Tony avait emporté pour une semaine le souvenir de ses baisers sur les
épaules et sur le pied de Clotilde, et l'appréhension du retour
d'Arthur de Sommery. Il y a des gens qui n'imaginent rien de mieux
contre l'amour que la retraite et la solitude. Autant enfermer un
homme avec un tigre furieux que de le livrer ainsi seul à un amour non
assouvi. Tout, dans celle situation, devient amour, jalousie et haine.
Ce que l'on mange ne devient plus du chyle, mais de la jalousie, de la
haine et de l'amour. Et aussi l'air qu'on respire. Tony Vatinel
n'aimait plus ni le soleil, ni les arbres, ni les prairies, ni l'aspect
de la mer. Il n'avait plus d'extatiques admirations en face d'un beau
coucher de soleil. Le chant des oiseaux, les majestueuses harmonies du
vent, ne lui causaient aucune impression; les parfums des prairies
après l'orage, celui des bois de chênes, étaient éteints. Tous ses sens
étaient émoussés, endormis; ses yeux ne pouvaient plus voir que
Clotilde; ses oreilles n'entendaient que la voix de Clotilde; il n'y
avait plus pour lui d'autre saveur, d'autres parfums que ses baisers
sur le cou de Clotilde et le parfum de sa peau.