Au milieu du choeur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté
par _Girardon_[594]. Le corps du cardinal étoit déposé dans un
caveau pratiqué au-dessous de ce monument.
[Note 594: Le cardinal y est représenté couché sur son
tombeau, une main sur sa poitrine, l'autre étendue, les yeux
levés vers le ciel. La Religion le soutient; à ses pieds une
femme, que l'on croit être la figure allégorique de la
Science ou de l'Histoire, se penche sur le sarcophage avec
l'expression de la plus vive douleur. Derrière le groupe,
deux génies soutiennent l'écusson du ministre.
Ce mausolée, que l'on regarde comme le chef-d'oeuvre de
Girardon, a long-temps passé pour un ouvrage accompli; et ce
préjugé, dont le vulgaire est encore imbu, n'est pas même
entièrement effacé dans l'esprit de certains artistes et de
prétendus connoisseurs obstinément attachés aux vieilles
routines. Tous les historiens de Paris n'en ont parlé
qu'avec des transports d'admiration; et ce sera sans doute
un grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui ne le
connoissent que par sa haute renommée, lorsque nous leur
dirons que ce prétendu chef-d'oeuvre est loin même d'être un
bon ouvrage. On y trouve tous les défauts que nous avons
reprochés à l'école du siècle de Louis XIV, défauts qui ont
si rapidement amené la décadence entière de l'art sous Louis
XV. Partout un goût systématique et faux y prend la place de
l'imitation noble et vraie de la nature. Les draperies,
jetées avec affectation, et exécutées en quelque sorte de
_pratique_, ne présentent qu'un chiffonnage mesquin, lourd
et monotone. La tête du cardinal, quoique touchée avec
mollesse, n'est pas dépourvue d'expression, mais celle de la
Religion est froide et sans caractère. La statue de la femme
éplorée est beaucoup meilleure, et cette figure, qui offre
dans sa pose une imitation frappante de la jeune fille du
_testament d'Eudamidas_[594-A], pourroit même passer pour un
morceau recommandable, si l'on n'y retrouvoit encore ces
draperies lourdes et chiffonnées qui partout fatiguent et
rebutent l'oeil de l'amateur délicat. La mollesse de touche
que l'on peut généralement reprocher à l'auteur de ce
monument l'a servi assez heureusement dans l'exécution des
deux enfants. Cependant ces petites figures sont loin encore
d'avoir le degré de finesse et de vérité qu'exigeroit une
imitation parfaite de la nature, et que l'on retrouve si
éminemment dans les belles sculptures du siècle
précédent[594-B].]
[Note 594-A: Tableau célèbre du Poussin.]
[Note 594-B: Ce monument est bien conservé, et n'a d'autre
restauration que le nez de la figure du cardinal, mutilé
pendant les jours révolutionnaires.]
La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de
Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille
manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y
comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient
des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin
ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes
très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire
en cuivre, etc., etc.
Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès
les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers
et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en avoit même encore à
la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors
distingués par les noms d'_hôtes_ et d'_associés_, et on les recevoit
de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas
cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison
jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de
deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur
nom avoit été changé en celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la
maison de Sorbonne_, tandis que les _associés-boursiers_ portoient
celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la maison et société de
Sorbonne_. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les
membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse
de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant[595].
[Note 595: Les chaires de théologie fondées en Sorbonne, et
qui existoient dans les derniers temps, étoient au nombre de
sept:
La première, fondée en 1532 par Ulrich Gering, célèbre
imprimeur allemand, étoit connue sous le titre de _chaire de
lecteur_.
La deuxième et la troisième, fondées en 1596 par Henri IV,
avoient pour objet, l'une _la théologie contemplative_,
l'autre _la théologie positive_.
La quatrième, fondée en 1606 par M. de Pellejai, conseiller
au parlement, étoit destinée à _l'interprétation de
l'écriture sainte_.
La cinquième, pour _les cas de conscience_, étoit due à M.
de Rouan, principal du collége des Trésoriers, et avoit été
établie en 1612.
La sixième, qui traitoit des _controverses_, avoit été
fondée en 1616 par Louis XIII.
La septième, consacrée à _l'interprétation du texte hébreux
de l'écriture_, avoit pour fondateur le duc d'Orléans, qui
l'avoit créée en 1751.]
Les écoles extérieures étoient situées sur la place de Sorbonne.
C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des
prix de l'Université, en présence du parlement[596].
[Note 596: L'église de Sorbonne, entièrement dégradée dans
son intérieur, est restée long-temps déserte et abandonnée
pendant la révolution. Les bâtiments de la maison avoient
été destinés à loger des artistes. Sur l'état actuel de ce
monument _voy._ l'art. _Monuments nouveaux_, etc.]
COLLÉGES, ÉCOLES, etc.
_Collége d'Autun_ (rue Saint-André-des-Arcs).
Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de
Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour
laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége
_du cardinal Bertrand_. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention
de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments
contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis
l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son
entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et
c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu
divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un
principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient
étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur
nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités
d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés
en 1644 par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce
collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand
fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce
qui fut exécuté quelques années après[597].
[Note 597: Les bâtiments de ce collége sont aujourd'hui
entièrement détruits et remplacés par des maisons
particulières.]
_Collége de Boissi_ (rue du Cimetière-Saint-André).
La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur la
date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En
rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on
trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de
Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son testament
que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût distribué
aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa naissance,
si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas à propos
d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut une chose
plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un d'eux, neveu du
testateur, chanoine de Laon et de Saint-Germain-l'Auxerrois, offrit à
cet effet la maison qu'il occupoit rue Saint-André et des Deux-Portes,
et deux autres maisons contiguës. Cette fondation fut faite pour six
écoliers, dont le plus ancien devoit être appelé _maître_, et un
chapelain, avec cette clause que tous seroient pris dans la famille de
Geoffroi et d'Étienne; à leur défaut, parmi les pauvres du village de
Boissi-le-Sec; enfin s'il ne s'en trouvoit point dans ceux-ci qui
eussent la capacité suffisante, ces boursiers devoient être choisis sur
la paroisse Saint-André par les exécuteurs testamentaires, et après eux
par le chancelier de l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par
le même acte, Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces
boursiers soient pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses
ancêtres avoient été, _quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et
pauperes, sicut nos et prædecessores nostri fuimus_, ce qui détruit sans
réplique l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et
Étienne fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi
qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses
facultés le permettaient; mais ce voeu n'eut point son exécution, et
l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont
ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel
Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une chapelle sous
l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint Jérôme.
Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à
la fin du siècle dernier[598].
[Note 598: Les bâtiments en sont habités par des
particuliers.]
_Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont_ (rue Mignon).
Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois
dans l'église de Chartres[599], et maître des comptes à Paris. Il
l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il
seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue
de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit
amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier
achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent
assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter
des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil
rendu en 1353[600], huit ans après la mort du testateur, il fut
ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère,
achèteroit avant Noël des rentes suffisantes pour l'entretien de douze
écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une
autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce
même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette
chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits
d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon,
fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint
Leu[601].
[Note 599: L'évêché de Blois étoit un démembrement de celui
de Chartres; il fut érigé, par une bulle d'Innocent XII, le
1er juillet 1697. (Gall. christ., t. VIII, inst. col. 451.)]
[Note 600: Trésor des Chartres. Paris, liv. III, nº 22.]
[Note 601: Sauval, t. III, p. 217.]
Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce
prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit
amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait
construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles,
et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de
Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent
alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de
Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un
prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables
pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé
par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du pape
de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos
devoir y mettre[602], ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de
_Grandmont_, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à
laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant,
en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail[603].
[Note 602: L'affaire fut portée au parlement, et il fut
facile de prouver qu'il n'étoit pas question ici de
suppression, mais seulement de changement de boursiers
séculiers en réguliers.]
[Note 603: Les bâtiments en sont maintenant occupés par une
administration publique.]
_Collége de Vendôme_ (rue du Jardinet).
Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris
entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le
procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun
renseignement au sujet de sa fondation.
_Collége de Tours_ (rue Serpente).
Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville
dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à
l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte qui en fait
remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un
principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé
la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise
administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils
avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie
des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque
ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université[604].
[Note 604: C'est maintenant un hôtel garni.]
_Collége de Suède_ (même rue).
Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de
fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons
pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit.
_Collége de Notre-Dame de Bayeux_ (rue du Foin).
Ce collége, plus communément appelé collége de _Maître Gervais_, fut
fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et
de Paris, _physicien_, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les
libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons
situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, qui
étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma
son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de
vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot,
du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en
1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants
en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de
Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant
ce collége du titre de _fondation royale_.
L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de
Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue
Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur
n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente,
somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut
lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de l'Université[605].
[Note 605: Il est maintenant habité par des particuliers.]
_Collége de Bourgogne_ (rue des Cordeliers).
Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de
Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné
par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu,
et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un
collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la
province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200
livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au
duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les
Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel
qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de _Maison des écoliers de
madame Jeanne de Bourgogne_, _reine de France_. Cette fondation fut
approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de
Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége
une chapelle sous l'invocation de la Vierge.
Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en
philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être
choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second
chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne
pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6
novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le
principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de
l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et
administrateurs nés de ce collége; toutefois avec cette clause qu'on y
donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de
Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les
places de boursiers qui viendroient à vaquer.
Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges
qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université
avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans
la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se
trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses
bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un
arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au
nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en
dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette
acquisition fut faite le 9 mars 1769.
_Collége de Dainville_ (rue des Cordeliers).
Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras,
fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur
testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette
fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit
choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du
diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. Le fondateur les établit dans
une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec
celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui
représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs,
présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce
collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université[606].
[Note 606: C'est maintenant un hôtel garni.]
_École gratuite de dessin_ (même rue).
Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée
d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue Saint-André-des-Arcs,
fut ensuite transférée dans la rue des Cordeliers, à l'ancien
amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été ouverte en faveur de cent
cinquante jeunes gens que l'on y recevoit, quelle que fût leur
profession, et même sans aucune profession, pourvu qu'ils eussent
atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant que leurs
dispositions les y portoient, quelque branche de cet art, telles que
l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs, l'ornement, etc.;
et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix avec beaucoup de
solennité.
Le roi étoit le protecteur de cette école, dont le lieutenant de
police présidoit le bureau d'administration[607].
[Note 607: _V._ pl. 178. Ce monument n'a point changé de
destination.]
_Collége de Séez_ (rue de la Harpe).
Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur
testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour
huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre
devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La
nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et
l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon,
et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux
bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le
principal de ce collége.
En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par
contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la
condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée
jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois
bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il
paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez,
et par conséquent que la rente lui en appartenoit.
La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à
celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le
témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend
que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M.
Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de
100,000 livres[608].
[Note 608: Les bâtiments de ce collége sont habités par des
particuliers.]
_Collége de Bayeux_ (même rue).
Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors
évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour
des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit.
Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un
lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce
fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et
des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa
reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de
Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers,
dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché
d'Angers. L'acte est daté de l'année 1308, et contient le détail des
rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége[609].
Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en
1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze
anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier
article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été
exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université[610].
[Note 609: Il y avoit entre autres trois maisons sises
vis-à-vis, appelées _les Marmousets_, qui ont été acquises
depuis et enclavées dans le collége de Harcour.]
[Note 610: C'est maintenant une maison habitée par des
particuliers.]
_Collége de Justice_ (même rue).
Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux,
chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire
cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à
l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et
les dépendances du collége de Bayeux[611]; mais sa mort, arrivée en
1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs
testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent
dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur
cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et
principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui
se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége
avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en
philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain
et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de
Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent
fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes
furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux
frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni
à l'Université.
[Note 611: Du Breul, p. 711.--Hist. de l'abb. S. Germ., p.
157.--Hist. de Par., t. I, p. 610.]
_Collége de Narbonne_ (même rue).
Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque
de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là
qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à
l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de
Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville
archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira
participer à cette bonne oeuvre, et y fonda peu de temps après une
bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint
d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas
du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit
d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le
nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de
l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la
bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il
devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à
ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance[612], il y fonda
dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de
Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y
admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle
de théologie[613]; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en
médecine, et en droit civil et canon[614]. Ceux-ci en furent exclus en
1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine,
archevêque de Narbonne[615]. Ce prélat fixa le nombre des boursiers à
seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit
aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour
leur entretien.
[Note 612: Lemaire, t. II, p. 554.]
[Note 613: Hist. de Paris, t. V, p. 673.]
[Note 614: _Ibid._, p. 662.]
[Note 615: _Ibid._, p. 775.]
La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de
ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y
restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il
a été réuni à l'Université[616].
[Note 616: C'est aussi une maison habitée par des
particuliers.]
_Collége de Harcour_ (même rue).
Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non
interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de
Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de
la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités
ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et
de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province
le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit
à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme,
dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers.
Son intention étoit de les faire abattre pour élever un collége sur
leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût
accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de
Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui
étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois
maisons, situées vis-à-vis les premières[617], et qu'il fit rebâtir à
neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour
l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit
théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V
accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et
d'y faire célébrer l'office divin[618]. Les artiens occupoient alors
les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens
avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère
Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la
rue un passage de communication d'une maison à l'autre.
[Note 617: On les appeloit l'_hôtel_ ou _les maisons
d'Avranches_.]
[Note 618: Hist. Univ. Paris, t. IV, p. 162.]
Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de
plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers
particuliers[619]. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, que de nouveaux
réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste
rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant
l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des
professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient
fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition
des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de
l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte
d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit
Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de
la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des
murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et
édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis.
Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on
loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par
des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on
éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus
mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.
[Note 619: Un cuisinier de ce collége, nommé Guion Gervais,
voulut être compté au nombre de ses bienfaiteurs, et donna
en 1679 une somme de 1,000 liv. pour fonder une bourse de
grammairien.]
Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à la fin avec une
grande et juste réputation[620].
[Note 620: Jaillot, quart. S.-André-des-Arcs, p. 122. Depuis
la révolution, ce collége a été occupé quelque temps par
l'École de droit.]
_Collége du Trésorier_ (rue Neuve de Richelieu).
Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône,
trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation
est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par
erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que
ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six
petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de
vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze
dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les
archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y
restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il
fut réuni en 1763 au collége de l'Université[621].
[Note 621: C'est aujourd'hui une maison garnie.]
_Collége de Cluni_ (place de Sorbonne).
Ce collége fut fondé en faveur des religieux de cet ordre qui
viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de
maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à
la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur
l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année
1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les
annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége;
il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et
l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de
Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son
successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé[622].
Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la
dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts
pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les
derniers temps[623].
[Note 622: Hist. S. Mart., p. 216.--Du Breul, p. 650.--Hist.
Univ., t. III, p. 395.--Hist. de Par., t. I, p. 417.]
[Note 623: Ce collége est maintenant habité par des
particuliers; sa chapelle sert d'atelier à un peintre. Il
reste encore quelques portions de son cloître, dont les
arcades offrent des formes gothiques très-élégantes. _Voy._
pl. 178.]
_Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit_ (rue des Poirées).
Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le
cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par
les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de
jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en
équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce
retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la
maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun
historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants,
et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité,
si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques
de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége[624], dans
lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de
Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle,
_de toute ancienneté_, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52
livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et
permission de Barbe d'or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit
Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres
écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des
deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits
clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite
devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque
nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce
même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris
données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles
VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200
livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de
prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de
cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur
avoit donnée en 1301.
[Note 624: Manusc. des S. Germ., C. 454, fol. 484.]
Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une
maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des
Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége,
auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les
derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du
chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus
de lieu affecté pour leur demeure.
_Hôpital Mignon._
Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y
recevoir vingt-cinq _bonnes femmes_, et portoit son nom, ainsi que le
collége dont il étoit fondateur.