I.--TANT VAUT LA FEMME, TANT VAUT L'HOMME.--SUPÉRIORITÉ
MORALE DU SEXE FÉMININ SUR LE SEXE MASCULIN.--BEAUTÉ ET
BONTÉ.
II.--CE QU'A PRODUIT LA VIEILLE ÉDUCATION
FRANÇAISE.--L'ANTAGONISME DES SEXES EST ANTISOCIAL ET
ANTIHUMAIN.
III.--LE VRAI ET UTILE FÉMINISME.--RÉGÉNÉRATION SANS
RÉVOLUTION.
I
En souhaitant pour la femme future plus d'instruction, plus de lumière,
plus de sérieux, notre grande préoccupation est que ce progrès
intellectuel ne soit pas acheté par elle au prix d'une diminution
morale. Nous ne voulons pas, en fin de compte, que, sous prétexte de
science et de liberté, on «dénature» la femme. Toutes ses qualités de
coeur, d'affection, de dévouement, nous sont nécessaires. Tant vaut la
femme, dit-on, tant vaut l'homme. Le proverbe a raison: si les hommes
font les lois, les femmes font les moeurs. C'est que la femme recèle des
trésors de pitié, de désintéressement, de vertu, qu'il serait criminel
d'appauvrir sous couleur d'autonomie individuelle. Oui; les femmes
valent mieux que nous. Là est leur maîtrise, et nous la saluons en toute
humilité. En veut-on des preuves?
D'abord, les statistiques établissent que la femme est moins criminelle
que l'homme. Pendant l'année 1894, ont été accusés: 1 327 hommes et 377
femmes, de crimes contre les personnes; 2 007 hommes et 264 femmes, de
crimes contre les biens. Sur 104 614 récidivistes, on comptait, à la
même date, 95 115 hommes et seulement 9 529 femmes. De ces
renseignements judiciaires, il résulte qu'il existe plus de coquins que
de coquines.
Autre preuve de supériorité morale du sexe féminin sur le sexe masculin:
après avoir établi que, dans tous les pays, les divorces sont
généralement prononcés à la demande et au profit des femmes, le docteur
Bertillon conclut qu'en règle générale, «les hommes font environ quatre
fois plus souvent d'insupportables maris que les femmes ne font
d'insupportables épouses.» Et pour infirmer ce témoignage, personne
n'aura le mauvais goût d'insinuer que les femmes sont peut-être pour
quelque chose dans la détestable humeur de leurs conjoints. Elles ne
manqueraient point, du reste, d'écraser leur contradicteur sous le poids
d'une autorité indiscutable: par la bouche de M. le comte
d'Haussonville, l'Académie française a proclamé, dans sa séance du 26
novembre 1896, que «la proportion de la vertu académique est
singulièrement favorable aux femmes.» Il est assez rare que les prix
Montyon soient mérités par des hommes. La raison en est que «le
dévouement est par excellence la vertu de la femme.» Et l'éminent
rapporteur ajoutait: «Certaines le pratiquent avec enthousiasme, avec
héroïsme, et celles-là, on nous les propose. Les autres, on ne nous les
signale même pas. Il paraît toujours si naturel aux hommes que les
femmes soient dévouées!»
N'en doutons point: les femmes sont meilleures que nous. Toute leur
noblesse est dans l'amour; et qui dit amour, dit sacrifice. C'est leur
ambition et leur joie de se donner pour ceux qu'elles aiment, frères et
parents, époux et enfants, de se donner pour leurs semblables, non point
au grand jour, avec fracas et ostentation, mais en détail et en secret.
Et par là j'entends ce constant oubli de soi, cette succession
ininterrompue de petits sacrifices obscurs et ignorés, dont se compose
la vie d'une femme véritablement aimante: sacrifice de ses jours et de
ses veilles, de ses goûts, de ses loisirs, de ses joies, de ses aises,
toute cette immolation lente, dont une femme, appréciée en Italie pour
son talent poétique, Mlle Sylvia Albertoni, a si bien dit qu'elle
«s'accomplit dans le silence du foyer, des écoles, des hospices où la
femme, mère, éducatrice, soeur de charité, se consacre toute au
bien-être des autres, à les élever, à les sauver de la mort physique et
morale[138].»
[Note 138: _La Femme moderne par elle-même_, _loc. cit._, p. 843.]
Non, ce n'est pas une exagération de prétendre que toute femme porte en
ses veines un peu du sang généreux de la soeur de charité; et sans aller
jusqu'à prétendre qu'elle trouve un plaisir extrême à appliquer des
cataplasmes, c'est un fait, glorieux pour elle, que cette besogne
d'infirmière ne répugne pas plus à sa délicatesse qu'elle n'effraie son
coeur tendre et vaillant. La femme, en d'autres termes, est faite pour
panser toutes les blessures. Sa résignation, sa douceur, sa compassion,
sa vertu, sont des dons supérieurs que la nature refuse à beaucoup
d'hommes éminents, dons aussi précieux, aussi incommunicables que leur
génie. Il est doux d'entendre une femme, Mme Arvède Barine, chez
laquelle le talent égale la modestie, nous dire avec une simplicité
touchante: «Le meilleur de mes idées se trouve dans Pascal; le voici:
«Tous les corps et tous les esprits et toutes leurs productions ne
valent point le moindre mouvement de charité.» Et ce mouvement est la
respiration même du coeur féminin, sa raison d'être et sa vie.
Que voilà bien la dignité et la supériorité des femmes! Les philosophes
qui nous représentent le beau comme la splendeur du bien, songeaient
sans doute à la femme vraiment femme, dont l'âme est bonne autant que
l'enveloppe de chair est belle. En elle, l'esprit et le corps
s'harmonisent délicieusement; et de même qu'elle nous surpasse en vertu,
en affection, en dévouement, de même encore elle nous prime par
l'agrément, la finesse et le charme. Matérielle beauté, immatérielle
bonté, tels sont les titres de prééminence que l'homme ne saurait lui
disputer raisonnablement. On voit que nous oublions pour l'instant (nous
sommes bon prince) qu'il y a des femmes abominablement laides et
méchantes; mais quelque nombreuses qu'on les suppose, il est magnanime
de les tenir pour une exception. Celles-ci du moins manquent à leur
mission, à leur fonction, à leur devoir social, qui est la grâce et la
tendresse.
Qu'on ne nous parle plus, en tout cas, de l'égalité des sexes: chacun a
ses privilèges de nature, ses qualités originelles et ses prérogatives
éminentes. Dès lors, nous pouvons nous dire supérieurs aux femmes en
certains points, sans rabaisser leur mérite ni blesser leur
amour-propre, puisqu'elles rachètent et compensent ce qu'elles ont en
moins par des avantages physiques et des qualités morales, qu'il n'est
point donné aux hommes de reproduire également.