La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont
l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés les
historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins
vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour
titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain
d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la
fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut même
qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde, cette
église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre par sa
grande charité envers les pauvres[236]. Mais un autre critique, l'abbé
Chastelain[237], dit qu'il s'agit ici de saint Julien-l'Hospitalier, et
son opinion paroît la plus vraisemblable. Il est certain qu'il y avoit
anciennement dans les faubourgs, et près des portes des villes, des
hospices pour les pauvres et pour les pèlerins; et, si l'on en avoit
élevé un près de la porte méridionale de Paris, il est assez naturel de
croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et l'Hospitalier qu'on lui
avoit choisi pour patron. Du reste, quelques titres, à la vérité fort
récents, prouvent que c'étoit en effet une maison hospitalière, et nous
citerons entre autres un arrêt de 1606, pour la reddition des comptes de
plusieurs hôpitaux, entre lesquels on nomme Saint-Julien-le-Pauvre[238].
[Note 236: Page 293.]
[Note 237: _Mart. Rom._, p. 108 et 109.]
[Note 238: Reg. de la ville, fol. 519.]
Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette
église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle
existoit ayant l'année 580[239]. Telle est la seule date authentique que
l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre des
églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, donation de laquelle du
Boulai[240] a conclu qu'elle fut appelée _Fille de Notre-Dame_ (_Filia
Basilicæ Parisiensis_). Ce qui a pu causer son erreur, c'est que, dans
un acte sans date, qui toutefois ne peut être plus ancien que le
douzième siècle[241], on trouve qu'alors cette église avoit passé, on ne
sait comment, entre les mains de deux laïques[242], qui la donnèrent au
monastère de Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à
aucune époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des
chanoines, comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce
qui prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.
[Note 239: Lib. VI, cap. 17; et lib. IX, cap. 6.]
[Note 240: _Hist. univ._, t. I, pag. 402.]
[Note 241: Cart. Longip., fol. 110.]
[Note 242: Étienne de Vitri et Hugues de Munteler.]
L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque
dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où
elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est
alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université
choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite
aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.
En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre
les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont.
Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut
cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le
roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors desservie par un
chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin[243].
[Note 243: L'église de Saint-Julien-le-Pauvre a été démolie
pendant la révolution.]
_Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis._
Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont
elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur
confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle
menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle
dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle
Saint-Yves[244].
[Note 244: Outre la confrérie établie dans cette chapelle,
l'église de Saint-Julien-le-Pauvre étoit le lieu de
rassemblement de celles de Notre-Dame-des-Vertus, des
couvreurs, des marchands papetiers, des fondeurs; et l'on y
faisoit les catéchismes et retraites des Savoyards, fondés
par l'abbé de Pontbriand.]