QUAIS.

_Quai des Augustins._ Il aboutit d'un côté au Pont-Neuf, de l'autre à

la rue du Hurepoix. Jusqu'au règne de Philippe-le-Bel il n'y avoit

entre les Augustins et la rivière qu'un terrain en pente douce, planté

de saules, et qui servoit de promenade aux habitants du voisinage;

toutefois la moindre inondation rendoit le passage difficile, souvent

même impraticable, et ruinoit les maisons qu'on y avoit bâties. Ces

inconvénients devinrent si graves que ce prince donna ordre au prévôt

des marchands de détruire cette saussaie, et de faire construire un

quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de

Chartres. Cet ordre fut exécuté en 1313[680]; en 1389 on l'appeloit

rue _de Seine par où l'on va aux Augustins_, et depuis rue _du

Pont-Neuf_ (Saint-Michel) _qui va aux Augustins_; en 1444 rue _des

Augustins_. Ce quai, ainsi que la rue des Augustins, doit le nom qu'il

porte aux religieux qui s'y sont établis. Les marchés à la volaille et

au pain y avoient été établis par arrêt du conseil de 1676, et une

inscription placée au coin de la rue témoignoit qu'il avoit été

entièrement reconstruit en 1708[681].

[Note 680: Livre rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 107.]

[Note 681: Au-dessous du marbre sur lequel cette inscription

étoit gravée, on voyoit encore, avant la révolution, un

bas-relief gothique qui représentoit une amende honorable

que les sergents à verge avoient été contraints de faire, en

1440, à Justice, à l'Université et aux Augustins. Sous

prétexte de signifier un exploit, ils s'étoient permis de

tirer par force un de ces religieux du cloître de son

couvent et en avoient tué un autre qui vouloit s'opposer à

cette violence. «Par sentence du prévôt de Paris, dit Du

Breul, ils furent condamnés à faire trois amendes

honorables, l'une au Châtelet, l'autre au lieu du forfait et

occision, et la dernière à la place Maubert; ils devoient

les faire sans chaperon, nuds jambes et nud pieds, tenant

chacun à la main une torche ardente de quatre livres,

requérants à tous merci et pardon; puis ils furent condamnés

à faire faire une croix en pierre de taille près le lieu où

ladite occision fut faite, avec image représentant ladite

réparation: davantage leurs biens confisqués, préalablement

prise sur iceux la somme de 1000 livres parisis, et _en

après bannis à jamais du royaume_.» Cependant cette peine,

qu'on peut considérer comme légère, vu l'énormité du crime,

fut sans doute encore adoucie: car Jaillot prétend avoir vu

plusieurs significations faites par un de ces sergents

depuis 1440 jusqu'en 1449.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 167 / 241 题