Mais qui les a faites ainsi vertueuses et vaillantes, sinon cette
vieille éducation française, prudente et fermée, que le féminisme a
coutume de railler? Il faut cependant constater, pour être juste, que la
femme française est restée capable d'héroïsme, de cet héroïsme quotidien
qui consiste à tenir tête obscurément à la mauvaise fortune, aux peines,
aux privations, aux devoirs de chaque jour, et de cet héroïsme
particulier qui, aux moments de panique, consiste à se dévouer quand de
plus forts se sauvent. Il faut pourtant confesser (la démonstration en
est faite) que le niveau moral des femmes est très supérieur à celui des
hommes; qu'elles ont sur nous, notamment, cette primauté rare qu'elles
croient encore à l'efficacité des grandes idées, au désintéressement, à
l'amour, à tout ce qui élève et ennoblit l'existence, et qu'ayant foi en
l'idéal, quelles que soient les amertumes et les désillusions de la vie,
elles conservent dans le secret de leurs âmes le trésor des pures
aspirations et des généreuses vaillances.
Et si nous voyons autour de nous tant de femmes admirables, c'est donc
qu'elle n'est pas si mauvaise, si surannée, si futile, cette vieille
éducation qui consiste à entourer la jeune fille de soins jaloux, à la
préserver des contacts prématurés du monde, à la couver chaudement sous
l'aile de la mère! On ne voit point que tant de précautions l'aient
placée en un état d'infériorité avilissante. Initiée prématurément au
goût de l'indépendance et à la connaissance des hommes, exposée de bonne
heure aux heurts et aux complications de la vie, ne cessera-t-elle
point, par contre, d'être une jeune fille «bien élevée»? A la viriliser
à outrance, comme un certain féminisme le réclame, elle sera
certainement moins timide; est-il sûr, en revanche, qu'elle soit plus
charmante aux heures de gaieté et plus courageuse aux jours d'épreuve?
Ne soyons pas injustes envers le passé, ne répudions point son héritage.
Acceptons-le, au contraire, avec reconnaissance et tâchons de le
compléter, de l'enrichir, de l'améliorer, nous disant que, même en
cherchant le progrès, même en aspirant à plus de lumière et à plus de
liberté, une société ne doit jamais rompre la chaîne de ses traditions
morales.
Au point où nous en sommes, la conclusion s'impose. Du moment qu'il n'y
a point de sexe qui soit absolument supérieur à l'autre, et que l'homme
et la femme ont des aptitudes, des penchants, des goûts, des
tempéraments propres et divers, il est logique d'affirmer que ces
différences de nature les prédestinent à des fonctions distinctes.
Confions donc à chacun d'eux les rôles dans lesquels ils doivent
exceller de par leur constitution même. De la dissemblance des organes
et des dons, nous induisons un partage d'attributions qui, ainsi que le
prouvent les bienfaits de la division du travail, ne peut manquer de
profiter à tous. Le bonheur des individus et le progrès de l'humanité
nous font une loi de laisser l'homme et la femme à leurs places
respectives.
C'est donc à tort qu'on s'efforce d'exciter la compagne contre le
compagnon. De grâce, ne parlons plus du «duel des sexes»: au lieu de se
traiter en rivaux et en adversaires, qu'ils se traitent en alliés! La
vérité est que l'homme ne peut rien sans la femme, de même que la femme
ne peut rien sans l'homme. La civilisation dépend de leur entente
cordiale, de leur union. D'où il suit que le but de l'instruction et de
l'éducation des femmes ne doit pas être le développement égoïste de leur
«autonomie mentale». Ni la femme ni l'homme n'ont le droit de travailler
ou de vivre pour soi seul. Quelques-uns rêvent de voir la femme libre
«faire un solo dans le concert humain.» Cet individualisme, plus ou
moins musical, serait antisocial. Je ne le crois pas même capable
d'apporter la joie et le contentement à qui que ce soit. _Vae soli!_
L'homme et la femme ne sont point nés pour chanter isolément, mais en
choeur. Duellistes, non; duettistes, oui. Il faut que leurs voix se
mêlent comme leurs âmes. Étant faits l'un pour l'autre, ils doivent être
l'un à l'autre. Point de division, point d'antagonisme. Le peu de
bonheur qui se puisse goûter sur terre réside dans l'harmonie des sexes;
et s'il arrive que l'accord de deux êtres se fonde en une parfaite
correspondance de pensée, d'aspiration, de goût et de volonté, alors la
vie de chacun, embellie et amplifiée par la confiance et l'affection,
élève le couple humain à la plus haute félicité qui se puisse atteindre
ici-bas. Ne séparons pas ce que la nature, dans ses profonds desseins,
veut manifestement unir pour le bien de l'espèce et la conservation de
l'humanité!