Le samedi suivant, Tony trouva Clotilde vêtue plus légèrement que de
coutume. La chaleur avait été excessive tout le jour. Elle n'avait plus
qu'une petite jupe de soie blanche et un petit châle pareil sur les
épaules. Tony, à genoux devant elle, la regardait et s'enivrait de ses
regards. Bientôt, saisissant ses genoux dans ses mains jointes
par-dessous, il les couvrit de baisers, et il sentit que cette petite
jupe était presque le seul vêtement de Clotilde, et que les baisers
étaient bien plus près d'elle que d'ordinaire. Les genoux de Clotilde
frémissaient sous ces baisers, qu'ils recevaient presque sans
intermédiaire, et semblaient les rendre. «O Marie! lui disait-il, que
tu es heureuse d'avoir tant de bonheur à donner!»
Et, quelques instants après, par une contradiction qui ne vous étonne
pas, je l'espère, ô ma belle lectrice! il se roulait par terre en
pleurant et en disant: «Marie! Marie! aie pitié de moi, Marie! aie
pitié de moi!--Tony, répondait Clotilde, qu'avez-vous à me demander, et
avez-vous oublié votre serment et le mien?»
Et Vatinel, sans l'entendre, répétait: «Marie! Marie! aie pitié de
moi!--Tony, répéta à son tour Clotilde, avez-vous oublié le mien?--Eh!
que me font ma mort et la tienne? Ai-je de la raison, ai-je de la
mémoire, quand tu es si belle, quand je suis si amoureux? Ah! alors, ne
me laisse pas te donner de si enivrantes caresses, ne me laisse pas
être si près de toi. Tu me brûles, ton haleine me dévore. Repousse-moi.
Chasse-moi. Je maudis le serment que tu m'as fait faire. Je te maudis
de l'avoir exigé, je ne veux pas le tenir, je ne le tiendrai pas, ou
renvoie-moi! Tiens, toi, tu ne sens rien, tu ne sais pas ce que c'est
que ces baisers que je donne sur tes genoux!» Et il recommençait à
embrasser les genoux de Clotilde.
«Tu ne sais pas ce que c'est, Marie, que ces baisers-là!--Vous avez
raison, Vatinel, dit Clotilde, je ne dois plus permettre de semblables
caresses, puisqu'elles ont pour résultat de vous empêcher de m'aimer,
de me faire maudire par vous, de me demander ce que vous n'aurez jamais
de moi, et ce qui, si j'avais jamais la faiblesse de vous l'accorder,
serait, vous le savez, l'arrêt irrévocable de ma mort. Vous avez
raison, nous sommes fous. Il faut vous en aller.» Et elle le repoussa.
«Il faut ne plus nous revoir, il faut nous dire adieu à jamais!--Ah!
Marie, dit-il, ne m'écoutez pas, je suis fou! ne me rejetez pas du
ciel, où je suis près de vous. Insensé que je suis, de demander quelque
chose! N'ai-je pas plus de bonheur mille fois que Dieu n'a permis à
l'homme d'en avoir? Le premier jour où j'ai baisé votre front,
n'avais-je pas ressenti de plus célestes félicités, de plus pures
délices qu'aucune femme n'en a jamais donné à son amant? Pardonnez-moi,
ne m'écoutez pas, laissez-moi près de vous. N'écoutez pas mes plaintes
insensées. Passer ma vie à tenir dans mes mains votre petit pied, et le
baiser; passer ma vie à vous voir, à tremper mes mains dans les ondes
de vos cheveux; ce serait trop de bonheur; je ne pourrais peut-être pas
le supporter.» Et Tony s'était relevé, il s'était assis à côté de
Clotilde, sur un divan, et il prenait des poignées de ses beaux
cheveux, échappés au peigne, et il baisait ces cheveux, il les mordait
avec frénésie. Le petit châle de soie tomba, et les lèvres de Tony
descendirent sur les épaules et sur la gorge de sa belle maîtresse.
Puis il resta longtemps la tête sur l'épaule de Clotilde, semblable à
un homme ivre qui finit par perdre connaissance.