Dans ce monastère avoient été inhumés:
Dans la petite cour, devant la porte intérieure du couvent, Raoul
de Brienne, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, lequel
eut la tête tranchée dans l'hôtel de Nesle, l'an 1351.
Dans l'église, Gilles de Rome, général des Augustins, mort en
1316.
Isabeau de Bourgogne, femme de Pierre de Chambely, seigneur de
Neauphle, morte en 1323.
Jeanne de Valois, femme de Robert d'Artois, morte en 1363.
Jean Sapin, l'un des conseillers du parlement qui furent pendus à
Orléans par les calvinistes en 1562.
Remy Belleau, poëte françois, mort en 1577[504].
[Note 504: L'épitaphe de ce poëte se conserve au Musée des
Petits-Augustins.]
Gui du Faur, sieur de Pibrac, célèbre par ses quatrains, mort en
1584.
Près de la sacristie, sous une table de marbre, les entrailles de
François de Rohan, archevêque de Lyon, et de Diane de Rohan, sa
nièce, femme de François de La Tour-Landry, comte de Châteauroux,
morte en 1585.
Près du grand autel, Jacques de Sainte-Beuve, fameux théologien,
mort en 1677.
Dans la nef, en face de la chapelle de la Vierge, Jacques de La
Fontaine, seigneur de Malgenestre, mort en 1652. Sa statue étoit
adossée à un pilier[505].
[Note 505: Ce monument a été détruit.]
Près de la chaire du prédicateur, Eustache du Caurroy, musicien
célèbre du temps de Charles IX, Henri III et Henri IV, mort en
1609.
Dans la chapelle de Saint-Nicolas-de-Tolentin, Pierre Dussayez,
baron de Poyer, mort en 1548.
Dans une petite chapelle, derrière celle du Saint-Esprit, le
célèbre historien Philippe de La Clite de Comines, mort en
1509.--Hélène de Chambes, son épouse, et Jeanne de La Clite de
Comines, leur fille, épouse de René de Brosse, comte de
Penthièvre, morte en 1564[506].
[Note 506: Philippe de Comines et sa femme sont représentés
sur ce monument à mi-corps, ce qui les fait supposer à
genoux sur deux prie-dieu enfoncés dans le tombeau. Ces
figures, en pierre de liais, et d'un gothique très-grossier,
sont remarquables par les couleurs et la dorure dont elles
sont couvertes. Il paroît que c'étoit l'usage d'enluminer
ainsi les statues dans le quinzième siècle, et les tombeaux
de Paris en offrent d'autres exemples. Suivant la mode du
temps, Philippe de Comines porte ses armoiries brodées sur
son habit.
La figure de Jeanne de Comines est en albâtre, et couchée,
les mains jointes, sur son tombeau. On remarque déjà un
progrès sensible dans l'exécution de cette figure.
Quoiqu'elle ait encore beaucoup de la roideur gothique,
cependant plusieurs parties de la draperie sont d'une
imitation vraie et d'un assez bon style. La tête présente
avec beaucoup de naturel le portrait d'une personne morte.
On voit enfin, dans toute cette sculpture, la simplicité
naïve qui précède toujours les beaux temps de l'art, et
semble les préparer. (Déposé aux Petits-Augustins, avec une
partie des arabesques qui décoroient cette chapelle.)]
Dans la chapelle de Charlet, Pierre de Quiqueran, évêque de
Senèz, mort en 1550. On voyoit sa statue à genoux sur son
tombeau[507].
[Note 507: Ce monument n'existe plus.]
Dans la chapelle suivante, Honoré Barentin, conseiller d'état,
mort en 1639, et Anne Duhamel, sa femme, morte dans la même
année. Leurs bustes étoient placés sur une tombe de marbre
noir[508]; plusieurs autres personnes de leur famille avoient été
inhumées dans la même chapelle.
[Note 508: Ces deux bustes, d'une sculpture médiocre, sont
déposés aux Petits-Augustins.]
Dans la chapelle Saint-Charles, Charles Brulart de Léon,
ambassadeur de France dans plusieurs cours de l'Europe, mort en
1649. Son buste, en marbre blanc, étoit placé sur un piédestal de
marbre noir[509].
[Note 509: Ce buste est d'un travail sec et dur. (Déposé aux
Petits-Augustins.)]
Dans la chapelle suivante, Jérôme Tuillier, procureur-général de
la chambre des comptes, mort en 1633; et Élisabeth Dreux, son
épouse, morte en 1619. Leur tombeau, en pierre, étoit surmonté
d'un ange en marbre blanc, tenant dans ses mains une tête de
mort[510].
[Note 510: Le monument de ces deux personnages a été
détruit.]
Dans la chapelle Saint-Augustin, sur une grande table de marbre
blanc étoit gravée l'épitaphe du célèbre généalogiste Bernard
Chérin, mort en 1785. Son portrait, en bronze et en médaillon,
étoit placé au-dessus[511].
[Note 511: On voit ce petit monument encastré dans un des
murs du cloître des Petits-Augustins. Il est, sous tous les
rapports, de la plus détestable exécution.]
Dans un coin de cette chapelle, deux statues, en marbre blanc,
agenouillées, offraient les images de Nicolas de Grimonville,
baron de l'Archant, capitaine des gardes de Henri III et Henri
IV, mort en 1592, et de Diane de Vivonne, sa femme[512].
[Note 512: Ces deux statues, d'une sculpture très-médiocre,
sont déposées dans les magasins du même Musée. (Presque tous
les personnages que nous venons de mentionner avoient des
épitaphes que l'on trouve rapportées très en détail dans
Piganiol.)]
La bibliothèque, placée dans une très-belle salle, étoit composée
d'environ vingt-cinq mille volumes. Elle possédoit quelques manuscrits
curieux, et l'on y voyoit deux beaux globes de _Coronelli_.
Les religieux de ce monastère, objets particuliers de la protection de
nos souverains, en avoient obtenu les distinctions les plus
honorables: ils avoient été qualifiés _chapelains du roi_, et en
exerçoient les fonctions, certains jours de l'année, à la
Sainte-Chapelle; ils jouissoient en outre de plusieurs autres
priviléges très-avantageux. Ce fut dans leur église que Henri III
institua l'ordre du Saint-Esprit, le 1er janvier 1579; et depuis elle
fut désignée pour toutes les cérémonies de cet ordre[513]. Ce prince y
reçut celui de la Jarretière en 1585, et y établit sa fameuse
confrérie des Pénitents. Elle avoit été choisie par le parlement pour
la procession générale qui se faisoit tous les ans en mémoire de la
réduction de Paris sous Henri IV. Le clergé de France tenoit ses
assemblées dans le couvent; et dans diverses occasions le parlement,
la chambre des comptes, le châtelet et des commissaires du conseil y
ont aussi tenu des séances; etc. Enfin cinq salles, que les curieux ne
manquoient pas de visiter, étoient destinées aux chevaliers du
Saint-Esprit, et décorées de leurs portraits. Leurs archives y étoient
déposées.
[Note 513: Dans les salles où s'assembloient les chevaliers,
on voyoit les portraits de tous ceux qui y avoient été reçus
depuis l'origine de l'institution.]
Cette maison servoit de collége aux religieux des quatre provinces de
l'ordre[514]. Elle a fourni, dans tous les temps, des sujets
recommandables par leurs vertus, des théologiens éclairés, d'habiles
prédicateurs, et des écrivains distingués[515].
[Note 514: Le premier chant du Lutrin offre le vers suivant,
dans le discours de la Discorde:
«J'aurai fait soutenir un siége aux Augustins!»
Ce qu'il est impossible d'entendre si l'on ne connoît
l'anecdote suivante, publiée par M. Brossette.
«Les Augustins de ce couvent nommoient, tous les deux ans,
en chapitre, trois de leurs religieux bacheliers, pour faire
leur licence en Sorbonne, où ils avoient trois places
fondées à cet effet. En 1658, le P. Célestin Villiers,
prieur de ce couvent, voulant favoriser quelques bacheliers,
en fit nommer neuf pour les licences suivantes. Ceux qui
s'en virent exclus par cette élection prématurée se
pourvurent au parlement, qui ordonna que l'on feroit une
autre nomination en présence de quelques-uns de ses membres
qu'il désigna: les religieux refusèrent d'obéir; et la cour
se vit obligée d'employer la force pour faire exécuter son
arrêt. Tous les archers furent mandés; on investit leur
maison, et l'on essaya d'en enfoncer les portes; mais ce fut
inutilement, parce que ces pères, prévoyant ce qui alloit
arriver, les avoient fait murer. Les archers se virent donc
forcés de tenter d'autres moyens, et tandis que les uns
montoient sur les toits des maisons voisines pour tâcher de
pénétrer dans le couvent, d'autres travailloient à faire une
ouverture dans les murailles du jardin, du côté de la rue
Christine. Alors les Augustins, qui avoient fait provision
d'armes de toute espèce, sonnèrent le tocsin, se mirent en
défense, et commencèrent à tirer d'en bas sur les
assiégeants. Ceux-ci tirèrent à leur tour sur les moines,
dont deux furent tués et plusieurs blessés. Cependant la
brèche étant devenue praticable, ces pères, dans un danger
aussi imminent, osèrent y apporter le saint Sacrement,
espérant que l'aspect de cet objet vénérable glaceroit tout
à coup le courage des assiégeants; mais voyant qu'on n'en
continuoit pas moins de tirer sur eux, ils demandèrent à
capituler; et l'on donna des otages de part et d'autre. Le
premier article de la capitulation portoit qu'ils auroient
la vie sauve, à condition qu'ils abandonneroient la brèche,
et ouvriroient leurs portes. Les commissaires du parlement
étant entrés dans le monastère, firent sur-le-champ arrêter
et conduire à la Conciergerie onze religieux. Mais
vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin, ennemi du
parlement, les fit mettre en liberté, et reconduire à leur
couvent dans les carrosses du roi. Leurs confrères allèrent
les recevoir en procession, des palmes à la main, chantant
le _Te Deum_ et sonnant toutes les cloches.]
[Note 515: L'église et le couvent des Grands-Augustins ont
été entièrement démolis. Sur l'espace qu'ils occupoient on a
élevé une halle pour la vente du gibier et de la volaille.]