérieure représentoit une tête d'homme, comme la
statue de ce traître. Jaillot, qui la traite de bruit
populaire dénué de toute espèce de fondement, dit avoir lu
dans des notes manuscrites recueillies par D. Félibien, et
qui se conservoient à Saint-Germain-des-Prés, que cette
borne étoit un monument d'une amende honorable faite au
chapitre de Notre-Dame, en expiation d'insultes exercées à
l'égard d'un chanoine, lors d'une procession qui passoit en
cet endroit. «Si ce fait étoit vrai, dit ce critique, on en
eût vraisemblablement conservé le souvenir par une
inscription ou par quelque monument de sculpture mieux placé
et moins exposé à être détruit qu'une borne mise à l'angle
de deux rues très-fréquentées, et qui, par sa position,
pouvoit facilement être mutilée ou rompue.»]
[Note 640-A: _Voy._ t. II, prem. part., p. 991.]
Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle
elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps:
on lit dans différents titres, _Saint-Andri_, _Saint-Andrieu_,
_Saint-Andrieu-des-Ars_, _Saint-André-des-Arts et des Arcs_. Ces
derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de _Laas_.
_Rue du Cimetière-Saint-André._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint
Louis, on l'appeloit rue des _Sachettes_, _à cause de certaines femmes
dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André_; elles-mêmes
avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: _Pauperes
mulieres de saccis_, _saccitæ_. Cette congrégation, qui n'étoit pas
autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée
_des Deux-Portes_, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses
extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore
pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel
provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.
_Rue des Grands-Augustins._ Elle commence sur le quai des Augustins,
et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de
Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans
l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui
traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau
propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit _rue à l'Abbé-Saint-Denys_, et
successivement _rue du Collége-Saint-Denys_, _des Écoles_ et _des
Écoliers-Saint-Denys_. Elle prit ensuite le nom de _rue de la Barre_
du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la
galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le
collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva
long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette
rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la
nommoit rue des Augustins, quelquefois _rue de l'hôtel de Nemours_;
dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, _rue des
Écoles-Saint-Denys_, autrement dite _de la Barre_. Elle est aussi
énoncée _rue des Charités-Saint-Denys_ dans un acte de 1672[641].
[Note 641: Sur le terrain des Augustins on a percé une rue
nouvelle qui va de celle-ci à la rue Dauphine. On la nomme
rue du _Pont de Lodi_.]
_Rue du Battoir._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de
l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la _Platrière_. Un
terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523[642] la désigne sous le nom de
_Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la Vieille-Platrière_.
Plusieurs autres titres lui donnent la même dénomination; et du reste
tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme Jaillot l'a très-bien
prouvé.
[Note 642: Fol. 140 vº.]
_Rue de la Vieille-Bouclerie._ Elle commence au bout de la place du
Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de
Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236[643], sous le nom de
_vicus Boclearia_. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit
_l'abreuvoir Maçon_[644]. Elle y conduisoit effectivement: du reste,
ce qu'il en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué
est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces
minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il
existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est
prouvé par les vers de Guillot:
Assès tôt trouva Sacalie,
Et la petite Bouclerie,
Et la grand Bouclerie après,
Et Hérondale tout emprès.
[Note 643: Reg. de la Temp. de Notre-Dame.]
[Note 644: T. I, p. 118.]
La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la
_Petite-Bouclerie_ est celle dont il s'agit ici, et que la _grande_
est la rue _Mâcon_, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au
coin de la rue de l'Hirondelle.
On trouve la _petite Boucherie_ désignée encore sous le nom de la
_vieille Bouclerie_. Jaillot pense que ce n'est point une faute
d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie
de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite
depuis du _Pont-Saint-Michel_, laquelle n'existoit point encore. Quant
à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de
_Bouclerie_ vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle
n'est appuyée sur aucune preuve.
_Rue Bout-de-Brie._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de
l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes,
_Bourg-de-Brie_, _Bout-de-Brye_, _Bouttebrie_, _du Bourc-de-Brie_,
_Boudebrie_, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit
_Erembourg_ ou _Eremburge de Brie_, _vicus Eremburgis de Briâ et de
Bratâ_ en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la
Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de
_rue des Enlumineurs_, sans doute à cause de ceux qui s'y étoient
établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux
derniers noms[645].
[Note 645: Sauval, t. III, p. 625.]
_Rue des Trois-Chandeliers._ On nomme ainsi une des descentes de la
rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie.
Sauval[646], confondant cette rue avec une autre, qui lui est
parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point
portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue _Berthe_, et
rue et port _aux Bouticles_. Ce dernier nom lui venoit des boutiques
ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le
poisson. On l'appela ensuite _Bertret_ par corruption. Depuis ce
temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue
_Chandelière_[647]. Enfin elle prit le nom _des Trois-Chandeliers_, de
l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin[648].
[Note 646: T. I, p. 123.]
[Note 647: Hist. de Par., t. V, p. 187.]
[Note 648: Sauval, t. II, p. 125.]
_Rue du Chat-qui-Pêche._ Elle commence à la rue de la Huchette, et
aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en
1540, ruelle _des Étuves_; on la trouve aussi désignée sous le nom de
rue de Renard[649].
[Note 649: Entre cette rue et la précédente on voyoit
encore, à la fin du siècle dernier, une ruelle ou descente à
la rivière, fermée par une porte à son entrée dans la rue de
la Huchette; elle se nommoit rue des _Trois-Canettes_, et se
trouve sur le plan de Boisseau sous le nom _du Harpeur_.
Elle étoit peu connue, parce qu'elle ne servoit qu'à
l'écoulement des eaux et des immondices. En 1767 la maison
voisine de cette ruelle s'étant écroulée, on revint au
projet déjà conçu de construire un quai le long de la
rivière, entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. Il fut
ordonné en conséquence que la rue des Trois-Canettes seroit
supprimée, et celle des Trois-Chandeliers élargie jusqu'à
douze pieds dans toute sa longueur; ce qui fut exécuté.]
_Rue Christine._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des
Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de
l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom
qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France,
seconde fille de Henri IV.
_Rue du Cloître-Saint-Benoît._ Elle donne d'un bout dans la rue des
Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la
rue Saint-Jacques. (Voyez _rue des Mathurins_.)
_Rue de Cluni._ Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la
rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle
avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot
l'appelle rue à _l'abbé de Cluni_.
_Rue Contrescarpe._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de
Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le
long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal
de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue _de Basoche_.
_Rue des Cordeliers._ Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y
sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à
celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue
des _Cordèles_, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la
rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter[650]. En 1304, un acte la
présente sous celui de rue _Saint-Cosme et Saint Damian_. Elle
finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où
étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste.
[Note 650: Sauval dit qu'en 1255, époque de la fondation du
collége des Prémontrés, on la nommoit _rue aux Étuves_. Il
se trompe: cette dénomination étoit celle d'une rue qui ne
subsiste plus aujourd'hui, et qui passoit de la rue des
Cordeliers à la rue Mignon, dont elle faisoit la
continuation, entre le collége de Bourgogne et la maison des
Prémontrés. (JAILLOT.)]
_Rue des Cordiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et
de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot,
qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y
filer du chanvre. Guillot l'appelle rue _as Cordiers_. Il y a quelque
apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la
Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie.
_Rue Dauphine._ Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au
carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie,
Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et
voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain,
fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les
bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné
en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on
fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la
rue Contrescarpe, fut abattue en 1672.
_Rue de l'Éperon._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien
nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue _Gaugain_,
_vicus Galgani_. Elle le portoit en 1269[651], et l'a conservé
jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue
_Cauvain_. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye,
dans lesquels on lit _Gongan_, _Gongain_, _Gongaud_, _Gorigand_, etc.
Ce sont des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve
désignée rue _Chapron_, _de Chaperon et Chapon_; enfin, dans le
procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms
viennent de plusieurs enseignes.
[Note 651: Arch. de l'abb. S. Germ.]
_Rue du Foin._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue
Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais
dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue _O Fain_; _de la
Fennerie_ en 1332; _au Foin_ en 1383 et 1386[652]. Cependant, en 1383,
on la trouve aussi sous la dénomination de rue _aux Moines de Cernai_,
parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis
elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.
[Note 652: Sauval, t. I, p. 135.]
_Rue Gilles-Coeur._ Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et
aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du
quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de _Gilles-Queux_,
_Gui-le-Queux_, et, peut-être, par faute de copiste, _Gui-le-Preux_.
Jaillot observe que ce nom de _Gui-le-Queux_ a été aussi donné à la
rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient
de quelqu'un de ses plus notables habitans[653]. Un acte de 1397, cité
par Sauval, lui donne le nom de _Gui-le-Comte_. Ceux de
_Gilles-le-Coeur_ et de _Gist-le-Coeur_ sont évidemment des fautes de
copistes.
[Note 653: Ce nom de _Queux_ signifie, en vieux françois,
_cuisinier_; mais personne n'ignore que la charge de
_Grand-Queux_ étoit chez le roi une des premières de la
couronne. Les Châtillon se sont fait un honneur de la
posséder.]
_Rue de la Harpe._ Elle commence au bout de la rue de la
Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et
aboutit à la place Saint-Michel. Un titre de 1247 lui donne déjà ce
nom, _vicus Cithare_[654]. Dix ans après on la trouve sous celui _de
la Juiverie_; la rue _des Juifs_, _domus in Judearia ante domum
Cithare_, _vicus Judeorum_[655]; en 1262, _vetus Judearia_[656]. On
l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270
le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue _du Harpeur_;
toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque
sous le nom de _la Harpe_: _in vico de Citharâ_ en 1270, et _vicus
Harpe_ en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à
droite, au-dessus de la rue Mâcon.
[Note 654: Past. A, p. 793.]
[Note 655: Nécrol. de N. D. au 31 mars et 25 avril.]
[Note 656: Archiv. de S. Germ. des Prés.]
Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la Harpe
ou de la _Herpe_ depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des
Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la
nommoit tantôt rue _Saint-Côme_, tantôt rue aux _Hoirs d'Harecour_[657].
Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette dénomination, dit que la
distinction des deux parties de la rue de la Harpe subsistoit encore
dans le procès-verbal de 1636[658].
[Note 657: Lebeuf, t. II, p. 567.]
[Note 658: Hist. de Par., t. IV, p. 133.]
_Rue Hautefeuille._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne
nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette
rue doive son nom à un château _de Hautefeuille_, lequel appartenoit,
dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de
roman[659]. En supposant même, dit Jaillot, que le vieux château
mentionné par nos historiens[660], et dont on trouva des vestiges en
1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de
Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une
simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les
portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son
nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe
et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus
proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ
dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se
prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces
sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers.
Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle
pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin
pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des
premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend
aux religieux de jouer à la paume sous _la Haute-Feuillé_.
[Note 659: Huon de Bordeaux, dans son roman, l'appelle
_Amauri de Hautefeuille_, et dit qu'il étoit neveu de
Ganelon.]
[Note 660: Corroz., fol. 79, vº.--Belleforest, Ann. p.
889.--Du Breul, p. 500.--Hist. de Par., t. I, p. 261.]
Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue
de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue
Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit
_rue Saint-André_ et _du Chevet-Saint-André_. Au commencement du
quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le
nom de _la Barre_[661]: on suppose qu'elle le devoit à Jean de La
Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage[662].
[Note 661: Arch. de S. Germ. des Prés, A. 3, 4, 5.--Terrier
de 1523, fol. 138 et suiv.]
[Note 662: _Ibid._, fol. 237, vº.]
_Rue de l'Hirondelle._ Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Coeur,
de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de
diverses manières dans différents actes; en 1200, rue _d'Arrondale en
Laas_, et _d'Arondelle en Laas_ en 1222; en 1263, _d'Hirondale_; dans
Guillot, _d'Hérondale_; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est
probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.
_Rue de la Huchette._ Cette rue commence au carrefour que forment la
place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la
Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle
faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye
Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande
partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des
deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée
d'abord rue de _Laas_; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année
1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de _la
Huchette_, qui probablement venoit de quelque enseigne.
_Rue de Hurepoix._ Elle aboutissoit d'un côté au quai des
Augustins, et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la
distinguoit pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de
_Seine-allant-aux-Augustins_. En 1636 on l'appeloit rue du
_Quai-des-Augustins_. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle
porte aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où
venoient loger les marchands du Hurepoix[663].
[Note 663: Cette rue vient d'être abattue du côté de la
rivière pour la construction d'un nouveau quai.]
_Rue du Jardinet._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de
l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du
Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue
Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom _des Petits-Champs_; ce nom
fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de
_l'Escureul_ et des _Escureux_; enfin rue du _Jardinet_; peut-être,
dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme,
compris entre cette rue et celle du Battoir[664].
[Note 664: En face de cette rue est le cul-de-sac appelé de
la _cour de Rouen_, ainsi nommé parce que l'hôtel de
l'archevêque de Rouen y étoit situé.]
_Rue Mâcon._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et
de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la
Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le
devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé.
_Rue de l'Abreuvoir-Mâcon._ C'est une descente du carrefour des rues
Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la
rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux
des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue.
Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272[665].
[Note 665: On a démoli plusieurs maisons de cette rue pour
agrandir la place Saint-Michel.]
_Rue des Maçons._ Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et
aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du
_Palais-au-Terme_, autrement des _Maçons_. Le premier de ces noms
appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle
des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux qui s'y
sont établis. Piganiol l'appelle seul rue _aux Bains_ et _aux Étuves_.
Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un
bourgeois nommé _Le Masson_, lequel y demeuroit au commencement du
treizième siècle. On trouve, en 1254, _vicus Cementariorum_[666], et
dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, _vicus Lathomorum_.
Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en
a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne.
[Note 666: Cartul. Sorbon., fol. 55.]
_Rue des Mathurins._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue
Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien
qui y sont situés, le nom de rue du _Palais-du-Therme_, du
_Palais-des-Thermes_; en 1220, _vicus de Termis_, _de Terminis_.
Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue _des Bains_
ou _des Étuves_. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé en la
désignant sous celui de rue _Saint-Mathelin_, qui alors étoit
effectivement synonyme de _Mathurin_. C'est à la partie de la rue
Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous
parlons est encore nommée rue du _Palais-du-Therme_ et rue du _Palaix_
dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles qu'on
lui a donné sa dernière dénomination[667]. Vis-à-vis des Mathurins est
une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot croit le
reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année 1243, sous le
nom de _vicus Andriæ_ DE MACOLIS; elle est indiquée _rue
d'André-Machel_ dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond avec
l'ancien cloître sous le nom commun de rue _du Cloître-Saint-Benoît_.
[Note 667: Il y avoit autrefois près de l'église des
Mathurins un cul-de-sac qui la séparoit du palais des
Thermes, et qui portoit le nom de _Coterel_ ou _Cocerel_.]
_Rue Mignon._ Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du
Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue _des
Petits-Champs_. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre
avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au
collége du même nom dont nous avons déjà parlé.
_Rue de l'Observance._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des
Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut
percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la
principale porte des Cordeliers, dits de _l'Observance_, qui y étoient
situées.
_Rue du Paon._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de
l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle
le portoit dès 1246[668]. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de
rue de l'_Archevêque-de-Reims_[669], lequel ne convient qu'au
cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré[670].
[Note 668: Cart. de Sorbon., fol. 132.]
[Note 669: T. II, p. 77.]
[Note 670: Ce cul-de-sac n'existe plus, de même que l'hôtel,
lequel occupoit l'espace compris entre les rues de
Hautefeuille, du Jardinet, du Paon et du cul-de-sac même où
il étoit situé.]
_Rue de la Parcheminerie._ Elle traverse de la rue Saint-Jacques à
celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit
rue _des Écrivains_, _vicus Scriptorum_ en 1273[671]. Guillot
l'appelle rue _as Écrivains_. Comme le parchemin étoit la seule
matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et
l'on trouve en 1387 _vicus Pergamenorum_[672], et dans tous les titres
du siècle suivant, rue _des Parcheminiers_ et de la _Parcheminerie_.
[Note 671: Cart. Sorb. 1273-1279.]
[Note 672: Comp. des heures du chap. N. D.]
_Rue Pavée._ Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue
Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au
seizième on l'appeloit _rue Pavée-d'Andouilles_, dénomination dont
l'origine est entièrement inconnue.
_Rue Percée._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre
à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit
cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262,
1266 et 1277, sous le nom de _vicus Perforatus_. Dans plusieurs actes
du siècle suivant, elle est nommée rue _Percée_, dite _des
Deux-Portes_.
_Rue Pierre-Sarrasin._ Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille
à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au
treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de
1511[673] elle est appelée rue _Jean-Sarrasin_; mais elle ne tarda pas
à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent.
[Note 673: Sauval, t. III, p. 555.]
_Rue des Poirées._ Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un
retour d'équerre, sous le nom de rue _Neuve-des-Poirées_, elle vient
aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit
_Thomas_ et ensuite _Guillaume-d'Argenteuil_; c'est ainsi qu'elle est
indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne[674]. On trouve
ensuite _vicus ad Poretas_ en 1264, et _vicus Poretarum_ en 1271.
Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit
reçu populairement le nom de rue _aux Écoliers-de-Rhétel_, à cause du
collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la
trouve désignée sous celui de rue _Porée_, _des Porées_ et _des
Poirées_.
[Note 674: Fol. 13, 14, 28, 116, etc.]
_Rue des Poitevins._ Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la
rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en
1253, rue _Gui-le-Gueux_, ensuite _Gui-le-Queux_ dite _des Poitevins_,
enfin simplement _des Poitevins_ en 1288. Plusieurs auteurs tels que
Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment _Ginart-aux-Poitevins_
et _Gerard-aux-Poitevins_; deux titres de 1356 l'appellent
_Guiard-aux-Poitevins_[675].
[Note 675: Manusc. de S. Germ., C. 454. La partie de cette
rue qui aboutit à celle du Battoir étoit indiquée, au
commencement du quinzième siècle, sous le nom grossier et
ridicule de _rue du Pet_, en 1560 _rue du Petit-Pet_, et _du
Gros-Pet_ en 1636.]
_Place du Pont-Saint-Michel._ Elle est située à l'extrémité du quai
des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir
pour faire _vin et verjus_; et c'étoit sur cette place que se
faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été
transportés sur la place du Châtelet.
_Rue des Deux-Portes._ Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de
la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités.
Elle le portoit des 1450.
_Rue Poupée._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre
à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée
sous le nom de _Popée_[676]; en 1300 on l'appeloit _Poupée_, et
depuis, par altération ou par faute de copiste, _Poinpée_ et _Pompée_.
[Note 676: Arch. de S. Germ.]
_Rue Neuve-de-Richelieu._ Elle conduit de la rue de la Harpe à la
place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à
ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et
d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut
effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques
dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été
quelquefois désignée sous les noms de rue _des Thrésoriers_ et _de
Sorbonne_.
_Rue de Savoie._ Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la
rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette
dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des
Grands-Augustins.
_Rue Serpente._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de
l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle
formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue _de la
Serpente_ et _vicus Serpentis_. Guillot écrit, pour la rime, _de la
Serpent_.
_Rue Saint-Séverin._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la
Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit
son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait
pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue
_Colin-Pochet_, autrement dite _Saint-Séverin_[677].
[Note 677: Sauval, t. III, p. 644. Il y a dans cette rue un
cul-de-sac appelé _Sallembrière_; c'est une altération du
nom _Saille-en-bien_, _Saliens in bonum_, qu'il portoit
anciennement. Ce nom étoit celui d'un particulier qui y
avoit sa maison; on le trouve dans un acte du cartulaire de
Sorbonne daté de 1239, et dans plusieurs actes subséquents.
Ce cul-de-sac, qui étoit une rue à cette époque, aboutissoit
à une autre ruelle, laquelle ne subsiste plus, et qu'on
nommoit rue _des Jardins_. Celle-ci donnoit dans la rue
Saint-Jacques.]
_Rue des Prêtres-Saint-Séverin._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Saint-Séverin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On l'appeloit,
en 1244, _ruelle devant_ ou _près Saint-Séverin_. En 1260 et 1264, les
titres de Sorbonne la nomment _strictus vicus sancti Severini_; les
actes du temps, _ruelle_ et _ruellette Saint-Séverin_, _ruelle de
l'archiprêtre_. En 1489, on disoit _ruelle Saint-Séverin dite au
Prêtre_, et simplement _ruelle au Prêtre_ en 1508.
_Rue de Sorbonne._ Elle commence à la rue des Mathurins, et aboutit à
la place de Sorbonne. Le nom le plus connu que cette rue ait porté est
celui _des Portes_ _et des Deux-Portes_; on le lui donnoit encore en
1283, quoique, suivant le cartulaire de Sorbonne, on l'appelât, dès
1281, _vicus de Sorboniâ et de Sorbonio_. Guillot la nomme _rue as
Hoirs de Sabonnes_; Du Breul l'a confondue avec la rue _de
Coupegueule_.
_Place de Sorbonne._ Elle fut formée du retranchement d'une partie de
la rue des Poirées, qui, comme nous l'avons dit, se prolongeoit alors
jusqu'à la rue des Maçons.
_Rue de Touraine._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de
l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. C'est mal à propos
que sur les plans modernes elle est nommée rue _de Turenne_. On
l'ouvrit, vers la fin du dix-septième siècle, presque sur le même
alignement que la rue du Paon, et comme elle sembloit en faire la
continuation, on lui donna le nom de _Touraine_, à cause de l'hôtel de
_Tours_ situé dans cette dernière rue.
_Rue Zacharie._ Elle traverse de la rue Saint-Séverin à celle de la
Huchette. Ce nom est altéré; on disoit en 1219 rue _Saqualie_, _vicus
qui dicitur Sachalia_[678]; les cartulaires de Sorbonne et de
Saint-Germain lui donnent le même nom en 1262 et 1276. Ce nom étoit
celui d'une maison qui y étoit située. La négligence des copistes en a
altéré l'orthographe, et ils écrivirent successivement _sac-alie_,
_saccalie_, _sac-à-lie_, _sac-alis_, _saccalit_. Cette rue est nommée
_Zacharie_ dans le procès-verbal de 1636, et depuis a toujours
conservé cette dernière dénomination[679].
[Note 678: Past. A., fol. 690.--Nécrol. de N. D.]
[Note 679: «Il n'y a pas long-temps, dit Saint-Foix, qu'on
voyoit encore sur la porte de la maison qui fait le coin de
cette rue et de la rue Saint-Séverin une pierre de deux
pieds en carré, où l'on avoit gravé différentes figures; les
principales étoient celles d'un homme renversé de cheval, et
d'un autre à qui une dame mettoit sur la tête un _chapeau de
roses_. On lisoit au haut ces mots: _Au vaillant Clary_; et
en bas: _En dépit de l'envie_. C'est un monument que la
soeur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabeau de
Bavière, osa faire mettre sur sa maison, à la gloire de sire
de Clary, son parent, dans le temps que la cour, irritée du
combat de ce brave homme contre Courtenay, le poursuivoit,
et vouloit le faire périr sur l'échafaud.» Pierre Courtenay,
chevalier anglois et favori de son maître, étoit venu à
Paris uniquement pour défier à la lance et à l'épée Guy de
La Trémouille, porte-oriflamme; s'en retournant, après avoir
rompu avec lui quelques lances, il se vanta, dans une visite
qu'il fit à la comtesse de Saint-Pol, soeur du roi
d'Angleterre, qu'aucun François n'avoit osé _s'éprouver_
contre lui; le sir de Clary, qui étoit présent, s'indignant
de l'injure qu'il faisoit à sa nation, lui proposa le champ
clos pour le lendemain, et eut le bonheur de le mettre hors
de combat. Une intrigue de cour présenta sous un aspect
odieux cette action si glorieuse pour un vrai chevalier; on
lui fit un crime d'avoir osé _prendre une journée_ sans la
permission du roi; et pour ne pas expier sa victoire par une
mort ignominieuse, comme un traître à sa patrie, le brave
Clary fut forcé de prendre la fuite, et resta long-temps
dans l'exil.»]