Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce
prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées[345]. Voici les faits tels
qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet
ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu
obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, veuve du sieur
Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye
d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de
cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle
proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de
se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en
conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de
rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite
communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette
donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces
religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée
rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la soeur
Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt
entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année
suivante, et permit à la soeur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle
se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une
compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant
bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle
lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la
confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des
lettres patentes de 1656.
[Note 345: T. I, p. 661.]
Cette communauté s'étant assez rapidement augmentée, et les lieux
qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une
maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où
elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M.
Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant
une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la
communauté une fille pour être religieuse de choeur, laquelle ne
paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa
vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de
leurs descendants[346].
[Note 346: Les bâtiments de cette communauté sont occupés
par une pension.]
LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE
SAINT-MICHEL.
À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de
cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire,
dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà
éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de
nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces
malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le
libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la
charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources
indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il
jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de
leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de
discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.
Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P.
Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre
complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger
par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette oeuvre
de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes
par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté
de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin,
et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles
pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes
choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce
nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient
observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées
dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les
dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire
profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant
toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des
facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui
n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à
leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été
suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement
de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut
approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt
en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du
monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses
pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons
déjà parlé[347]. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces
saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions,
frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce
troupeau encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité
de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que
Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette
capitale. S'étant associé, pour cette oeuvre pieuse, une charitable
personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de
Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une
grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année
ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des
lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur
chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.
[Note 347: _Voy._ t. II, 2e part., p. 709.]
Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y
présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres
supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des
religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles
dont on leur confioit l'éducation[348].
[Note 348: Cette maison est maintenant habitée par des
particuliers.]
_Communauté de Sainte-Anne-la-Royale._
Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre
monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la
Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en
1640, sous le titre de _Sainte-Anne-la-Royale_, titre qu'elles avoient
pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles
devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans
laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de
revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent
obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans
d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi,
par décret du 19 mars 1689.