Cette association fut formée, en 1645, par les soins du baron de
Renti. Ce vertueux gentilhomme, animé de la charité la plus ardente et
d'un zèle infatigable pour les progrès de la religion, avoit déjà
procuré des instructions chrétiennes aux pauvres passants qu'on
retiroit à l'hôpital Saint-Gervais; il voulut associer au même
bienfait les artisans que l'ignorance et les mauvaises moeurs qui en
sont la suite entraînoient à profaner le dimanche et les fêtes par
leurs débauches, et à mener en tout une vie grossière et scandaleuse.
Pour arriver à un but aussi louable, il ne dédaigna point de
s'associer un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri-Michel
Buch. La probité intacte de cet homme, son exactitude à remplir ses
devoirs, sa douceur et son humanité l'avoient fait nommer le _bon
Henri_. Encouragé par son vertueux protecteur, il parvint à rassembler
quelques personnes de son état qui parurent disposées à suivre ses
exemples. M. de Renti, conjointement avec M. Coquerel, docteur de
Sorbonne, leur donna des réglements, et la petite communauté commença
ses exercices. Les tailleurs se joignirent à eux peu de temps après;
mais depuis ces deux communautés se séparèrent, et continuèrent
chacune de leur côté, à observer ces statuts qu'elles avoient adoptés,
ce qui s'est pratiqué exactement jusque dans les derniers temps. Ces
frères travailloient et mangeoient en commun, récitoient certaines
prières à des heures réglées, ne chantoient que des psaumes ou des
cantiques, et donnoient aux pauvres tout le superflu de leurs
profits[516].
[Note 516: Cette communauté a existé jusqu'au moment de la
révolution.]