HÔTELS.

_Hôtel des Abbés de Saint-Denis_ (rue des Grands-Augustins).

Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de

Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues

Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain

sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit

en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des

Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a

successivement appelée la maison _des Trois Charités Saint-Denis_,

l'hôtel _des Charités Saint-Denis_, enfin l'hôtel _Saint-Cyr_, nom

qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et

qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre

bâtiment.

_Hôtel de Savoie_ (rue de Savoie).

Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins.

Il fut vendu, en 1670, à divers particuliers par madame

Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie,

prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de

Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et

d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc.

_Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon_ (rue Pavée).

L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à

droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en

1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en

1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit

rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il

vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la

restitution du marquisat de Saluces.

Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue,

et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il

étoit situé[625].

[Note 625: Dans cette même rue étoit, à la fin du siècle

dernier, un bureau de messagerie pour la Normandie et la

Bretagne, que l'on nommoit _l'hôtel Saint-François_, parce

qu'on prétendoit que saint François-de-Sales y avoit

demeuré. Cette tradition ne paroît guère vraisemblable, et

n'étoit fondée sur aucune autorité. Des titres de l'abbaye

Saint-Germain prouvent au contraire que cette maison portoit

l'enseigne de _Saint-François_ dès 1640, et saint

François-de-Sales ne fut canonisé qu'en 1665.]

_Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule_ (quai des Augustins).

Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue

Gilles-Coeur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa

principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable,

et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques

de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les

évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des

requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y

demeurer, et engagea François Ier à en faire l'acquisition. Ce prince

en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et

d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du

dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M.

Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre

ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en

grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel

que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août 1648, pour éviter la

fureur de la populace lors des barricades.

Le nom d'_Hercule_ que portoit le second hôtel lui avoit été donné

parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur,

les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites

aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes,

qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan

du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre.

Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles

de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000

livres.

Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers,

seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné.

François Ier le donna ensuite au chancelier du Prat[626] et à ses

descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il

s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la seconde maison de

la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de

Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre.

L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea

en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il

vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans

cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier

dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit

s'y sont tenus.

[Note 626: On cite entre autres Antoine du Prat, son

petit-fils, seigneur de Nantouillet et prévôt de Paris. Le

duc d'Anjou, le roi de Navarre et le duc de Guise, sur qui

il s'étoit permis des propos indiscrets, lui mandèrent un

jour qu'ils iroient souper chez lui à cet hôtel d'Hercule;

et ils y allèrent, malgré tous les prétextes qu'il put

alléguer pour se dispenser de recevoir cet honneur. Après le

souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son

argent, sa vaisselle et ses meubles. «Le lendemain, dit

l'Étoile, le premier président fut trouver le roi (Charles

IX), et lui dit que Paris étoit ému pour le vol de la nuit

passée, et que l'on disoit que Sa Majesté y étoit en

personne, et l'avoit fait pour rire; à quoi le roi ayant

répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le premier

président répliqua: J'en ferai donc informer, Sire.--Non,

non, répondit le roi; ne vous en mettez pas en peine: dites

seulement à Nantouillet qu'il aura affaire à trop forte

partie, s'il en veut demander raison.»]

_Hôtel de Thouars_ (rue des Trois-Chandeliers).

Cet hôtel, nommé depuis la _maison des Carneaux_, faisoit le coin de la

rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, depuis

créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en ruines, et

l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de Saint-Germain-le-Vieux.

Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans la rue de la Huchette,

une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de

Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie,

chancelier de France.

_Hôtels divers_ (rue Saint-André-des-Arcs).

Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables.

Auprès de la rue Gilles-Coeur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui

des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des

Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit

la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de

Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci,

appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner

le nom de _Séjour d'Orléans_; on le voit successivement passer à Louis

d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au

comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en

1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à

Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en

1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne,

reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses

exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne

Sainte-Geneviève[627]. L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci

s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit

hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels

étoient établies des messageries.

[Note 627: _Voy._ prem. part. de ce vol., p. 602.]

_Hôtel de Besançon_ (rue Gilles-Coeur).

Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le

coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle.

_Hôtel des comtes de Mâcon_ (rue de Mâcon).

Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la

Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli.

_Hôtels divers_ (rue Hautefeuille).

On y remarquoit, 1º l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue

Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2º une maison au coin

de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3º une

troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur

laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et

la salamandre, devise ordinaire de François Ier.

_Maisons diverses_ (rues du Foin et Serpente).

Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux

des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la

Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit

appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp.

_Hôtel de Tours_ (rue du Paon).

Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour

enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la

rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur

hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve

aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce

quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du

Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des

finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce

prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire

donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la

révolution.

_Hôtel de l'archevêque de Rouen_ (cul-de-sac de la cour de Rouen).

Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit

reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui.

_Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée_ (rue des Cordeliers).

Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous

venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la

rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de

Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye

Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le _fief du

couvent_.

_Hôtel des comtes de Harcour_ (rue des Maçons).

À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du

côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie

d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à

la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du

receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine

appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la cour

de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières.

_Le Parloir aux Bourgeois_ (rue de la Harpe).

Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le

lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi

successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une

salle construite au-dessus de la porte de la ville située à

l'extrémité de cette rue.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 163 / 241 题