Mais, dira-t-on, de quelque côté qu'elles se tournent, les jeunes filles
se heurtent aux mêmes difficultés, et souvent à de pires
injustices.--Oui, présentement, le choix d'une profession pour une femme
est extrêmement limité. Seulement, un avenir, plus prochain qu'on ne
pense, peut apporter à cette situation malaisée une solution graduelle.
Et d'abord, de tous les travaux actuels, c'est incontestablement le
travail sédentaire, le travail assis, qui convient le mieux à la femme.
Les fonctions bureaucratiques sont donc un débouché tout indiqué pour
son sexe. Plus soigneuse, plus attentive que l'homme, elle a du reste de
merveilleuses aptitudes pour les mille besognes de nos grandes et
petites administrations, qui n'exigent que de l'ordre, de l'exactitude,
de la patience, comme la rédaction et la délivrance des titres, le
calcul et le service des coupons, le contrôle et le classement des
pièces. L'expérience, tentée par diverses sociétés, a démontré que les
femmes sont particulièrement propres aux mille petits détails d'écriture
et de comptabilité. Pourquoi ne pas leur ouvrir plus largement nos
administrations publiques et privées? Si elles en chassent les hommes,
elles ne feront que les rendre à une vie plus active et plus extérieure
qui rentre tout à fait dans leur office. Y a-t-il un si grand mal à
diminuer l'effectif formidable de nos ronds-de-cuir? En admettant que le
«fonctionnarisme» soit chez nous une manie incurable, n'est-il pas
naturel que les femmes en profitent, puisque ce débouché semble fait
pour elles? Ouvrons donc nos bureaux aux dames: cette place tranquille
leur sied mieux qu'aux hommes.
Il n'est pourtant, jusqu'à ce jour, que certains services de l'État,
comme les Postes et les Télégraphes, quelques Sociétés financières et
quelques Compagnies de chemin de fer, qui aient fait appel à la
collaboration du sexe féminin. La France compte à peine 50 000 employées
d'administration. Nos préfectures et nos municipalités, nos trésoreries,
nos recettes et nos perceptions sont généralement réfractaires à
l'entrée des femmes dans leurs bureaux. C'est à peine si, à Paris, la
porte de l'Assistance publique leur est entr'ouverte depuis quelque
temps. Pourquoi ne pas leur ménager un accès aux fonctions de
bibliothécaire et de conservateur de musée? Leur serait-il même si
difficile de faire d'exacts percepteurs, et de très suffisants receveurs
d'enregistrement?
Pour le moins, il est à souhaiter que nos préventions et nos habitudes
administratives ne s'opposent pas trop longtemps à l'accession
raisonnable des femmes aux emplois des services intérieurs de nos villes
et de nos départements, la vie bureaucratique étant de celles, je le
répète, qui conviennent le mieux au tempérament féminin. Pourquoi même
la loi ne réserverait-elle pas expressément au sexe féminin certaines
carrières administratives, où la vie est douce et le travail léger? La
couture, déchargée ainsi d'un nombreux personnel, verrait peut-être se
relever les prix insuffisants de sa main-d'oeuvre. Quant aux hommes
évincés de leur bureau, notre domaine colonial est là qui offrirait de
larges débouchés aux plus hardis et aux plus vaillants. Leur office
n'est pas de sommeiller paresseusement dans un fauteuil confortable,
mais de courir au grand air les mille chances de la fortune. La vie
bureaucratique est une forme de la vie intérieure. Elle convient aux
femmes; et tandis qu'elle atrophie les mâles, elle ferait vivre bien des
mères.